En quête des signes de la langue originelle

L’acquisition du langage relève-t-elle de l’inné ? Une question qui motiva par le passé des « expériences interdites » d’isolement linguistique de nourrissons.

Par Bruno Scala
(c) Kateryna Kovarzh AdobeStock

Depuis la nuit des temps, l’origine du langage intrigue. Existe-t-il des aptitudes innées ? Comment est-il étroitement lié au développement de l’enfant ? Quid de la communication avec l’enfant sourd, des conséquences d’une privation sensorielle ?... Ces questions, nos ancêtres se les posaient déjà, à une époque où le respect du droit des enfants et l’éthique médicale n’étaient pas exactement la priorité. Jugez plutôt.

Souverains apprentis sorciers

Au 7e siècle avant J.-C., le pharaon Psammétique Ier voulut savoir quel était, des Égyptiens et des Phrygiens, le peuple le plus ancien de la Terre. Il arracha alors deux nouveau-nés à leur mère, les confia à un berger ayant pour mission de les élever et de les nourrir au lait de chèvre, le tout sans jamais leur adresser la parole. Deux ans plus tard, les enfants émirent leurs premiers sons, qui ressemblaient fortement au mot signifiant pain en phrygien… Pour Psammétique Ier, preuve était faite que les Phrygiens constituaient donc le peuple le plus vieux sur Terre. Ce type d’expérience consistant à isoler des nouveau-nés pendant plusieurs années – qualifiée d’« interdite » par l’écrivain Roger Shattuck en 1980 – fut réitéré à travers les siècles.

Frédéric II, empereur polyglotte du Saint-Empire romain de 1215 à 1250, qui s’intéressait à la science (mais peu à son éthique), chercha ainsi à comprendre l’origine du langage. Si l’objectif était plus sensé, l’expérience fut tout aussi cruelle. Elle est ainsi rapportée dans ses Chroniques par le moine Salimbene : « Aussi demanda-t-il à des nourrices d’élever les enfants, de les baigner, de les laver, mais en aucune façon de babiller avec eux ou de leur parler, car il voulait savoir s’ils parleraient l’hébreu, le plus ancien des langages ou le grec, ou le latin, ou l’arabe, ou peut-être encore le langage des parents dont ils étaient issus ». Mais ce fut un échec cuisant, comme l’explique le moine italien : « Tous les enfants moururent… En effet, ils ne pouvaient pas survivre sans les visages souriants, les caresses et les paroles pleines d’amour de leurs nourrices. »

Enfants sauvages

La découverte d’enfants sauvages ou séquestrés pendant l’enfance atteste de l’impossibilité de développer un langage parlé sans stimulation auditive. Ainsi, Victor, garçon abandonné et retrouvé en 1797 dans l’Aveyron à l’âge de 12 ans environ, n’a jamais oralisé. De même, la petite américaine Genie, séquestrée par son père juste avant d’acquérir le langage et découverte en 1970, soit une dizaine d’années plus tard, n’a jamais développé un langage complexe. Et cela malgré une rééducation poussée. Pour ces deux derniers cas, il est néanmoins difficile de savoir si l’impossibilité du développement langagier est due à la privation du langage ou à la maltraitance. Les langues des signes L’origine du langage et le monde du silence dans lequel sont plongés les sourds dès l’enfance ont toujours intéressé les scientifiques. Au 16e siècle, l’empereur Akbar le Grand enferma douze nouveau-nés avec des nourrices muettes. À 12 ans, les enfants communiquaient par gestes.

La linguiste Grace Neveu rapporte le cas observé en 2012 de deux Maijuna (un peuple d’Amazonie du Pérou), nés sourds, utilisant une langue des signes qu’ils ont inventée sans savoir qu’il en existait d’autres. Mais le plus intéressant, c’est que ces deux Maijuna sont issus de villages distants et ne se sont que très rarement croisés. Pourtant, leurs langues des signes respectives affichent environ 80 % de similitudes. C’est peut-être celle-ci, la langue originelle.

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