Depuis plus de vingt ans, les algorithmes de prescription NAL (National Acoustic Laboratories) constituent une référence mondiale pour l’appareillage auditif. Avec NAL-NL2, largement validé cliniquement et adopté par la majorité des fabricants, la philosophie était claire : maximiser l’intelligibilité de la parole tout en maintenant une sonie comparable à celle perçue par un normo-entendant.
L’arrivée de NAL-NL3 marque cependant un tournant majeur. À travers cette nouvelle version, les concepteurs reconnaissent explicitement que le principe du « one size fits all » atteint aujourd’hui ses limites, et qu’une seule formule ne peut plus répondre de manière optimale à la diversité des profils auditifs et des situations d'écoute.
Une continuité assumée avec NAL-NL2
Dans les situations standards – parole en environnement calme, pertes neurosensorielles classiques –, NAL-NL3 reste très proche de NL2. Les profils de gain prescrits diffèrent peu, ce qui traduit une volonté assumée de préserver un socle scientifique largement validé.
Cette continuité est rassurante pour les cliniciens, mais elle limite aussi la portée du changement : le cœur théorique de la prescription n’est pas fondamentalement remis en cause. NL3 ne prétend donc pas remplacer NL2 sur le plan conceptuel, mais plutôt en améliorer l’applicabilité clinique dans des cas spécifiques.
Les limites reconnues de NAL-NL2
L’un des apports essentiels de NL3 réside dans la reconnaissance explicite des situations où NL2 s’avérait sous-optimal. Les retours cliniques internationaux convergent sur plusieurs points :
- Pertes mixtes : NL2 prescrivait souvent des gains jugés excessifs, notamment dans les basses et très hautes fréquences, difficiles à atteindre techniquement et mal tolérés par les patients.
- Pertes à pente inversée : là encore, un excès de gain dans les graves conduisait fréquemment à des ajustements manuels.
- Gain en hautes fréquences chez les nouveaux appareillés : de nombreux cliniciens réduisaient systématiquement ce gain pour améliorer le confort, parfois au détriment de la prescription initiale.
NAL-NL3 intègre directement ces pratiques réelles en s’appuyant sur l’analyse de centaines de milliers d’adaptations cliniques, ce qui constitue un changement méthodologique majeur.

Une prescription « apprise » à partir de la clinique
Contrairement aux versions précédentes, NL3 ne se limite pas à une optimisation théorique fondée uniquement sur des modèles psychoacoustiques. Les concepteurs ont recours à des techniques modernes, notamment le reinforcement learning, afin d’intégrer ce qui est réellement faisable et accepté en clinique.
Ce choix présente un avantage évident : les profils de gain proposés sont plus réalistes, plus confortables, et nécessitent moins de corrections manuelles. On voit bien sur la figure 1 ce que beaucoup d’entre nous ont constaté et mis en pratique par eux-mêmes : « Le NAL-NL2, c’est bien mais il y a un peu trop d’aiguës et pas assez de médiums ».
En revanche, il soulève aussi une question : jusqu’où une prescription peut-elle s’appuyer sur les pratiques cliniques sans risquer de figer certains compromis empiriques ? Vous savez, ces bonnes vieilles habitudes que nous avons et qui nous viennent de notre stage de 1ère année… Cette interrogation constitue l’un des enjeux à long terme de cette approche.
Du point de vue de la compression, NAL-NL3 est pour ainsi dire identique à NAL-NL2 (figure 2). L’excès de compression souvent observé avec le NAL-NL1 dans les médiums aigus n’est pas reproduit.

Une rupture conceptuelle : l’introduction de modules
La principale innovation de NAL-NL3 est l’introduction de modules, chacun reposant sur une philosophie d’adaptation différente.
Le module pm « perte minimale »
NAL-NL2 prescrivait un gain nul chez les sujets sans perte audiométrique, laissant essentiellement le bénéfice aux microphones directionnels. NL3 reconnait désormais l’existence d’une population importante de patients présentant des difficultés dans le bruit sans perte mesurable.
Le nouveau module propose une approche hybride, combinant un gain limité, une bande passante plus large et donc une certaine occlusion contrôlée, afin d’exploiter pleinement les algorithmes modernes de réduction du bruit.
Comme on le voit sur la figure 3 (ci-dessous), le contrôle de l’occlusion est un élément clé si on souhaite respecter la prescription de gain dans les médiums et jusqu’aux médiums graves. On remarque aussi l’absence de compression, le gain n’étant pas là pour des raisons d’audibilité mais pour permettre l’action des débruiteurs en tout genre.
Cependant, cette approche reste délicate. Le bénéfice repose sur un équilibre fin entre confort, acceptabilité et amélioration perceptive, équilibre qui dépend fortement du contexte d’utilisation et du niveau d’accompagnement du patient. Le module ouvre donc des perspectives intéressantes, sans constituer une solution universelle.

Le module cb « confort dans le bruit »
Autre rupture majeure : le module dédié au bruit pour les patients avec perte auditive avérée. Là où NL2 appliquait une prescription pensée pour le calme, NL3 accepte de réduire la sonie globale en environnement bruyant, tout en maintenant l’intelligibilité. Les études présentées montrent une intelligibilité équivalente en laboratoire, mais une préférence nette en conditions réelles, avec près de 70 % des utilisateurs favorisant le nouveau module pour le confort.
La limite potentielle tient au fait que ce module repose sur des conditions moyennes de RSB positif : son efficacité pourrait varier selon les environnements extrêmes ou les technologies embarquées des aides auditives.
Concrètement, pour la plupart des audiogrammes que nous avons testés, la différence consiste à baisser le gain et à augmenter la compression (figure 4, ci-dessous).

Conclusions
Une prescription enrichie par des outils d’optimisation modernes
NAL-NL3 s’appuie sur des outils d’optimisation plus récents, incluant des techniques issues de l’apprentissage automatique. Contrairement à une idée parfois véhiculée, ces outils ne remplacent pas les modèles psychoacoustiques historiques, mais servent à résoudre plus efficacement le compromis intelligibilité / confort.
Dans de nombreux cas, ces nouvelles méthodes aboutissent à des solutions proches de celles déjà adoptées empiriquement par les audioprothésistes, ce qui peut être vu à la fois comme une validation des pratiques existantes et comme une évolution relativement discrète du point de vue du résultat final.
Une évolution mesurée et pragmatique
NAL-NL3 ne constitue ni une révolution théorique ni une simple mise à jour cosmétique. Il s’agit plutôt d’une évolution pragmatique, cherchant à rapprocher la prescription normative de la réalité clinique, tout en reconnaissant la diversité croissante des situations d’écoute.
Ses apports semblent réels, notamment en termes de flexibilité et de confort, mais ils s’accompagnent d’une complexification du cadre prescriptif et d’une dépendance accrue aux technologies embarquées. La valeur de NL3 se mesurera donc moins à ses promesses qu’à son appropriation critique par les cliniciens et à la solidité des données scientifiques à venir.
Une dépendance accrue à l’écosystème technologique
Bien que NAL-NL3 reste, sur le principe, indépendant des fabricants, son efficacité pratique semble de plus en plus liée aux performances des aides auditives modernes (directionnalité avancée, DNN, gestion dynamique du bruit).
Cela soulève la question de la variabilité des bénéfices selon les gammes de produits, notamment pour les dispositifs d’entrée ou de milieu de gamme, où l’impact réel des modules pourrait être plus limité.
Tout reste à explorer
Au stade où nous en sommes au moment où nous écrivons cet article, nous avons décortiqué pour vous les caractéristiques et promesses du NAL-NL3 et de ses modules mais n’avons pas été en mesure d’évaluer cliniquement toutes ces affirmations. Le NAL-NL3 n’a pas encore été intégré aux modules fabricants ou in vivo à l’exception d’un seul dont nous nous sommes servis, celui du MedRx – merci à eux. L’intégration généralisée de cette méthode devrait avoir lieu au premier trimestre 2026.
