C’était un peu le jeu des chaises musicales, le 8 juin dernier, à la Philharmonie de Paris. Les musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris (OCP) y ont expérimenté différentes configurations orchestrales pour mieux comprendre comment rendre la musique classique accessible aux personnes sourdes ou malentendantes, sans réduire la qualité d’écoute des entendants et sans dispositif technologique. Cette séance constituait le troisième atelier-laboratoire du projet Ludwig’s Resonance, une initiative associant l’OCP et le Ceriah (Institut reConnect / Institut Pasteur). À la croisée de la création artistique, de la recherche scientifique et de l’innovation sociale, le programme ambitionne de faire de l’accessibilité non pas une adaptation a posteriori, mais un « moteur de création et d’innovation ».
Une partition à plusieurs mains
Pour y parvenir, le projet réunit autour d’une même partition une formation inédite composée de musiciens, compositeurs, personnes malentendantes et chercheurs du Ceriah, notamment son directeur, le Pr Paul Avan. Chaque atelier consiste en une exploration d’extraits de l’œuvre de Beethoven et à un travail participatif basé sur les échanges entre une dizaine de participants appareillés et la compositrice Aline Gorisse. L’objectif de ces sessions : établir des préférences en termes d’orchestrations et de composition. Le même mouvement de la Cinquième Symphonie de Beethoven est ainsi joué à trois reprises. À chaque passage, la configuration de l’orchestre change : les cordes passent ainsi derrière les instruments à vent, puis les « graves » sont placés devant… Musiciens et public partagent ensuite leurs impressions. Au fil du temps, des éléments émergent. « Les basses mettent tout le monde d’accord, résume Aline Gorisse. Elles ne blessent pas l’oreille. Le basson s’est imposé comme la superstar de l’atelier. En revanche, certains instruments à vent, particulièrement la flûte, demeurent difficiles à percevoir. Les sons aigus ou les forte peuvent générer de l’inconfort et les tempos rapides sont perçus comme une “bouillie musicale”. À l’inverse, les staccato ou des legato avec accords glissants fonctionnent plutôt bien. »
Pendant l’été, la compositrice doit créer une œuvre originale, nourrie de ces enseignements affinés au cours des ateliers. Elle sera jouée lors d’un concert exceptionnel le 21 juin 2027, au théâtre des Champs-Élysées, à l’occasion du bicentenaire de la disparition de Beethoven, aux côtés d’extraits de son répertoire spécialement choisis.
Plusieurs livrables attendus
Le projet Ludwig’s Resonance doit aussi aboutir à l’élaboration d’un traité d’orchestration destiné aux compositeurs souhaitant rendre leurs œuvres accessibles, ainsi qu’à la rédaction d’un cahier des charges consacré à l’adaptation des aides auditives à l’écoute musicale. Un bémol toutefois : ce travail bénéficierait sans doute d’être prolongé au-delà des trois ateliers-laboratoires et de la session de septembre 2026 prévue avec l’orchestre au complet. Avis aux mécènes…
L’expérience a en tout cas convaincu Étienne, un sexagénaire appareillé avec un système BiCros. « C’est intéressant de comprendre comment je perçois la musique, témoigne-t-il. Je me suis rendu compte que le visuel m’aide à entendre. J’ai fait une croix sur la stéréo, mais j’aimerais pouvoir mieux apprécier les concerts. »
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