L’économie de la perte auditive

Avant la mise en place de toute politique de santé publique, des études médico-économiques doivent être réalisées pour savoir si elle en vaut le coût. Le cas de l’aide auditive est plutôt bien documenté et les études plaident largement en faveur de la santé auditive et de l’appareillage en particulier.

Par Bruno Scala
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Un coût exorbitant

Dans son rapport mondial sur l’audition [1], l’OMS dresse le bilan de ce que coûte la perte auditive non prise en charge. Elle l'estime à 980 milliards de dollars américains (soit environ 850 G€) annuels. Dans son analyse, elle distingue les coûts liés aux soins auditifs qui doivent être entrepris en raison de la non prise en charge précoce de la perte auditive, ceux en lien avec l’éducation des enfants qui souffrent de perte auditive supérieure à 50 dB et qui ont besoin d’assistance, les pertes économiques dues à une moindre productivité (retraite prématurée des personnes sourdes), ainsi que les coûts sociétaux.

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Une balance en faveur de l'appareillage

L’OMS évalue le bénéfice économique, social et sanitaire d’une politique de santé auditive. Mais elle se penche peu sur l’aide auditive en elle-même. C’est en revanche ce qu’a fait une commission du Lancet – la même qui a montré que la perte auditive était le facteur modifiable qui contribuait le plus au risque de démence [2]. Les chiffres portent sur le système de santé anglais (NHS), mais il est raisonnable de penser que l’on peut les extrapoler à la France.

Ainsi, l’évitement de la perte auditive via l’appareillage est largement favorable en termes économiques et permettrait une réduction du risque de démence de 3,3 %. À l’échelle individuelle, on constate que les coûts de santé et les coûts sociétaux sont moins importants pour une personne appareillée, même en incluant les coûts d’appareillage. Au total, l’appareillage des personnes qui en ont besoin, à 45 ans, permettrait de réaliser des économies annuelles de 755 m£ (environ 885 m€).

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Un bénéfice économique flagrant

Dans son rapport, l’OMS présente de nombreux chiffres concernant les avantages de la mise en place d’une politique de santé auditive, en termes économiques et sociaux. Pour cela, elle envisage deux scénarios : l’un ambitieux, l’autre plus modeste. Nous avons fait le choix délibéré d’être optimistes et de présenter ici les chiffres du scénario ambitieux. en quoi consiste-t-il ? Principalement en quatre points :

  • mise en place d’un repérage de la perte audition à toutes les étapes de la vie ;
  • prévention et gestion des pathologies de l’oreille ;
  • accès aux technologies de l’audition au cours de la vie ;
  • service de réhabilitation au cours de la vie.

L’analyse de l’OMS porte sur la période 2020-2030. Le scénario ambitieux considère que 90 % de la population sera touchée par un programme de santé auditive à l’horizon 2030. À l’échelle mondiale, l’OMS estime que ce scénario coûterait 1,33 $ par personne, soit 120 milliards de dollars au total. Mais le retour sur investissement, pour chaque dollar, serait de 16,1 $. Les gains concerneraient notamment la santé (1 300 milliards de dollars) et la productivité (2 400 milliards de dollars). Cela permettrait de prolonger la vie en bonne santé (plus de 130 millions d’années de vie avec handicap évitées – DALY averted).

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Le non appareillage coûte très cher

Une étude de 2016, réalisée par les économistes Jean de Kervasdoué et Laurence Hartmann [3], avait quantifié la perte de qualité de vie liée au déficit auditif. Ils avaient évalué qu'en France les coûts intangibles d'un taux d'appareillage nul s'éleveraient à 23,4 G€. Quand le taux d’appareillage augmente, ces coûts intangibles diminuent.

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