02 Septembre 2022

Amplifon Insight : Comment objectiver le service médical rendu par l’appareillage auditif ? Que faire devant un échec ?

Évaluer le résultat d’un appareillage est important pour vérifier la pertinence de la prescription et sélectionner le cas échéant la ou les thérapeutiques les plus adaptées. Cette évaluation doit reposer sur des critères objectifs et subjectifs reflétant la satisfaction des patients.

Par le Pr Bernard Fraysse, président de l’Ifos, et Pauline Roger, audioprothésiste DE Amplifon
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Il faut rappeler que la prescription pertinente d’une prothèse auditive repose sur le diagnostic de la cause de la surdité et sur le pronostic de la réhabilitation auditive via des aides. Cette prescription tiendra compte des informations fournies par le patient lors de la consultation, de l’examen otoscopique, du type de perte auditive, des pathologies associées et, enfin, des attentes du patient.

L’appareillage

Les critères d’appareillage, tels que la Haute autorité de santé (HAS), les a définis sont les suivants :

  • perte auditive supérieure à 30 dB HL,
  • seuil d’intelligibilité dans le calme supérieur à 30 dB,
  • dégradation significative de l’intelligibilité dans le bruit (RSB de + 3dB par rapport à la norme).

Lors du bilan audiométrique, l’ORL doit vérifier la concordance entre les tests. En cas de discordance majeure, notamment entre le test de compréhension dans le bruit et les seuils tonaux et vocaux, il devra d’emblée rechercher une neuropathie auditive, des troubles centraux de l’audition ou s’interroger sur un éventuel déclin cognitif du patient.

Lors de l’essai prothétique, le rôle de l’audioprothésiste sera de choisir la solution idéale en tenant compte des aspects audiométriques et anatomiques, des attentes du patient (définies par le COSI par exemple) et d’une analyse des environnements sonores fréquentés. Ce choix repose à la fois sur la détermination du couplage acoustique, du type et de la classe de l’appareil.

Le compte rendu

Le compte rendu d’appareillage standardisé tel que le propose la Société française d’audiologie nous paraît essentiel à une lecture lisible des résultats prothétiques par l'ORL. Les indicateurs de pertinence de la prothèse, c’est-à-dire l’analyse par l’ORL du compte rendu prothétique, doivent tenir compte :

  • de la tolérance,
  • de l’amélioration de la perception,
  • de l’amélioration de compréhension,
  • de l’adéquation avec les attentes du patient,
  • d’une diminution du handicap.

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Listons quelques éléments simples qui peuvent aider à la lecture de ce compte rendu. Tout d’abord, le gain prothétique tonal permet de vérifier, qu’avec les appareils, le patient retrouve une discrimination de l’ensemble des voyelles et des syllabes telle que la banane vocale le schématise.
Ensuite, pour ce qui est du gain prothétique vocal, il est intéressant de considérer le seuil d’intelligibilité, l'allure de la courbe et surtout le maximum d’intelligibilité car ce dernier fournit un aperçu du niveau de compréhension du patient pour des intensités de voix faible, modérée ou forte.
Il sera également nécessaire de vérifier la cohérence entre le gain vocal appareillé et non appareillé. Les critères qui doivent faire envisager un bilan d’implant sont une discrimination vocale dans le silence de 60 dB dans des conditions optimales d’appareillage qui ne permettent qu’une intelligibilité inférieure à 50 %.
Enfin, on se penchera sur l’amélioration de la vocale dans le bruit, qui doit soit restituer une compréhension en milieux bruyants dans les normes vocales du test fait, soit montrer une amélioration d'au moins 3 dB de RSB. Pour d’éventuels tests complémentaires, on pourra s’intéresser à l’équilibrage stéréophonique en sonie pour les sons faibles, moyens et forts ou à des épreuves de localisation sonore.

Que faire en cas de résultat considéré insuffisant ?

L’audioprothésiste devra à nouveau réaliser des mesures objectives notamment pour s'assurer de l'intégrité fonctionnelle des composants de l’appareil. Il faudra également mesurer les gains de l’appareil in vivo pour visualiser les effets acoustiques et électroniques de l’appareillage en tenant compte des caractéristiques anatomiques du patient.

L’évaluation des bénéfices sera faite grâce au COSI en fonction des objectifs personnalisés du patient. Le COSI est un test essentiel qui permet de vérifier individuellement et subjectivement si nous avons répondu aux besoins du patient.

D’autres questionnaires liés à la qualité de vie, tels l’APHAB ou le SSQ, sont aussi envisageables.

Enfin, la fonction datalogging des aides nous procure deux informations : l’observance, une donnée capitale dans la réussite de l’appareillage, et l’analyse des environnements sonores dans lesquels le patient évolue.

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Si malgré un appareillage optimal – incluant des réglages adaptés et régulièrement réévalués – le patient demeure insatisfait, l’ORL devra continuer ses investigations qui seront :

  • d’une part électrophysiologiques : otoémissions acoustiques, produits de distorsion, potentiels évoqués auditifs, test dichotique pour éliminer une neuropathie auditive ou une pathologie centrale ;
  • d’autre part des examens complémentaires comme l’IRM pour la recherche d’un hydrops, d’un neurinome ou d’une fistule péri-lymphatique. En cas d’instabilité associée ou aggravée par l’appareillage, on recherchera une déhiscence du canal semi-circulaire supérieur.

Enfin, dans la mesure où l’appareillage s’adresse particulièrement au patient presbyacousique, il faudra rechercher par un bilan cognitif, une éventuelle atteinte du processus d’identification linguistique, c’est-à-dire d’un trouble de la syntaxe ou du vocabulaire. Le bilan neurocognitif recherchera une altération de la mémoire attentionnelle, du contrôle des inhibitions, de la mémoire de travail avant la prise en charge orthophonique. Cette rééducation peut être audiovisuelle – par une amélioration du développement de la lecture labiale –, faire appel à un entraînement auditif, ou impliquer un renforcement cognitif des mémoires de travail ou de l’accès au lexique.

En conclusion

La prescription doit être initialement pertinente. Elle doit comporter un suivi par le biais duquel les indicateurs permettent de définir l’amélioration subjective et objective, une réflexion multidisciplinaire en cas d’échec et une réflexion sur toutes les options pouvant offrir une réhabilitation auditive, parmi lesquelles : la prothèse, les alternatives médicales ou chirurgicales et enfin, évidemment, la réhabilitation orthophonique et cognitive.

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