Amplifon Insight : Analyse d'un succès

Dans la foulée de la mise en œuvre du reste à charge zéro en audioprothèse, notre secteur connaît en 2021 une croissance extrêmement forte. Entre effet d’aubaine, anticipation, et rattrapage de deux années de stagnation, il est difficile d’estimer la part pérenne de cette évolution et de savoir avec certitude si le 100 % Santé améliore en profondeur la prise en charge de la baisse d’audition en France.

Par Amplifon
Publi Amplifon

Pour répondre à ces questions, nous avons comparé le profil des patients appareillés pour la première fois en 2019 et en 2021. Nous présentons ici les principaux enseignements de cette analyse.

Une croissance tirée par les nouveaux appareillages

80 % de la croissance 2021 émane de l’appareillage de nouveaux patients (et non pas du renouvellement d’appareillages « existants »). En levant la barrière nancière, le reste à charge zéro démocratise l’accès à l’appareillage auditif et permet à un plus grand nombre de Français d’en bénéficier. Le taux d’équipement en solutions auditives devrait ainsi atteindre 50% dès 2022 pour faire de la France l’un des pays avec le plus haut taux de recours à l’appareillage auditif.

Un âge moyen du premier appareillage stable

Même si le recours à l’appareillage auditif prend de l’ampleur, l’âge moyen auquel on s’appareille pour la première fois reste stable, à 73,5 ans. Le 100 % santé ne semble pas (encore ?) se traduire par une évolution du profil démographique de nos patients, et une prise en charge plus précoce. Cette dernière supposerait d’augmenter le taux de recours à l’appareillage auditif des surdités plus légères. On l’estimait en 2018 à seulement 30 %, contre 64 % pour les surdités plus importantes (Source Eurotrak). C’est là que se situe le potentiel d’amélioration de la prise en charge de la baisse d’audition. Or, cette amélioration ne passe pas uniquement par la levée de la barrière financière. Elle nécessite en premier lieu de travailler sur les phases amont du parcours de soins, qui sont celles qui, dans le cas des pertes légères, perdent le plus grand nombre de patients en cours de route (Figure n°1). Améliorer la précocité d’appareillage exige ainsi des politiques de sensibilisation du grand public (et des médecins traitants), de repérage et de dépistage massifs, et une orientation du patient dans le parcours de soins plus immédiate par le médecin prescripteur.

Figure1
Figure n° 1 : Perte de patients aux différentes étapes du parcours de soins.

Premier signe encourageant : un niveau moyen de perte auditive en légère baisse

La perte auditive tonale moyenne est passée de 57 à 55 dB entre 2019 et 2021. Si l’âge moyen reste stable, il y a donc tout de même un début d’amélioration de la précocité de prise en charge. L’analyse de la croissance de 2021 par typologie de perte auditive explique cette évolution : ce sont les pertes auditives les plus légères qui ont connu la croissance la plus forte en 2021.

Cette évolution n’a pas d’impact visible sur l’âge car l’âge moyen des patients tend à augmenter au sein de chacune des catégories : de 2 ans pour les surdités légères (de 65 à 67ans) à 0,5 an pour les surdités moyennes (73 à 73,5 ans). Ce pourrait être une conséquence du rattrapage 2021 : nous recevons cette année ceux qui attendent depuis deux ans le reste à charge zéro pour s’appareiller. D’ailleurs, lorsque l’on étudie non plus la perte tonale mais le niveau d’intelligibilité dans le bruit, on constate que l’on appareille en 2021 des patients plus gênés qu’en 2019. Le niveau moyen de compréhension dans le bruit s’est ainsi dégradé de 37 % pour les surdités légères ; de 22 % pour les moyennes ; et de 12 % pour les sévères. Il est resté relativement stable pour les surdités profondes.

En synthèse, nous prenons en charge en 2021 un nombre beaucoup plus important de nouveaux patients, du même âge que ceux que nous avions l’habitude d’accueillir, avec une baisse d’audition légèrement moins importante mais des difficultés de compréhension dans le bruit plus marquées.

La réforme du 100 % Santé atteint ainsi son premier objectif de démocratisation « économique » de l’appareillage auditif. Malgré de premiers signes encourageants, elle ne permet toutefois pas encore d’améliorer significativement la précocité de la prise en charge. En 2021, les pertes auditives légères ne représentent ainsi que 15 % de nos appareillages. Ce second objectif implique de travailler aussi sur les phases amont du parcours de soins : sensibilisation, dépistage, prescription et orientation précoces.

L’importance des tests vocaux pour mieux prendre en charge les surdités légères

C’est notamment en accordant plus d’importance aux tests vocaux dans les critères d’appareillage que nous parviendrons à prendre en charge la surdité plus précocement. Les tests de compréhension ont en effet un double avantage :

  • ils permettent de qualifier plus tôt à l’appareillage auditif dans le cas de la vocale dans le silence (Figure n°2) ;
  • écologiques, ils mesurent un niveau de difficultés auditives que le patient expérimente lui-même parfois. Ils sont ainsi d’excellents leviers motivationnels pour inciter le patient à poursuivre son parcours de soins. Car si l’appareillage précoce est essentiel à la préservation des facultés cognitives et à la prévention du risque de démence, il est tout aussi important pour améliorer la qualité de vie du patient dès maintenant.

Figure2
Figure n° 2 : Qualification à l’appareillage par âge et par profil.

En effet, la grande majorité des patients ayant une perte auditive légère souffrent d’un problème de compréhension associé. C’est ce que montre la Figure n°3 qui mesure la proportion de patients rentrant dans les critères d’appareillage par les vocales dans le bruit (en bleu) ou dans le silence (en gris). Si l’on combine les deux tests vocaux, 73 % des pertes auditives légères (<40 dB) s’accompagnent d’un problème de compréhension associé. Il est donc erroné de penser, sur la base de la seule audiométrie tonale, que l’appareillage d’une perte auditive légère peut attendre : il est très souvent important pour rétablir un bon niveau de compréhension, en particulier dans le bruit.

Figure3
Figure n° 3 : Proportion de patients rentrant dans les critères d’appareillage.

Cet enjeu d’un accès plus précoce au dépistage et à la réhabilitation auditive s’accompagne également d’une exigence de qualité de prise en charge et donc de suivi audioprothétique. Car l’objectif final n’est pas le taux d’équipement mais le taux de recours effectif, c’est-à-dire un appareillage auditif utilisé pleinement, dans la durée.

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