Lucie Hardoin, la cueilleuse de son

Lucie Hardoin est passionnée par le son, plus exactement par le son 3D. Tout à la fois artiste et technicienne, cette cheffe opératrice recueille le monde sonore, de voyages en concerts, de documentaires en fictions et s’impose comme une spécialiste reconnue du binaural. Rencontre avec une autre professionnelle du son.

Par Ludivine Aubin-Karpinski
Lucie_Hardoin cheffe operatrice son souhaite democratiser le son binaural

Dans un monde où le visuel domine, Lucie Hardoin a choisi de se consacrer au son. Diplômée d’un master en Image et son, elle a découvert la technique de prise de son binaurale (3D) auprès de Pascal Rueff, son professeur à l’UFR de Sciences et techniques de Brest, qui lui a transmis sa passion. « J’ai tout simplement été bluffée, raconte-t-elle. Cette sensation d’immersion dans différents environnements sonores m’a séduite. J’ai eu envie de prolonger l’expérience et de la partager. » À la suite de cette révélation, Lucie Hardoin part en 2004 aux États- Unis réaliser des documentaires sur le jazz avec des micros omnidirectionnels dans les oreilles, qui « lui permettent de capter les sons tels qu’on les entend ». « Binaural signifie littéralement “lié aux deux oreilles”, commente-t-elle. C’est notre écoute naturelle. Dans la vie de tous les jours, nous entendons en 3D : c’est-à-dire que nous captons les sources en latéralité, en profondeur et en élévation. »

La sauvegarde du patrimoine sonore

En parallèle, Lucie Hardoin entame une carrière de cheffe opératrice son sur des tournages de fictions et de documentaires, mais le virus est pris. Très vite, elle « se fait rattraper par le son binaural, sans compromis » et s’y consacre de plus en plus. Elle se spécialise dans la captation de paysages sonores et de concerts en multicanal, afin de retranscrire sur deux canaux la sensation sonore ressentie, à la recherche du son authentique. Elle utilise également une tête artificielle Neumann KU100, à laquelle elle préfère la paire de micros lors de ses déplacements à l’étranger : « La tête est un peu lourde et c’est un bagage peu recommandé quand il s’agit de prendre l’avion », explique-t-elle, avec facétie. Au gré de ses pérégrinations, elle œuvre ainsi à la sauvegarde de tout un patrimoine sonore. « Le son est narration, explique-t-elle. Chaque ambiance raconte une histoire différente. Par exemple, le son recueilli dans le métro à Taiwan est très différent de celui enregistré dans le métro new-yorkais. Le binaural est un portail sonore permettant de voyager, de plonger l’auditeur, via l’écoute au casque, dans une immersion auditive, dans une sphère d’intimité. Grâce à cette technique, il est possible de capter de façon fidèle un territoire sonore. »

Des pistes pour améliorer la spatialisation sonore

Passionnée, Lucie Hardoin souhaite démocratiser le son binaural et dispense son savoir-faire auprès des professionnels et du grand public mais également dans des écoles audiovisuelles ainsi qu’à l’école d’audioprothèse de Fougères. Au total, elle passe près de 400 heures à enseigner les technologies binaurales (natif et synthèse) auprès d’un public varié. Dans un souci de transmission, la cueilleuse de son explique comment les manipuler pour ne pas faire de la mauvaise qualité : « Je veux faire du bien au binaural », explique-t-elle. Stéphane Laurent, responsable pédagogique de l’école de Fougères, explique les raisons pour lesquelles il fait intervenir Lucie Hardoin auprès de ses étudiants : « Ce qui nous réunit est d’abord la même passion pour le son et l’idée que les audioprothésistes doivent avoir une bonne culture du sonore en général. Ils doivent s’efforcer de permettre aux malentendants de retrouver un équilibre auditif optimal. L’écoute binaurale prend un tout nouveau relief avec les technologies récentes permettant une synchronisation des appareils afin d’améliorer la spatialisation sonore. »

S’il est encore peu répandu aujourd’hui, le son binaural devrait connaître un véritable essor, encouragé par l’écoute au casque. Des initiatives se multiplient au sein des grands groupes de l’audiovisuel et sa mise à disposition du grand public devrait également entraîner dans son sillage son développement en audioprothèse. En attendant, Lucie Hardoin poursuit son recueil du monde sonore en 3D.

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