Inégalités dans l’accès à la prise en charge ORL
La pénurie de médecins ORL crée une tension dans les capacités de prise en charge médicale sur l’ensemble du territoire. Les départs à la retraite ne sont pas remplacés. Les étudiants en médecine ORL s’orientent vers la chirurgie, creusant le désert médical. Les délais de prise en charge se rallongent. Dans son dernier “Baromètre d’accès aux soins” réalisé avec Ipsos, la FHF annonce un rallongement du délai d’obtention d’un rendez-vous de 1 mois et 1 semaine en 2018 à 2 mois en 2024.
Inégalités dans la qualité de la prise en charge
Faute de temps, les examens cliniques se limitent bien souvent à l’otoscopie et au test de perception des fréquences en son pur ; test dit « tonal ». Or, l’avancée des connaissances indique que ce test peut être correct et que le patient peut malgré tout subir des difficultés de compréhension de la parole dans le bruit. Les neuropathies du nerf auditif en seraient l’une des raisons. Dans le cas des symptômes acouphènes, hyperacousie et vertiges – symptômes ORL – la qualité de la prise en charge médicale va dépendre des connaissances et de l’expérience du praticien. En l’absence de reconnaissance de ces symptômes parmi les handicaps invisibles invalidants, il n’existe ni parcours fléché par la loi de santé ni protocole harmonisé de prise en charge.
Inégalités dans l’accès aux dispositifs
Si la mise en place du 100% en audioprothèse a impulsé une poussée, aujourd’hui l’appareillage stagne. Ce sont les populations les plus informées et les plus avancées dans la maturité de s’appareiller qui ont passé le cap. L’effort d’information de toutes les populations doit être soutenu et il est nécessaire « d’aller chercher » celles qui pensent que la compensation de la perte auditive n’est pas indispensable soit en raison de méconnaissances santé soit parce qu’elles ont d’autres priorités sociales et économiques à gérer.
Inégalités géographiques
La prise en charge ORL dépend aujourd’hui fortement de son lieu de vie. Elle est facilitée dans les grandes agglomérations et plus compliquée dans des départements tels que l’Allier où il est nécessaire d’attendre 6 mois et de réaliser au minimum 180 kilomètres aller-retour.
Inégalités économiques
Les solutions auditives souffrent encore de l’image de luxe ancrant la croyance que les soins auditifs sont un luxe que tout le monde ne peut se permettre. La segmentation classe 1 et classe 2 du 100% santé en audioprothèse est vécue comme un marqueur d’inégalités dans l’accès au dispositif. Par ailleurs, certains dispositifs pour gérer des troubles auditifs sont accessibles avec reste à charge alors que les symptômes touchent toutes les CSP. Par ailleurs, selon la source Améli (02/2025), 69% des ORL sont conventionnés en secteur 2 contre 39% de secteur 1.
Inégalités sanitaires
L’insuffisante formation des médecins traitants en otologie pose un réel problème dans la considération de la gravité des impacts de la perte auditive et des symptômes auditifs sur les états de santé des patients. L’absence de vigilance sanitaire instituée par les pouvoirs publics maintient le corps médical et les populations dans l’ignorance de la gravité des troubles et des symptômes auditifs sur les états de santé et de vie sociale. Il s’agit là d’un écueil formant un « plafond de verre » maintenant toutes les croyances menant au renoncement aux soins auditifs dès le plus jeune âge.
Il est urgent d’instituer la santé auditive parmi les déterminants de santé à suivre systématiquement dans la prise en charge médicale. Bien que l’on ne meure pas d’une perte auditive ou d’acouphènes, la santé auditive offre un levier pour augmenter le niveau général de santé des populations à court, moyen et long terme. Cela repose sur une politique active de prévention primaire (afin d’éviter les causes de survenue liées aux facteurs environnementaux et comportementaux) et la mise en place d’une veille sanitaire pour accréditer la santé auditive dans les bonnes pratiques d’hygiène de vie et de santé.
Les propos tenus dans les tribunes sont sous la responsabilité de leurs auteurs et ne reflètent pas forcément l’opinion d’Audiologie Demain.