Dans un contexte de multiplication des évènements en audiologie et de désengagement de certains acteurs, le congrès peut-il rester un rendez-vous central ?
Oui, et il va continuer ainsi. Certaines enseignes ont fait le choix de ne pas venir, peut-être parce qu’elles rencontrent des difficultés ou pour privilégier des évènements qui leur sont propres au cours de l’année. Mais nous avons les réserves nécessaires pour assurer la pérennité de l’événement.
La gratuité [du congrès des audioprothésistes] est un élément fondamental. Elle permet à tous d'échanger et de se tenir informés
Le congrès est une manifestation unique en son genre. C’est le plus ancien rendez-vous de la profession. Sa localisation, à Paris, est stratégique : elle permet de faire venir administrations et responsables politiques. Il est ainsi le seul lieu où l’on débat, avec les pouvoirs publics, de l’avenir de la profession, des évolutions réglementaires et stratégiques. Un certain nombre d’annonces y ont été faites, même si elles n’ont pas toujours été immédiatement suivies d’effet... Il est important que les audioprothésistes qui se soucient de leur avenir, surtout les jeunes qui ont encore des années d’exercice devant eux, puissent y assister, participer, voire intervenir.
Sa gratuité est un élément fondamental. Elle permet à tous – audioprothésistes salariés ou indépendants, assistantes, industriels – d’échanger et de se tenir informés.
Vous annoncez une évolution du modèle avec une journée scientifique confiée à la SSA. Pourquoi ce choix ?
Si le congrès garde une orientation très politique, nous souhaitons également consolider son contenu scientifique. Historiquement, il y a toujours eu des conférences et des présentations produits, mais cette année le programme du vendredi après-midi sera confié à la Société scientifique d’audiologie (SSA), qui en profitera pour présenter ses différents groupes de travail. Ce format sera pérennisé. Pour le congrès, c’est aussi l’assurance de proposer chaque année une journée scientifique de haut niveau, en accès libre et gratuite.
Vous avez choisi pour thèmes des deux tables rondes l’importance de la santé auditive dans le « bien vieillir » et le bilan des cinq ans du 100 % Santé...
Ce choix est guidé par l’actualité de notre profession. La première table ronde vise, dans un contexte de contraintes budgétaires, à défendre notre modèle et à faire comprendre aux pouvoirs publics que notre métier ne se résume pas à la vente d’un appareil. Notre action a un retour sur investissement pour la société. Si nous voulons éviter une dérive vers la vente libre, nous devons justifier la valeur de notre travail. Nous sommes encore trop souvent perçus comme des distributeurs de la LPP ; il faut que nous soyons considérés comme des professionnels de santé à part entière.
Le bilan des cinq ans est tout aussi crucial. Nous entrons dans la période des renouvellements mais les prix n’ont pas bougé et les technologies ont évolué. Il y a des failles – la prise en charge des patients en perte d’autonomie ou dépendants, le remboursement des systèmes CROS ou ostéo-intégrés, les rechargeables, les moins bons remboursements de la classe II par les mutuelles...
Il faut aussi évoquer la lutte contre la fraude – qui est en grande partie derrière nous, même si tout n’est pas totalement réglé.
Enfin, nous arrivons à un moment charnière avec des interrogations sur le reconditionnement des aides auditives ou encore l’articulation AMO/AMC avec un risque de déremboursement de la classe II ou, à l’inverse, de prise en charge au premier euro par les complémentaires, scénario dans lequel une prise en charge à plusieurs vitesses se développerait compte-tenu du rôle des réseaux de soins.
Le congrès des audios est vraiment l’évènement où se jouent les grandes orientations de la profession.
