27 Mai 2026

Le portrait décalé de Clarisse Pozzo Di Borgo

À Aix-en-Provence, CLARISSE POZZO DI BORGO prend le temps avec ses petits patients. Celui « d’écouter avant de chercher à corriger ». Et quand elle n’exerce pas son métier, elle s’adonne à des parties de corde à sauter, avec le son des cigales en toile de fond.

Propos recueillis par Ludivine Aubin-Karpinski
Sans filtre

Clarisse Pozzo
Clarisse Pozzo Di Borgo
La réforme ou l’évolution que j’attends le plus dans la filière
Une meilleure reconnaissance de la spécificité de la prise en charge pédiatrique, avec davantage de temps dédié, une coordination renforcée entre les acteurs - hôpital, école, libéral.

Une lecture inspirante
« La vie en sourdine », de David Lodge. Un roman drôle et très juste sur la perte auditive, la fatigue d’écoute et les petits décalages du quotidien.

Mon expression préférée
« Essaie, tu verras bien »... je le dis régulièrement à mes enfants pour les accompagner lorsqu’ils ont des doutes. Le conseil est plus facile à donner qu’à suivre.

Mon son préféré
Les cigales, bien sûr. C’est un son très présent mais apaisant, presque structurant dans le Sud. À l’inverse, je me souviens d’une jeune patiente de Guyane pour qui le son des grenouilles le soir était devenu insupportable avec ses appareils : nous avions travaillé à partir d’un enregistrement qu’elle avait apporté pour affiner les réglages. Comme quoi, un même univers sonore peut être vécu très différemment selon l’histoire de chacun.

La meilleure excuse entendue pour ne pas porter ses appareils
« Je les mets quand j’en ai vraiment besoin. »

Une personne qui m'inspire et pourquoi
Kathy Jumps. C’est une référence pour moi dans l’univers de la corde à sauter que je pratique quasi quotidiennement. J’aime sa discipline, son énergie et sa capacité à transformer un geste simple en vraie pratique.

Le son que je ne supporte pas
Le vent, surtout quand il s’infiltre et crée des bruits parasites imprévisibles. C’est un son difficile à maîtriser… et peu agréable à amplifier.

Blouse or not blouse ?
Not blouse. Elle est trop associée aux visites chez le médecin, surtout pour les enfants.

Le meilleur conseil de pro qu’on m'ait donné dans ma vie
Prendre le temps d’écouter avant de chercher à corriger.

Une chanson qui résume ma journée type ?
« Can’t stop the feeling », de Justin Timberlake.

Ce que je déteste le plus dans mon métier
Le manque de temps quand il faudrait en avoir davantage, surtout avec les enfants.

L’objet improbable qu’on peut trouver dans mon bureau ?
Un joyeux mélange de matériel technique et de jouets sonores : une petite locomotive qui fait « tchou-tchou », des peluches musicales, une poupée qui parle...

Qu'aurais-je fait si je n'avais pas choisi l'audioprothèse ?
Je serais probablement restée dans les ressources humaines et relations sociales, domaine dans lequel j’ai travaillé 15 ans, mais il me manquait le concret et le lien direct avec l’impact de mon travail.

Un échec marquant, et ce que j’en ai retiré
L’accompagnement d’un patient acouphénique pour lequel, malgré de nombreux essais, le soulagement est resté limité. Cela m’a appris que notre rôle ne s’arrête pas à la technique : il faut aussi savoir accompagner dans la durée, accepter certaines limites et travailler l’adhésion du patient autant que les réglages.

Une avancée technologique qui m’a bluffée
La finesse des réglages sur implants cochléaires et les outils de mesure objective.

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