Quand a débuté l’histoire de l’implant cochléaire à La Réunion ?
À partir de 2008, le Centre d’action médico-sociale précoce sensoriel de l’Institut régional des sourds et aveugles (Irsam) de Marseille a détaché à la Réunion une petite équipe composée d’une ORL phoniatre, un audioprothésiste régleur, une orthophoniste et une psychologue, pour assurer le suivi des enfants qui étaient alors implantés à l’hôpital Trousseau à Paris.
En 2011, un cap a été franchi avec la création d’une unité de soins rattachée au service ORL du CHU de La Réunion, permettant d’étoffer l’équipe et de structurer les différentes étapes du parcours d’implantation, en commençant par l’évaluation pré-implantation et le suivi. Ces évaluations étaient alors soumises à nos centres experts partenaires – la Pitié Salpêtrière pour les adultes et Necker pour les enfants – qui recevaient ensuite les patients pour compléter les bilans, réaliser les chirurgies et les premiers réglages. Ces séjours étaient pris en charge par l’Assurance maladie dans le cadre de transferts sanitaires.
Puis, en 2015, le CHU de La Réunion a obtenu l’autorisation de poser les implants cochléaires, permettant ainsi aux patients réunionnais, enfants comme adultes, d’être intégralement pris en charge sur l’ile, à l’exception des cas complexes que nous référons à nos centres experts.
Combien d’implants réalisez-vous annuellement et sous quels délais ? Qu’en est-il de la prévalence de la surdité à La Réunion ?
Nous posons de 25 à 30 implants cochléaires annuellement, dont plus de la moitié concerne des enfants. Aujourd’hui, le centre suit environ 250 patients implantés cochléaires. Les délais d’attente pour une première consultation médicale sont inférieurs à trois mois. Une fois le bilan pré-implantation réalisé, les délais de programmation pour la chirurgie sont en moyenne de deux mois.
Nous ne disposons pas de données épidémiologiques précises sur la surdité à La Réunion. Néanmoins, selon les rapports annuels du programme de dépistage néonatal, il semble que la prévalence de la surdité congénitale soit comparable à celle de la métropole.
Sans représentations locales des fabricants, comment gérez-vous les pannes et les avaries que subissent vos patients ?
Depuis la création du centre, cet aspect s’est avéré représenter une difficulté majeure. En 2023, nous avons réalisé conjointement avec le Cisic (Centre d’information sur la surdité et l’implant cochléaire) une enquête qui a mis en évidence plusieurs problématiques : délai et surcout financier pour l’achat de pièces détachées, envoi de batteries impossible en raison de l’évolution des normes IATA (association internationale des transports aériens, NDLR), délai de dépannage important en cas de panne des processeurs. Ces éléments créent de fait une inégalité de traitement pour les patients réunionnais. En effet, en métropole, pour une même problématique, les patients sont dépannés en moyenne sous 48 heures.
Pour répondre à cette situation, nous avons lancé en octobre 2023 un service expérimental, nous permettant de disposer d’un stock de matériel mis à disposition par les fabricants afin de dépanner les patients. Cette activité a nécessité le recrutement d’un ergothérapeute qui aide les utilisateurs dans le diagnostic de la panne matérielle et fait l’interface avec les fabricants pour l’achat des pièces à distance, permettant aux patients de repartir instantanément avec la pièce adéquate. S’il s’agit d’une panne processeur, elle en délivre un du stock, celui du patient étant renvoyé à l’industriel.
Depuis le début de l’expérimentation, 144 patients du centre ont fait appel à ce « SAV local », permettant de contourner les problématiques de délais et de frais supplémentaires.
À terme, avec l’augmentation de la file active, et donc des problématiques matérielles, il nous faudra nous montrer convaincants auprès de notre ARS pour obtenir les financements nécessaires pour le pérenniser.
Faites-vous face à d’autres difficultés liées à la distance qui vous sépare de la métropole ?
Je vois principalement deux autres difficultés. Tout d’abord, l’accès à la formation continue est plus limité. De plus, nous avons nettement moins d’opportunités d’échanger avec nos pairs, du fait de l’éloignement géographique. Dans ce contexte, le maintien et l’actualisation de nos compétences représentent à mon sens un véritable défi.
Ensuite, le support clinique dont nous bénéficions de la part des fabricants d’implants cochléaires est, pour les mêmes raisons, plus limité que celui apporté aux centres de métropole. Comme ils ne sont présents physiquement qu’une à deux fois par an au centre, nous devons savoir les interpeller au bon moment, adapter notre organisation et être plus autonomes afin de garantir une prise en charge de qualité pour nos patients.
