21 Juin 2026

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Mission AMO-AMC : les syndicats de l’audio défendent l’équilibre du 100 % Santé

Auditionnés dans le cadre de la mission sur l’articulation entre AMO et AMC, les trois syndicats de l’audioprothèse ont fait front commun pour défendre le modèle du 100 % Santé. Tout en appelant à simplifier les relations avec les complémentaires, ils ont réaffirmé leur attachement à un financement partagé de l’audiologie. Les échanges ont également révélé un rapprochement inédit entre le SDA et le Synea sur la question de l’encadrement de la publicité.

Par Ludivine Aubin-Karpinski
(c)deagreez AdobeStock

La réflexion sur la répartition des rôles entre AMO et AMC traverse depuis de nombreuses années les débats sur le financement de la santé en France. Elle a ressurgi en janvier 2026 avec le lancement d’une mission ministérielle confiée à quatre personnalités « qualifiées ». Elles doivent, d’ici l’été, proposer des pistes de réforme pour améliorer l’articulation entre AMO et AMC, en repensant notamment le partage des dépenses de santé entre les deux financeurs et l’évolution du dispositif 100 % Santé. L’objectif est de « contribuer à la soutenabilité du système », face à un déficit de la Sécurité sociale de près de 20 milliards d'euros en 2026.

Toute modification impose de rediscuter l’ensemble collectivement et devrait être précédée d'études d'impact pour évaluer ses conséquences sur l'accès aux soins, l'observance et l'équilibre économique du secteur. 

Benoît Roy et Fabien Auberger, du Synea

Une réussite à préserver

À l’instar d’autres organisations représentatives des différents secteurs de la santé, les syndicats de l’audioprothèse ont été auditionnés il y a quelques semaines. Lors de ces échanges, le SDA, le Synea et le Synam ont montré des positions communes, hormis sur la question de la publicité (lire l’encadré ci-dessous). Premier message, porté par le SDA : « Le 100 % Santé n’est pas un bloc homogène » et toute évolution doit être examinée secteur par secteur afin d’éviter des effets indirects non anticipés. Pour les trois syndicats, le 100 % Santé en audiologie constitue à la fois une réussite et un équilibre, construit grâce aux efforts de l’ensemble de la filière, qu’il convient désormais de préserver. « Le remettre en question, même partiellement, reviendrait à déstabiliser un dispositif dont, rappelons-le, l’ambition est de réduire le renoncement aux soins, relèvent Benoît Roy, président du Synea, et Fabien Auberger, vice-président du syndicat. Toute modification impose de rediscuter l’ensemble collectivement et devrait être précédée d'études d'impact pour évaluer ses conséquences sur l'accès aux soins, l'observance et l'équilibre économique du secteur. »

Le Synam appelle à un nouveau protocole d'accord sur le modèle de celui du 100 % Santé, [garantissant] un haut niveau de solvabilisation des dispositifs médicaux prescrits pour en permettre l’accessibilité à toutes et tous. 

Lucie Redonnet, du Synam.

Le refus d’un « décroisement »

Pour autant, les représentants de la profession ne défendent pas le statu quo et se disent ouverts à un éventuel acte II du 100 % Santé. Les trois syndicats ont en revanche insisté sur leur attachement au rôle central de l'AMO dans la prise en charge de la santé auditive et leur refus d’un « décroisement » du financement. Selon Luis Godinho, vice-président du SDA, « les complémentaires santé sont structurellement peu adaptées à la prise en charge de l’audiologie, du fait de la très forte concentration des dépenses chez les retraités âgés ». Dans ce contexte, le syndicat met en garde contre tout transfert de charges supplémentaire vers les complémentaires, qui renchérirait encore le coût des contrats pour les seniors. « Compte tenu du profil des patients concernés et de son impact à moyen terme, la surdité constitue un enjeu de santé publique et doit rester prise en charge prioritairement par le régime obligatoire, afin de garantir l’universalité du 100 % Santé en audiologie », complètent Benoît Roy et Fabien Auberger. Quant au Synam, il défend également le maintien de deux classes d’appareils, solvabilisées par un copaiement AMO - AMC, mais dit « entend[re] les multiples demandes d'évolutions émises par les deux financeurs ». Il propose d’y répondre « sous réserve d'un pacte global négocié ». Il pourrait prendre la forme « d'un nouveau protocole d'accord sur le modèle de celui du 100 % Santé », incluant l’ensemble des parties prenantes, précise Lucie Redonnet, déléguée générale du syndicat. Il doit garantir un haut niveau de solvabilisation des dispositifs médicaux prescrits pour en permettre l’accessibilité à toutes et tous. »

À l’heure où le vieillissement de la population impose de renforcer les politiques de prévention et d’autonomie, il serait paradoxal – et économiquement contreproductif – d’affaiblir un dispositif qui a montré son efficacité.

Luis Godinho, du SDA

Un appel à la simplification et à la sécurisation

Le SDA et le Synea s’accordent également sur le souhait d’une simplification des relations avec les complémentaires santé. Le premier plaide de longue date pour un tiers payant unifié, estimant que la multiplicité des dispositifs génère des couts de gestion et une charge administrative inutile pour les professionnels. Selon eux, cette évolution doit s’accompagner d’une sécurisation accrue des données. Un point non négligeable, alors qu’une cyberattaque a récemment touché l’opérateur Almerys, prestataire de plusieurs mutuelles comme Alan ou AG2R, exposant les données personnelles de 15 millions d'assurés. Le SDA et le Synea appellent également à une meilleure lisibilité des garanties pour les patients. « Aujourd’hui, ils ne connaissent pas toujours clairement leurs niveaux de remboursement, notamment pour les appareils de classe II, expliquent Benoît Roy et Fabien Auberger. L’enjeu est celui d’un meilleur accès à leurs droits, afin qu’ils puissent avoir le libre choix entre la classe I et la classe II. »

Les réseaux de soins remis en question

Au-delà de ces enjeux, le sujet des réseaux de soins demeure un point d’achoppement avec les complémentaires santé. Le SDA en particulier conteste leur efficacité et dénonce à la fois des exigences excessives envers les professionnels de santé et un cadre juridique qu’il juge insuffisamment régulé. Il appelle à une refonte de leur fonctionnement et à un meilleur équilibre de la relation contractuelle entre réseaux et professionnels. « Les réseaux opèrent comme des acheteurs de soins, mais avec une connaissance très limitée de la qualité des métiers et selon un prisme essentiellement économique au détriment d'une approche sanitaire et sociale », critique Luis Godinho.

Renforcer la dimension santé de la profession

L’audition des syndicats d’audioprothèse dans le cadre de la mission sur l’articulation AMO-AMC a également été l’occasion de réaffirmer la prévalence santé du métier d’audioprothésiste. Le Synam appelle à son évolution avec « la création de nouveaux actes de prévention, de suivi et de dépistage normés et valorisés, répondant aux enjeux de santé publique aujourd’hui non adressés et de nouvelles capacités encadrées – au domicile, en télésanté, protocolisées, adaptées aux besoins des patients », précise Lucie Redonnet. Le Synea propose la réalisation d’un bilan auditif à des âges clés de la vie et une meilleure sensibilisation des médecins généralistes aux enjeux de l'audition. Le vice-président du SDA résume : « À l’heure où le vieillissement de la population impose de renforcer les politiques de prévention et d’autonomie, il serait paradoxal – et économiquement contre-productif – d’affaiblir un dispositif qui a montré son efficacité ».

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