Classe I – Classe II : quel niveau technologique pour quel patient ?

La nouvelle nomenclature instaurée par la réforme du 100 % Santé a établi deux classes d’aides auditives mais, il existe encore peu d'études sur les bénéfices et limites de chacune. La Société française d’audiologie s’est emparée du sujet et a constitué un groupe de travail, piloté par Morgan Potier et François Dejean, chargé d’établir un comparatif audioprothétique des différentes technologies. Celui-ci livrera ses premiers résultats à l’occasion du 16e Congrès de la SFA. Morgan Potier en présente les grandes lignes.

Propos recueillis par Ludivine Aubin-Karpinski
Choix de la technologie auditive

Audiologie Demain (AD) : Pourquoi la SFA a-t-elle mis en place ce groupe de travail ?

Morgan Potier (MP) : Depuis l’arrêté du 14 novembre 2018, une nouvelle nomenclature permet de proposer aux patients un appareillage de classe I, 100 % remboursé, ou de classe II, avec un reste à charge. Il nous a paru essentiel, pour garantir le succès de cette réforme, de bien identifier les intérêts et les limites de chacune des classes pour ne pas tomber dans l’écueil d’un distinguo trop simpliste et s’assurer du choix de la bonne technologie selon les besoins spécifiques de chaque patient. Or, il existe peu d’études scientifiques sur ce sujet et on constate parfois une véritable dichotomie entre la perception des patients sur le terrain et les résultats des tests menés en cabine par les professionnels.
Nous avons donc décidé, il y a un an, de créer un groupe de travail, que je pilote avec François Dejean, regroupant des experts de plusieurs disciplines chargés d’étudier cette question, en toute indépendance. À terme, nous aimerions pouvoir déterminer des catégories de patients en fonction de leurs besoins audiologiques ou sociaux exigeant le recours à telle ou telle technologie.

AD : Quels travaux avez-vous initiés pour cela ?

MP : Notre travail s’articule en deux temps. Une première phase a consisté à mener une analyse purement factuelle en s’intéressant aux caractéristiques acoustiques des appareils des deux classes. Nous avons voulu nous appuyer sur l’expertise de laboratoires indépendants, ceux de Joël Ducourneau, de Nancy, et de David Colin, de Lyon. Avec l’aide d’audioprothésistes et de chercheurs, nous avons travaillé pendant plusieurs mois à l’élaboration d’un protocole réaliste et écologique, respectant le fonctionnement spécifique des aides auditives (traitement du signal par échange d’information bilatérale, modalités d’activation spectrale et temporelle des algorithmes de traitement du signal…) en focalisant avant tout notre analyse sur les différents rapports signal sur bruit existant en sortie d’appareils auditifs de toutes marques et classes.

La deuxième étape n’a pas encore débuté, mais nous aimerions mettre en place une étude plus « pratique » qui vérifierait les résultats de notre première phase. Pour réfléchir de façon pluridisciplinaire à cela, nous avons sollicité des confrères ORL et avons ainsi l’aide précieuse des Prs Mathieu Marx (Toulouse), David Bakhos (Tours), Frédéric Venail (Montpellier) et Hung Thai-Van (Lyon).

Nous souhaitons avant tout prendre un peu de recul, quitte à bousculer quelques dogmes.

AD : Quels sont les premiers résultats ?

MP : Ils s’avèrent assez stupéfiants. Nous nous attendions à être surpris ; nous n’avons pas été déçus... Nous nous sommes rendu compte que mesurer les différences entre les technologies s’avère une tâche particulièrement complexe du fait de la somme de paramètres à analyser et de l’interaction entre les différents éléments implémentés dans les appareils auditifs (stratégie d’activation de la compression, algorithmes de traitement du signal…). Nous communiquerons sur ces données préliminaires lors de l’atelier « Aides auditives : quel niveau de technologie pour quel patient ? » qui sera organisé à l’occasion du 16e Congrès de la SFA (voir encadré). Au cours de cette même session, Éric Bailly-Masson apportera un éclairage supplémentaire en faisant une démonstration en live des différences de perception subjective entre les deux classes.

Cet atelier suscitera sans doute plus de questions qu’il n’apportera de réponses ! Mais, nous souhaitons avant tout prendre un peu de recul, quitte à bousculer quelques dogmes. Ce sera l’occasion de réfléchir ensemble et d’échanger pour encore améliorer notre compréhension des besoins de nos patients. En gardant à l’esprit qu’il n’y a rien de simple dans le succès d’un appareillage auditif et que celui-ci est avant tout fonction du niveau d’engagement de l’audioprothésiste.

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