Pratiquée depuis plusieurs décennies dans la plupart des pays européens, l’implantation cochléaire pédiatrique fait l’objet de recommandations nationales, mais l’Europe reste marquée par l’absence de cadre commun et par des disparités persistantes dans l’accès aux soins des enfants atteints de surdité sévère à profonde. « Les différences entre les politiques nationales, la qualité des services et l’accès à un diagnostic et à une intervention rapides continuent de compromettre l’équité des soins, y compris dans les pays à hauts revenus », constatent les 41 auteurs du consensus paru cet été et parmi lesquels figurent la Pr Natalie Loundon, cheffe de l’unité audiophonologie pédiatrique à l’hôpital Necker-Enfants malades, AP-HP / Institut reConnect (Paris) et le Pr Éric Truy, du service d'ORL pédiatrique de l'Hôpital Édouard Herriot à Lyon. L’objectif de ce document est ainsi d’établir un premier socle commun pour réduire ces disparités et de garantir que les enfants éligibles à l’implantation cochléaire puissent y accéder suffisamment tôt et bénéficier ensuite d’un parcours de soins, de rééducation et de suivi de qualité, quels que soient les pays où ils résident.
Dix recommandations
Le consensus contient dix recommandations principales pour l’ensemble des pays européens, dont la première consiste en la mise en place d’un dépistage auditif néonatal universel, car, est-il rappelé dans le document, « une détection et une intervention précoces de la surdité réduisent considérablement le risque de retard dans le développement de la communication et du langage, le développement social et émotionnel et les résultats scolaires ». Les auteurs recommandent également l’organisation d’un programme d’implantation cochléaire garantissant une « sélection appropriée des candidats », ainsi que soit réalisée une « évaluation multidisciplinaire spécialisée » en amont de l’implantation.
Une implantation bilatérale, « idéalement simultanée », doit être privilégiée chez les enfants « présentant une surdité neurosensorielle bilatérale sévère à profonde », « lorsque les appareils auditifs conventionnels ne permettent pas, ou ne devraient pas permettre, un accès suffisant à la reconnaissance de la parole et au développement du langage oral ». Les auteurs rappellent à cet égard qu’« un essai préalable avec des appareils auditifs doit être réalisé lorsque cela est approprié ». Ils soulignent que les parents doivent « recevoir une information claire », insistant sur la nécessité de « définir des attentes réalistes », et bénéficier d’un accompagnement.
La chirurgie doit être réalisée le plus précocement possible, « par des chirurgiens expérimentés, dans des centres à forte activité », avec la préservation autant que possible des structures de l’oreille ainsi que de l’audition résiduelle et de la fonction vestibulaire. Après l’implantation, le processeur doit être activé aussi rapidement que possible et les réglages ainsi que la rééducation doivent être assurés par des professionnels expérimentés. Les auteurs du consensus estiment enfin que les enfants doivent bénéficier d’un suivi et d’un accompagnement à vie.
Ce document devrait aboutir à terme à l’élaboration de recommandations européennes formelles.
