À la recherche de l’accord perdu

Homme des coulisses, il utilise son oreille pour faire chanter les pianos, en quête de l’accord parfait, de la note juste. L’accordeur et facteur de piano travaille le son et l’instrument et permet au musicien d’exercer son art. Rencontre avec Pascal Aubin, l’expert qui murmure à l’oreille des pianos.

Par Ludivine Aubin-Karpinski
Pascal Aubin accordeur et facteur de pianos

Le piano est une alchimie de bois, de métal et de feutre, une combinaison vivante, sensible aux variations saisonnières, de température et d’hygrométrie, qui nécessite le savoir-faire et l’expérience d’un spécialiste, capable d’en tirer la quintessence : l’accordeur. Pascal Aubin maîtrise cet art délicat d’accord et d’harmonie des sons. Initié par son père dès son plus jeune âge à la pratique de la musique (piano, violoncelle, trombone) et issu d’une famille de musiciens, il développe très tôt une passion pour le piano. Elle le conduit à intégrer une des dernières fabriques artisanales françaises, Elcké, pour en apprendre tous les arcanes, puis à se former au sein de la maison autrichienne Bösendorfer à l’art de la restauration des instruments anciens et des techniques de concert et d’harmonisation. Depuis 45 ans, cet accordeur et facteur de pianos sillonne sa Normandie natale quand il n’est pas appelé en région parisienne au chevet des pianos de grandes salles de concert, de nombreux conservatoires et studios d’enregistrement, mais également d’artistes et de particuliers musiciens. « Mon métier consiste à révéler les qualités intrinsèques d’un piano, de tirer le maximum des instruments et de les accorder aux sensibilités des pianistes », explique-t-il.

Les cordes à l’unisson

Le son du piano est le fruit d’une mécanique complexe, de la touche, déclenchant le marteau, à la corde frappée, en passant par la structure même de l’instrument, sa table d’harmonie, son cadre qui amplifie et diffuse la note produite. La qualité du son dépend du réglage des cordes du piano. L’accordeur va mettre tout son art au service du son et exhausser la performance acoustique de l’instrument par la technique de « l’accord ». Elle consiste à régler la tension des cordes de l’instrument à l’aide d’une cheville que le technicien serre ou desserre à l’aide de sa clé d’accord. Les quelque 230 cordes du piano sont ainsi accordées ou équilibrées à l’oreille par l’accordeur. Les tensions sont réparties harmonieusement pour atteindre les fréquences voulues et permettre au piano d’exprimer toutes les nuances recherchées, des plus douces aux plus puissantes, pour répondre à un orchestre par exemple.

« La qualité d’un bon accord réside dans sa justesse et dans la capacité de l’accordeur à s’adapter à la fois à l’instrument et aux attentes de son musicien. Jouer de l’instrument est un atout certain pour un accordeur, commente Pascal Aubin. Cela permet de comprendre les attentes de l’artiste. Cela permet également d’entraîner l’oreille et de pouvoir juger la qualité de son accord. Devenir un bon technicien est un travail de longue haleine, nécessitant une pratique de tous les jours pour apprendre le bel accord, pour reconnaître les fréquences utiles, les "battements" du son. » Une oreille dont la moindre atteinte peut occasionner un important handicap dans l’exercice de ce métier. « L’oreille est mon outil de travail par excellence, poursuit l’accordeur. C’est pourquoi, avant de s’engager dans cette profession, il est nécessaire aujourd’hui de faire contrôler son audition. Il est important par la suite de se protéger en évitant la musique amplifiée ou tout accident auditif. »

La partition de l’accordeur

L’accord commence par l’étape de la « partition » au cours de laquelle le spécialiste va accorder le la de référence au diapason de la fréquence souhaitée puis les douze notes qui l’encadrent. « On architecture l’octave centrale ou “partition”, qui va servir de clé de voûte pour l’accord du reste des notes du piano, explique Pascal Aubin. Elle se construit à l’aide de différents intervalles de notes ou “battements” : tierce, quarte, quinte… et détermine le “tempérament” de l’accord, c’est-à-dire la façon dont l’instrument va sonner. » Pour cela, l’accordeur a plus d’une corde à son arc : à chaque type de musique son diapason. Le la 441 Hz est aujourd’hui le standard pour la musique moderne mais il existe également le la 435 Hz pour la musique baroque, voire 415 Hz pour des clavecins ou encore 444 Hz pour un piano accompagné de bandonéon ou d’accordéon… L’accordeur adapte ainsi le tempérament de la partition pour faire sonner le piano selon le répertoire souhaité.

Une fois le piano accordé selon le tempérament voulu, l’accordeur passe à l’étape de l’harmonisation par le travail du feutre qui enveloppe la tête du marteau. « Elle permet d’accentuer l’orientation de l’instrument vers le répertoire souhaité par le musicien, de le faire chanter dans le timbre recherché, explique Pascal Aubin. Pour jouer de la musique baroque, comme du Bach, on cherchera la sonorité métallique de l’époque, comme celle du piano forte, du clavecin ; pour du Chopin ou du Liszt, on exaltera les qualités du piano actuel, avec des sonorités plus chaudes, plus profondes, plus romantiques. Ce timbrage du piano nécessite que l’on modifie la texture des marteaux pour atteindre le velouté en pianissimo, l’attaque sonnante et claire pour les forte. » À la recherche permanente de l’accord parfait, au service de la musique.

Pascal Aubin accordeur et facteur de pianos Normandie region parisienne

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