23 avril 2020

Quelles projections pour l’après ?

L’épidémie actuelle a balayé toutes les certitudes. Les acteurs du secteur, comme ailleurs, naviguent à vue, ne pouvant bâtir de comparaison avec aucun précédent. S’il est encore prématuré pour imaginer assurément ce que sera l’après, il est possible de dégager quelques perspectives. Et si la crise sanitaire s’est avérée un défi collectif, l’après suscite son lot de challenges à relever également. Vincent Lefèvre, directeur général de Sonova France et président du pôle Audiologie du Snitem, et Maher Kassab, directeur de Gallileo Business Consulting, livrent quelques pistes.

Par Ludivine Aubin-Karpinski
bateau vision

Audiologie Demain (AD) : Peut-on mesurer l'impact financier de cette crise pour le secteur ?

Vincent Lefèvre (VF) : Il est malheureusement encore beaucoup trop tôt pour pouvoir chiffrer un premier impact financier pour le marché des aides auditives en France et pour les industriels. Nous savons à l’heure où je réponds à vos questions que le confinement perdurera à minima jusqu’au 11 mai après avoir été décidé le 16 mars. On parle donc déjà d’un impact de près de 2 mois sans activité où tous les fabricants assurent néanmoins un service minimum pour la gestion des urgences comme demandé par la sécurité sociale à nos clients distributeurs.
Maher Kassab (MK) : Il est difficile de mesurer l’impact aujourd’hui. Une chose est sûre, c’est que nous allons vivre à court et moyen termes au rythme de cette pandémie. Plus elle durera, plus l’impact sera important. Aucun parallèle n’est possible avec de précédentes crises car, à la crise sanitaire, s’ajoute une crise économique et financière. Il y aura forcément des conséquences économiques, même si, pour l’heure, l’État sécurise. La chance du secteur est qu’il appartient pleinement à la santé et est de ce fait en quelque sorte sanctuarisé. Le 100 % Santé est une formidable chance car c’est une réforme emblématique du quinquennat… alors que celle des retraites est au point mort. Le Gouvernement ne le remettra pas en question.

AD : Quelles sont les perspectives pour le secteur à l'issue de la crise ?

VF : Nous avons une croissance de marché pérenne depuis de nombreuses années à l’international et en France, et je suis personnellement confiant dans notre capacité à reprendre cette tendance positive dès que la crise sanitaire sera terminée. L’innovation continue des industriels avec des rythmes de lancements très courts, le développement de la distribution associée à l’augmentation mécanique et forte de la demande et à la meilleure prise en charge générale des patients sont des socles fondamentaux de notre marché. La question à laquelle personne ne peut répondre aujourd’hui est de savoir quand la crise se terminera. La réforme 100 % Santé a engendré pour les industriels l’arrêt de la commercialisation en France de gammes complètes d’appareils ainsi qu’une forte pression sur les prix qui, aujourd’hui, n’a pas été compensée par des volumes additionnels. Les derniers chiffres du marché communiqués par le Snitem (voir p. ??) mettent même en avant une tendance de marché baissière sur le deuxième semestre 2019 par rapport aux tendances précédentes.
MK : La crise a profondément détérioré nos capacités de production et aura des implications sur le niveau de vie et les revenus des Français. La santé et les personnes âgées sont deux sujets sur le devant de la scène aujourd’hui et la crise a mis en exergue les manquements de l’État en la matière. Le fait que l’audioprothèse et les soins auditifs soient considérés comme appartenant au champ de la santé et des soins indispensables va considérablement limiter la casse pour le secteur. Quand il sera l’heure d’arbitrer, l’État ne rognera pas sur les dépenses qu’il juge « utiles ».
Quant aux consommateurs, l’existence, dans ce contexte, d’une offre économique avec le panier 100 % Santé est un sérieux avantage, a fortiori pour les clients les moins solvables. La dépense ne sera pas jugée trop importante. Le prix, qui était un frein à l’appareillage, fournissait aux malentendants le prétexte rationnel de ne pas payer un produit dont ils n’avaient pas envie. La gratuité leur fournit l’argument rationnel pour tester un produit de santé dont ils ne veulent pas mais dont ils ont besoin.

AD : Prévoyez-vous un phénomène de rattrapage à la sortie ? Ou la crise sera-t-elle suivie de l'attentisme de certains patients à l'approche de la mise en place du RAC zéro en janvier 2021 ?

VF : Avec les informations communiquées par le gouvernement à ce jour, une hypothèse plausible est que les personnes âgées et plus fragiles restent encore confinées après le 11 mai pour un temps inconnu pour l’instant. Il est certain que nous pouvons d’ores et déjà prévoir une demande importante de réparations d’appareils dès la réouverture des centres, mais le degré de rattrapage dépendra directement des consignes données par l’exécutif et du trafic généré chez les distributeurs. Il est dans ce sens important que dès aujourd’hui nos clients audioprothésistes puissent établir différents plans d’action en fonction des scénarios envisagés.

AD : Peut-on craindre des fermetures de centres ?

VF : Il est clair que la pandémie actuelle à laquelle nous faisons tous face fragilise l’économie de notre marché, que ce soit chez les distributeurs ou les fabricants. Il est dans ce contexte possible que les entreprises qui se trouvaient avant la crise dans une position financière délicate soient impactées, et cela, malgré les mesures de soutien annoncées par le Gouvernement. Les proportions de l’impact dépendront à nouveau de la durée de la crise sanitaire ainsi que des décisions de prorogation de confinement qui en découleront (par populations, par activités et/ou par géographies).

AD : Quels conseils peut-on donner aux audioprothésistes ?

MK : Les seniors vont être invités à rester confinés au-delà du 11 mai. Jusqu'à quand ? Personne ne le sait pour le moment. Et quand ils le pourront, il ne faut pas sous-estimer la crainte que certains auront à l’idée de sortir… L’enjeu est donc de maintenir le lien, de recréer le contact. Les audioprothésistes doivent les contacter pour prendre de leurs nouvelles, pour les rassurer et leur indiquer quand ils pourront revenir et quelles mesures ils auront prises pour garantir leur sécurité. Outre cet atout qu’est le relationnel fort entre l’audioprothésiste et ses patients, il leur faudra aussi désormais s’appuyer sur l’atout économique qu’est le 100 % Santé. La question n’est pas de se demander combien ils vont vendre de classe I et de classe II mais de proposer toutes les offres. Les audioprothésistes doivent jouer cette carte pleinement ainsi que celle des bénéfices de l’appareillage sur la cognition. Autant d’atouts à mettre en avant plus que jamais.

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