13 Février 2026

« Audition conseil se porte bien, avec une proposition de valeur qui séduit de plus en plus »

Après deux années mouvementées pour le secteur de l’audioprothèse, Stéphane Bardet, président d’Audition Conseil, livre une analyse sans détour. Il revient sur les choix stratégiques qui ont permis au réseau de garder le cap et les leviers de croissance à long terme, dans un marché en profonde mutation mais porteur d’opportunités durables.

Propos recueillis par Ludivine Aubin-Karpinski
Ste phane Bardet
Stéphane Bardet, président d’Audition Conseil

La période 2024 - début 2025 a été compliquée pour le secteur. Qu’avez-vous observé ?

Le secteur a traversé une zone de turbulences, mais il n’a pas connu d'effondrement. Après vingt ans de croissance continue, le marché a en effet connu le creux de la vague sous l’effet de trois phénomènes simultanés : un ralentissement mécanique après le pic du 100 % Santé – c’est normal, un cycle commence, se calme, puis il repart –, une surenchère d’ouvertures opportunistes suivie d’un niveau inédit de fermetures et, enfin, une fraude massive.

Chez Audition Conseil, l’impact a été sensible avec un chiffre d’affaires amputé de 6 à 8 %. Heureusement, notre modèle d’audioprothésistes indépendants, ancrés localement et inscrits dans le temps long, nous a permis de mieux résister que d'autres acteurs plus opportunistes.

Des enseignes historiques ont connu des fermetures voire des restructurations. Cela a-t-il été votre cas ?

Le choc a été réel. Fin 2022, le marché s’est brutalement retourné alors que nous étions engagés dans une phase d’investissements majeurs : reprise de l’enseigne, de la centrale d’achats et acquisition d’une quinzaine de centres. Le timing n’était pas idéal et nous avons tangué, mais c’est le prix de notre indépendance. Nous ne dépendons ni de capitaux étrangers ni de groupes multinationaux. Quand on passe d’une TPE à une PME, il faut en assumer les risques.

Cette période, qui a coïncidé pour Audition Conseil avec l’arrivée à l’âge de la retraite d’adhérents historiques, a été marquée par une vague de rachats d’une cinquantaine de centres à prix d’or, menée par les multinationales, attirées par le savoir-faire des indépendants pour pérenniser leurs centres. Cette phase spéculative a fragilisé certains réseaux, tout en permettant à quelques-uns de nos adhérents de valoriser leur patrimoine. De notre côté, nous avons fait le dos rond, attendu que l'orage passe et préservé notre modèle.

Malgré le contexte, vous semblez confiant...

Oui, car les fondamentaux de notre secteur demeurent très solides. La conjoncture nous a été défavorable, mais structurellement le potentiel reste immense. La prise de conscience de la santé auditive progresse, les patients arrivent plus jeunes et les technologies n’ont jamais été aussi performantes. La France affiche l’un des meilleurs taux d’équipement en Europe, alors qu’un Français sur deux n’a jamais réalisé de test auditif.

Audition Conseil bénéficie de son positionnement premium, avec plus de 90 % de centres exclusifs, portés par des audioprothésistes engagés. C'est ce qui fait la solidité de notre modèle et ce qui explique notre résilience et notre capacité à redémarrer plus vite que les autres.

Quelles stratégies avez-vous mises en place pour rester compétitifs ?

On pourrait nous reprocher de nous être montrés trop ambitieux. Or il nous fallait investir rapidement pour relancer l’enseigne qui était surnommée, avant le rachat, la « belle endormie ». Cela passait par la modernisation de l'enseigne, une nouvelle plateforme de marque, des investissements numériques et le renforcement de nos liens avec le corps médical. La modernisation du réseau nous a permis de rationaliser nos couts et nous nous sommes recentrés sur les besoins de nos adhérents. Nous avons ainsi mis l’accent sur le soutien opérationnel aux indépendants, avec une équipe dédiée de 15 personnes.

Garantir notre indépendance passait aussi par la maitrise de nos outils numériques. Après une première prise de participation majoritaire dans Osmose, destinée à sécuriser notre liberté de choix, nous avons réajusté le tir par la suite. Audition Conseil est redevenu actionnaire minoritaire, tout en conservant les bénéfices stratégiques du projet, et en s’appuyant sur un partenaire solide, Optic 2000. Osmose reste notre partenaire digital clé, nous permettant de proposer à nos adhérents des outils avec une agilité que les grands groupes n’arriveront jamais à égaler.

Notre ambition n’est pas de multiplier les points sur une carte, mais de fédérer une communauté partageant les mêmes valeurs. 

Où en le réseau Audition Conseil aujourd’hui ?

Audition conseil se porte bien avec une proposition de valeur qui séduit de plus en plus d'audioprothésistes. La situation est stabilisée et la dynamique a bien repris. Nous avons une feuille de route claire sur cinq ans, financée et cohérente. Aujourd’hui, les banques nous soutiennent, les associés sont alignés, les équipes engagées. Un audit indépendant a confirmé ce très haut niveau d’engagement de nos collaborateurs, reflet d’un réseau où il fait bon vivre.

Audition Conseil s’appuie aujourd’hui sur une structure solide – terrain, marketing, achats et outils digitaux – qui libère les audioprothésistes des contraintes de gestion. Cette stratégie a porté ses fruits : depuis deux ans, de nombreux jeunes audioprothésistes nous ont rejoints, attirés par cette expertise et, en 2025, nous avons réalisé 30 ouvertures. Nous accompagnons des projets solides partout en France et nos centres récents sont tous en avance sur leur business plan.

2026 est pour nous l’année de l’accélération. Notre objectif est notamment de démontrer notre capacité à créer de la valeur patrimoniale. Nous n’ambitionnons pas de multiplier les points sur une carte, mais de fédérer une communauté d’audioprothésistes partageant les mêmes valeurs.

Nous comptons également de nombreux référents de la profession : chercheurs, directeurs d’écoles, administrateurs du SDA, vacataires dans les CHU pour le réglage d’implants… Notre compétitivité provient de cette capacité à attirer des talents – et à fidéliser nos patients ; cela représente un atout majeur.

Vous annoncez de nouvelles ouvertures. Est-ce aussi le signe d’une embellie plus générale du marché ?

Lors du congrès des audioprothésistes 2025, j’avais annoncé une croissance de 7 %, juste après les deux mauvais mois de début d’année. J’ai senti planer un certain scepticisme dans la salle... Et pourtant, c’est bien l’atterrissage que nous avons observé fin 2025, confirmant mes prévisions de mars. Un constat rassurant pour les adhérents Audition Conseil, dont le président doit anticiper et prévoir les perspectives de son secteur à cinq ans.

Sans divulgâcher ma prochaine intervention, on peut s’attendre à une croissance en valeur du marché de 4 à 5 % en 2026. Audition Conseil devrait se situer dans la fourchette haute, porté par le renforcement de son image de réseau premium auprès des patients et du corps médical.

Pensez-vous que les patients perçoivent une différence significative entre l’offre d’un réseau historique indépendant et celle d’acteurs plus « opportunistes » ?

Peut-être pas immédiatement, mais dans la durée, la différence est énorme parce que ce qui rassemble et unit les audioprothésistes et les assistantes Audition Conseil, c’est qu’ils sont habités par le fait qu'ils exercent un des plus beaux métiers du monde. Il ne s'agit pas seulement de corriger une perte auditive, mais de redonner du lien, de la confiance et une vie sociale.

Le métier d'audioprothésiste est exigeant. C'est aussi une lourde responsabilité. La malaudition est un sujet sérieux et les conséquences d'un échec d'appareillage – isolement social, déclin cognitif – sont trop importantes. Cette exigence est inscrite dans l'ADN d’Audition Conseil. Nos patients le perçoivent et c'est là que réside la différence.

À quels enjeux à plus ou moins long terme le secteur doit-il faire face ?

Le sujet de la dissociation revient régulièrement sur le tapis, mais je n’y crois pas. Le succès du 100 % Santé, confirmé par l’étude EuroTrak 2025, montre que le système actuel fonctionne. Les dépenses en audioprothèse restent marginales dans les dépenses de santé ; les véritables leviers d’économies se situent plutôt dans la lutte contre la fraude, d’autant que le marché s’autorégule déjà.

Un enjeu majeur est de mieux faire connaitre notre métier auprès des politiques et du grand public, afin de valoriser le rôle essentiel des audioprothésistes en tant que professionnels de santé de proximité.

Sur le plan économique, il est essentiel de préserver l’équité d’accès aux aides auditives pour éviter toute fracture sociale. Enfin, je suis vent debout contre l’abaissement du prix limite de vente. Il conduirait in fine à limiter l’accès aux technologies les plus performantes, au détriment de l’intérêt du patient, qui doit rester la priorité absolue.

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