Ces recommandations étaient attendues depuis plusieurs mois. En 2022, la HAS s'était auto-saisie du sujet de la prise en charge des patients souffrant d'acouphènes chroniques invalidants. Elle avait en effet réalisé le constat d'une « errance diagnostique et thérapeutique » et d’une « absence de prise en charge harmonisée ». Quatre ans plus tard, elle publie le fruit de son travail, sous forme de « recommandation ».
Le document, s'il ne fait apparaitre que peu d’informations vraiment inédites, établit pour la première fois un consensus sur le sujet. « Cette recommandation acte ce que les spécialistes des acouphènes savent déjà et mettent en œuvre depuis plusieurs années, mais que tous les médecins ne se sont pas encore approprié », commente la Dr Marie-Josée Fraysse, qui a dirigé, avec les Drs Pierre Reynard et Juliette Housset, le groupe de travail constitué pour élaborer ces recommandations.
Concernant la démarche diagnostique, la recommandation décrit les différentes étapes du bilan qui doivent être réalisées en début de parcours. Le document détaille les bilans d'imagerie (dans quels cas l'IRM doit être faite), clinique, audiométrique, etc. Les experts du groupe de travail ont en outre souhaité formaliser une consultation dédiée à une synthèse, en préambule de la démarche thérapeutique, afin de « synthétiser les résultats, expliquer la physiopathologie de l'acouphène et élaborer avec le patient un projet thérapeutique spécialisé ». Une prise en charge chronophage, qui nécessite, comme le demande l’association de patients France Acouphènes depuis plusieurs années, une consultation longue, donc mieux valorisée et remboursée par l'Assurance maladie.
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Concernant la prise en charge, la HAS rappelle qu'elle doit être « personnalisée, coordonnée et adaptée ». Elle confie cette coordination à un médecin généraliste ou un ORL. Elle recommande les prises en charge par des équipes pluridisciplinaires – ce qui consacre le modèle mis en place par l’Afrépa depuis sa création – « notamment pour les patients présentant des vulnérabilités psychologiques, sociales ou médicales ».
Appareillage hors indications
En premier lieu, « nous avons officialisé l’intérêt des thérapies cognitivo-comportementales », explique la Dr Marie-José Fraysse. Elles sont en effet recommandées dans tous les cas. La HAS ajoute qu'une thérapie sonore par aides auditives peut être proposée en cas de baisse d’audition associée. En cas de gêne élevée (THI entre 38 et 56, EVA ≥ 6), « il est recommandé de proposer en première intention une aide auditive avec amplification adaptée ».
Mais le document introduit une nouveauté. En effet, la HAS recommande une thérapie sonore avec des aides auditives en dehors des indications fixées par l’arrêté du 14 novembre 2018, dans certains cas très invalidants. Ainsi, si la gêne est très élevée (THI ≥ 58), « l’aide auditive doit rester discutée prioritairement dès lors qu’une surdité est objectivée, y compris lorsque la perte auditive ne répond pas aux critères habituels de prise en charge de l’appareillage définis par l’arrêté de 2018 », est-il écrit dans le document. Dans les deux cas, la HAS recommande d’allonger la durée de l’essai à 2 mois. « Ce que nous espérons, c’est que l’Assurance maladie prenne en charge ces aides auditives délivrées hors des indications fixées par l’arrêté du 14 novembre 2018 », explique la Dr Fraysse. La HAS précise que les deux classes d’aides auditives peuvent être proposées, mais que si le choix est porté sur un appareil de classe I, « la bande passante doit être adaptée à la fréquence dominante de l’acouphène, en particulier lorsqu’il est de fréquence aiguë ».
Concernant l'implant cochléaire, la HAS indique qu'il est réservé à des situations bien précises, à savoir les indications classiques pour ce dispositif médical, incluant la plus récente, à savoir en cas de surdité unilatérale associée à un acouphène invalidant (et en cas d'échec des autres stratégies d'appareillage).
D'autres thérapies, comme la sophrologie, sont également proposées de façon facultative.
Cette recommandation constitue un document de référence pour la prise en charge des patients acouphéniques que l'ensemble des professionnels de santé susceptibles d'être concernés devraient désormais s'approprier.
▶ Haute Autorité de santé. Acouphènes invalidants chez l’adulte : diagnostic et prise en charge. Saint-Denis La Plaine. 15 juillet 2026
