Où en est le SDA aujourd’hui ?
Notre syndicat se trouve aujourd'hui dans une phase de transition. Ces dernières années, nous avons établi notre légitimité grâce à notre important travail de lobbying auprès des pouvoirs publics et de l’Assurance maladie. Avec Luis Godinho et Brice Jantzem, nous avons su défendre l'identité paramédicale de notre profession lors des grandes réformes, mais aussi lutter contre la fraude.
Aujourd'hui, nous ouvrons un nouveau chapitre. Ma priorité est de rénover notre gouvernance. Ce modèle resserré, efficace dans la gestion des grands dossiers, a atteint ses limites en concentrant trop les responsabilités et en générant un sentiment de distance avec une partie des administrateurs et la base de la profession.
Comment souhaitez-vous faire évoluer cette gouvernance du SDA ?
Le premier grand chantier vise à instaurer une véritable dynamique collégiale. Il est impératif de définir les rôles et les responsabilités de chaque administrateur afin que l'implication soit équitablement partagée. C’est comme ça qu’on assurera la pérennité du syndicat. Je souhaite une organisation moins dépendante des individus, avec une montée en compétences collective. Ce fonctionnement se matérialise concrètement dans la constitution d'une vingtaine de groupes de réflexion et de suivi sur différents enjeux comme la téléaudiologie, l'appareillage hors centre, l'ordre, le décret de compétences...
Une autre priorité est de renforcer nos liens avec le terrain et d’améliorer la représentativité du SDA, en fédérant l’ensemble des audioprothésistes. Le syndicat n’est pas le porte-voix exclusif des chefs d'entreprise indépendants. Aussi, nous avons intégré au sein de notre conseil d’administration des salariés, dont un diplômé d'une formation espagnole. Un signe d’ouverture important car nous avons tous une part de responsabilité dans la présence des professionnels issus des formations européennes. Ils font désormais partie de l’écosystème et nous devons nous assurer que ceux qui ont à cœur de dispenser des soins de qualité à leurs patients puissent le faire.
Pour aller plus loin, nous souhaitons élargir notre bureau de 21 membres actuellement à 24 membres.
Le syndicat n’est pas le porte-voix exclusif des chefs d'entreprise indépendants.
Cet esprit d’ouverture s’étend-t-il aux relations avec les autres instances de la profession ?
Il est temps de dépasser les clivages, entre indépendants et salariés, ou entre syndicats. Le changement de présidence est l'occasion de renouer le contact avec l’ensemble de l’écosystème et notamment avec les autres instances, le Synea et le Synam. Comme dans toute famille, nous avons des désaccords et des intérêts différents mais nous partageons des problématiques, comme la baisse de rentabilité de nos centres ou la dissociation. Le dialogue est indispensable pour peser collectivement. Il n'y a pas les « bons » d’un côté et les « mauvais » de l’autre ; de nombreux parcours évoluent dorénavant du salariat à l’entrepreneuriat puis à la vente à de grands groupes... Refuser cette réalité ou s’enfermer dans une posture idéologique reviendrait à perdre toute capacité de faire évoluer le système.
Nous allons également consolider notre travail conjoint avec le Collège national d'audioprothèse et la Société scientifique d'audioprothèse.
Quid du dialogue avec les ORL ?
Il faut une fois encore savoir dépasser les postures et ne pas confondre ce qu'on représente et ce qu'on défend. Je pense bénéficier d’une certaine crédibilité auprès des ORL du fait de mon parcours d’enseignant-chercheur. J’ai participé à plusieurs travaux en audiologie avec des ORL ; j’en ai formé certains.
Je suis quelqu’un de direct, parfois même incorrect, mais c’est parce que je refuse la langue de bois. Cela dit, je sais aussi dialoguer. Et aujourd’hui, il est indispensable d'entretenir des échanges apaisés avec l’ensemble des acteurs de la filière.
Le mandat de votre prédécesseur Brice Jantzem a été particulièrement marqué par la lutte contre la fraude. Le sujet est-il derrière vous ?
Je pense qu’il y a eu deux périodes. Une première phase très frontale, face à l’émergence d’importantes dérives nées d’un manque de régulation lors de la mise en place du 100 % Santé. Il a fallu se battre, parfois contre des acteurs puissants. Aujourd’hui, la machine est lancée. Le SDA reste pleinement mobilisé pour garantir une profession transparente, éthique et respectueuse de la réglementation, mais ce n’est pas à nous de faire la police. C’est le rôle des administrations qui adoptent désormais une logique plus répressive. La DGCCRF, que nous avons récemment rencontrée avec les autres syndicats, nous l'a confirmé : l'heure n'est plus à la pédagogie.
Quels autres combats comptez-vous mener ?
Nous souhaitons obtenir le strict respect de la loi anti-cadeaux avec une tolérance zéro face aux dérives, notamment liées aux apporteurs d'affaires. Elle est nécessaire, mais complexe et parfois mal comprise. Certains abus résultent d’une méconnaissance des règles. La peur de mal faire peut aussi freiner les échanges entre acteurs de santé. Or, ils sont essentiels au parcours de soins. L’enjeu est donc d’expliquer et de réguler sans créer de mur infranchissable entre les professions.
Cet effort de pédagogie doit également servir à responsabiliser les audioprothésistes salariés. Ils ne peuvent pas se retrancher derrière leur employeur lorsqu'ils acceptent d'appliquer des pratiques frauduleuses.
Nous exerçons l’une des rares professions où l’on voit les patients plusieurs fois par an, souvent jusqu’à la fin de leur vie. Dans un contexte de raréfaction des médecins de famille, nous avons un rôle de sentinelles face à l’apparition de comorbidités. Cela suppose une pratique éthique, centrée sur le soin et basée sur la preuve scientifique.
