« Notre souhait est de continuer à faire rayonner le Collège au travers de ses différentes missions »

Élu à l’unanimité en juin 2021, Matthieu Del Rio succède à François Le Her à la tête du Collège national d’audioprothèse. Tout en s’inscrivant dans la lignée de ses prédécesseurs, le nouveau président se montre déterminé à faire évoluer l’instance pour lui permettre de faire face aux nombreux défis qui s’annoncent. Et, ils ne manquent pas : réingénierie du diplôme, démographie, règles déontologiques…

Propos recueillis par Ludivine Aubin-Karpinski
Matthieu Del Rio président du CNA
Matthieu Del Rio, nouveau président du CNA

Audiologie Demain (AD) : Vous êtes le plus jeune président qu’ait connu le Collège national d’audioprothèse (CNA). Qu’est-ce que cela augure pour la profession ?

Matthieu Del Rio : C’est un grand honneur mais aussi beaucoup de responsabilités de succéder à des figures de notre profession comme Jacques Dehaussy, notre regretté Xavier Renard, mon maître Éric Bizaguet, Stéphane Laurent et François Le Her. J’espère me montrer à la hauteur de mes prédécesseurs. Je tâcherai, avec humilité, de poursuivre le chemin qu’ils ont tracé, accompagné de l’ensemble des membres du Collège. Notre souhait est de continuer à faire rayonner notre instance au travers de ces différentes missions et en nous appuyant sur les moyens modernes et notamment numériques. Nous poursuivrons les travaux initiés par François Le Her avec notre nouveau site et l’Université virtuelle du Collège. Je peux compter, pour m’épauler dans cette tâche, sur un bureau totalement renouvelé (voir encadré), avec une moyenne d’âge d’environ 40 ans. Tous les nouveaux membres sont des professionnels investis et reconnus dans notre secteur. Il me semble que nous constituons une équipe très représentative des audioprothésistes aujourd’hui, à même de faire avancer le Collège et de relever les défis actuels. Toute société savante doit en effet savoir transmettre et se renouveler au risque de disparaître. En ce sens, l’ensemble du conseil d’administration veille à ce que notre institution entame au mieux sa mutation pour s’inscrire durablement dans le temps. Je suis particulièrement fier de faire partie de cette équipe.

Ce renouvellement passe également par l’ouverture à de nouveaux collégiens. Nous proposons ainsi six places sur concours. Les dossiers des candidats seront examinés par la commission en charge des admissions, puis les candidats retenus passeront un grand oral, à Lyon, au cours duquel ils présenteront leur parcours scientifique et leurs motivations.

AD : Quelle est la place aujourd’hui du Collège dans le paysage de l’audiologie française ? Et, comment doit-il évoluer ?

M. Del Rio : Le CNA est une société savante en audioprothèse, dédiée à la défense de la profession au sens large. Il regroupe les audioprothésistes ayant participé, participant ou destinés à participer à l'enseignement préparatoire au diplôme d'État et constitue un corps professoral compétent dans le domaine de l’audiologie prothétique. Mais il est avant tout le collège de tous les audioprothésistes.

Sa mission principale réside dans l’organisation et la participation à la formation initiale et continue des audioprothésistes. Le Collège étudie ainsi les programmes d'enseignement et les modalités d'exercice de la profession, promeut et récompense la recherche en audiologie prothétique. Il participe à la formation post-universitaire via la tenue de l’EPU et le choix des orientations DPC. Il veille ainsi à la qualité technique, scientifique et pédagogique de l'exercice de la profession d'audioprothésiste.

Il assure enfin la représentation et la défense des intérêts déontologiques et moraux de la profession.

Le collège doit poursuivre l’ensemble de ces missions, dans le sens de l’ouverture et avec pour objectif de veiller à ce que le rôle central des audioprothésistes comme professionnels de santé à part entière soit respecté et renforcé, a fortiori à l’heure du 100 % Santé. Notre métier connaît aujourd’hui des changements importants et rapides et le CNA doit évoluer au même rythme. Nous travaillerons à ancrer davantage encore l’enseignement dans la pratique quotidienne et les problématiques rencontrées sur le terrain pour préparer les audioprothésistes aux enjeux de demain.

Nous travaillerons à ancrer davantage encore l’enseignement dans la pratique quotidienne.

AD : Vous évoquez les défis actuels de la profession. Où en est-on de la réingénierie de la formation en audioprothèse ?

M. Del Rio : C’est un sujet fondamental pour le Collège, que nous avons poussé lors de notre audition par les enquêteurs de la mission Igas et IGESR en juillet. Cette réingénierie, initiée au début des années 2010 et qui devait conduire au LMD (licence-master-doctorat) en audioprothèse, n’a jamais été menée à terme… La Grande conférence de la Santé, portée par le Pr Lionel Collet en 2016, avait relancé le débat en préconisant de poursuivre l’universitarisation des formations paramédicales. Il est temps de reprendre les travaux là où ils ont été interrompus.

L’audioprothèse est l’une des dernières professions paramédicales à ne pas avoir connu de réingénierie, ce que souligne parfaitement le rapport d’information [1] présenté par la députée Annie Chapelier devant la commission des Affaires sociales, le 29 juin 2021. Nous réclamons une reconnaissance du diplôme d’État au grade licence que nous aurions dû obtenir depuis longtemps. L’intégration dans un schéma LMD facilitera la poursuite des études en master et doctorat pour nos diplômés et permettra de créer des passerelles entre les formations et, par conséquent, les professions. La réingénierie doit également contribuer à l’homogénéisation des programmes sur tout le territoire, ce qui participera à améliorer encore l’enseignement en France. Enfin, elle devrait favoriser les échanges Erasmus pour des formations de niveaux équivalents. À cet égard, nous allons mettre en place, à titre expérimental, un programme d’échanges entre l’école de Bordeaux et Marie-Haps (Bruxelles). Nos étudiants pourront ainsi suivre le premier semestre de leur troisième année de formation en Belgique.

AD : Le CNA a également un rôle de gardien du temple, en tant que garant de la déontologie en audioprothèse. Comment assurez-vous cette mission ?

M. Del Rio : La profession connaît de profondes mutations en particulier avec l’entrée en vigueur du 100 % Santé. Pour en garantir la pleine réussite, nous devons nous assurer que les règles éthiques et déontologiques qui régissent notre profession sont bien respectées par le plus grand nombre. Pour cela, nous militons pour un cadre réglementaire fort. La nouvelle convention rappelle les dispositions législatives applicables aux audioprothésistes, mais rien ne garantit leur exécution. Itinérance, publicité, nombre d’audioprothésistes par centre… sont autant de points d’attention sur lesquels le CNA se montrera particulièrement vigilant. De même, nous devons veiller à ce que le suivi des appareils de classe I soient d’aussi bonne qualité que pour les appareils de classe II et nous apporterons des outils à nos confrères pour les aider à optimiser leur temps. Le 100 % Santé ne peut se mettre en place de façon satisfaisante que s’il s’accompagne d’une amélioration des pratiques de chacun.

AD : Le 100 % Santé attise les tensions en termes de recrutement. La démographie des audioprothésistes – et leur répartition sur le territoire – est-elle adaptée aux besoins actuels ?

M. Del Rio : La profession n’a pas attendu la réforme pour réguler sa démographie. Depuis 2012, nos effectifs ont augmenté de plus de 60 % pour atteindre 4 378 audioprothésistes au 1er janvier 2021, selon les statistiques de la Drees. Il y a trois ans, la volonté présidentielle de relever le numerus clausus à 300 nouveaux diplômés a conduit à la création de deux nouvelles écoles d'audioprothèse, à Évreux et à Lille. Rappelons qu’en 2014, l’école de Bordeaux voyait le jour, un an après celle de Cahors. Depuis 2015, le quota d’élèves admis en première année a augmenté de 48 %. Et, il ne faut pas oublier d’ajouter les diplômés des écoles étrangères à cette équation. Cela concerne plus d'une centaine de demandes d'autorisation d'exercice. Et, quelque 80 dossiers ont été traités par la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS ) d'Île-de-France lors de la dernière commission… Ce qui veut probablement dire qu’il y aura bientôt plus d’autorisations d’exercice que d’audioprothésistes formés en France, avec à terme le risque de surpopulation. Il est par ailleurs toujours difficile de revenir sur des quotas…

Le Collège a mené une étude démographique et prospective qui montre que, jusqu’à un volume d'environ 1 600 000 aides auditives vendues en France, le nombre d’audioprothésistes actuellement en exercice est parfaitement adapté aux besoins de soins des malentendants. Ces données montrent bien la cohérence de la démographie de la profession avec un marché dynamique, mais aussi l'anticipation du 100 % Santé et la responsabilité des centres de formations.

Comme le souhaite la Fnéa, une enquête de l’ONDPS (Observatoire national de la démographie des professions de santé) permettrait d'évaluer la situation. Et si le législateur l’estime nécessaire, nous ouvrirons une nouvelle école, mais alors il faudra résoudre la problématique des terrains de stage. Quant à la répartition des professionnels sur le territoire, ce n’est pas parce qu’on va former une centaine d’audioprothésistes en plus qu’ils iront tous s’installer dans des déserts médicaux. Selon moi, l’inquiétude en termes de démographie n’est pas là où on le pense et d’autres sujets me semblent davantage mériter notre attention comme la réingénierie ou le contrôle des connaissances des praticiens, notamment ceux issues de filières parallèles.

AD : Quelle est la position du Collège à l’égard de ces filières ?

M. Del Rio : Le CNA est favorable à la libre circulation des diplômés. Il s’agit du droit européen. Mais celui-ci a ses biais. Si nous n’avons rien à reprocher aux diplômés qui ont suivi l’intégralité de leur cursus, à temps complet et en présentiel en Espagne, il n’en va pas de même des Français, issus de filières parallèles, qui bénéficient de formation accélérée et à distance et contournent le numerus clausus. Ils constituent une cohorte de plus en plus importante dont nous avons du mal à évaluer les compétences. Or, cela pose problème du point de vue de la qualité de la prise en charge des patients. Nous devons nous assurer que les professionnels qui obtiennent l’autorisation d‘exercer en France aient bien le niveau requis. Pour cela, nous souhaitons qu’ils se voient imposer par les DREETS des mesures compensatoires comprenant à la fois des stages – qui ne soient pas de complaisance – et une épreuve écrite obligatoire, permettant le contrôle des connaissances [une combinaison aujourd'hui interdite, NDLR]. J’espère que l’Igas s’emparera du sujet. Nous devons protéger le bon niveau de formation de notre profession et la qualité du service rendu à nos patients.

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