Les évènements consacrés à l’audiologie se sont multipliés ces dernières années. Comment l’expliquez- vous ?
Je pense que la première explication est démographique. Nous sommes de plus en plus d’audioprothésistes, avec les diplômés des écoles françaises, mais aussi beaucoup de professionnels formés en Espagne. Et puis je pense qu’il y a aussi plus de croisements entre les pratiques. Avant, on était plus « cloisonnés », chacun restait un peu sur sa ligne professionnelle.
Cette multiplication est-elle problématique ?
Elle interroge en tout cas ! Parce qu’on arrive à une densité difficilement tenable. Si l’on additionne les congrès nationaux, régionaux et internationaux, on peut très vite se retrouver avec un rendez-vous tous les quinze ou vingt jours et ça devient de moins en moins compatible avec une activité clinique normale. On ne peut pas être partout. À un moment, il faut choisir, et être congressiste, ce n’est pas un métier.
Nous sommes encore en retard par rapport à des sociétés savantes d’autres disciplines qui ont recours à des formats hybrides ou dématérialisés. Morgan Potier
Les sponsors sont-ils eux aussi arrivés à saturation ?
Les industriels nous disent qu’ils sont sollicités de toutes parts et qu’ils doivent opérer des arbitrages. Leur participation ne se limite pas au prix d’un stand : il faut déplacer des équipes, les héberger, les rémunérer... Avec la concentration des groupes et des distributeurs, les décisions se prennent aussi de plus en plus à l’échelle internationale. Cela rend les financements plus difficiles à obtenir. Pour le dernier congrès de la SFA, nous avons eu beaucoup de mal à positionner une date sans créer de conflit d’agenda avec les autres congrès. Finalement, un congrès international s’est tenu au même moment, ce qui a divisé les forces, les sponsors et les participants.
Les industriels organisent aussi leurs propres rendez-vous. Est-ce une concurrence supplémentaire ?
Pas vraiment pour les sociétés savantes, car l’objectif n’est pas le même. Les fabricants organisent surtout ces évènements pour parler de leurs produits et rencontrer leurs clients. En revanche, cela ajoute encore des sollicitations pour les professionnels. Entre les congrès scientifiques et les roadshows, ça devient sportif de tout suivre.
Faut-il alors réduire le nombre d’évènements ?
Il faut davantage mutualiser. On ne pourra évidemment pas regrouper tout et encore moins tout le monde, mais certaines sociétés savantes pourraient organiser des congrès ensemble. On l’a fait en 2024 à Paris, lors du congrès mondial d’audiologie, et cela a bien fonctionné. Les sponsors y ont aussi trouvé leur compte puisqu’ils pouvaient rencontrer beaucoup de monde en une seule fois. On pourrait même imaginer, à terme, un congrès d’audiologie francophone réunissant Français, Belges, Suisses, Canadiens et professionnels du Maghreb.
Le format des congrès doit-il lui aussi évoluer ?
Oui. Nous sommes encore en retard par rapport à des sociétés savantes d’autres disciplines qui ont recours à des formats hybrides ou dématérialisés. Se déplacer plusieurs jours pour n’assister finalement qu’à quelques communications ciblées n’est pas toujours pertinent, ni écologique. On pourrait imaginer plus de direct, de replay, voire des espaces de visite virtuels. Cela ne remplacera pas les rencontres physiques, qui restent essentielles, mais cela donnerait plus de souplesse aux professionnels. À la SFA, nous pensons qu’il faut maintenant réunir sociétés savantes, syndicats, organisateurs et sponsors autour de la table. Le modèle devra forcément évoluer dans les prochaines années et cette réflexion est déjà en cours.
