« Nous avons la responsabilité de nous assurer de l’efficience de la prise en charge »

Début décembre, François Dejean succèdera au Pr Hung Thai-Van à la présidence de la Société française d'audiologie. Deux ans de mandat que l’audioprothésiste montpelliérain, une personnalité reconnue pour ses valeurs humaines et pour incarner l’esprit pluridisciplinaire de la société, compte mettre à profit pour s’assurer notamment de la réussite de la réforme du 100 % Santé et préparer l’évolution des pratiques de demain.

Propos recueillis par Ludivine Aubin-Karpinski
Francois Dejean nouveau president de la Societe francaise d audiologie_web

Audiologie Demain : Conformément à la tradition d’alternance de mise à la présidence de la Société française d’audiologie (SFA), un non-médecin succède à un ORL. En décembre, vous prenez la suite du Pr Hung Thai-Van. Quel est son héritage à la tête de la Société ?

François Dejean : La présidence du Pr Thai-Van a coïncidé avec l’arrêté du 14 novembre 2018 et a donc été placée sous le signe de la réforme du 100 % Santé. En tant que société savante en audiologie, réunissant les professionnels impliqués dans la santé auditive, nous nous sommes sentis responsables de sa mise en place et de sa réussite. La SFA a, au cours des deux dernières années, été plus impliquée que jamais dans des sujets en lien avec cette actualité forte. Le 15e congrès de la SFA qui s’est tenu à Lyon en décembre 2019 en est la parfaite illustration, en abordant notamment les nouvelles indications d’appareillage. Et, les recommandations qui ont suivi sur la pratique de l’audiométrie vocale dans le bruit en sont le résultat concret.

Le Pr Thai-Van a également su donner à notre Société une ouverture vers l’international et a notamment raffermi nos liens avec la Fédération européenne des sociétés d’audiologie (EFAS) et la Société internationale d’audiologie (ISA), qui nous a attribué l’organisation du XXXVIe Congrès mondial d’audiologie à Paris en 2024. Dans ce même esprit, le 15e congrès de la SFA a innové avec la participation de nombre de figures de l’audiologie internationale. C’est une direction que je souhaite poursuivre, car je suis intimement convaincu de l’importance d’échanger et confronter nos pratiques à celles de nos confrères d’autres pays.

Enfin, l’année 2020 a été marquée par l’épidémie de Covid-19. Cette crise sanitaire nous a poussés à nous adapter et à utiliser l’outil numérique pour poursuivre nos échanges entre professionnels. La SFA a ainsi souhaité mettre en place des webinaires, dès 2021, Les Mardis de la SFA, qui permettront d’aborder des thèmes précis dans des formats courts. D’autres travaux sont en cours et notamment des recommandations sur le nouveau parcours de soins du sujet presbyacousique dont la particularité sera d’apporter un éclairage pluridisciplinaire.

Audiologie Demain : En quoi cette pluridisciplinarité à l’œuvre au sein de la SFA est importante selon vous ?

François Dejean : La raison d’être de la SFA est de réunir des professionnels des différentes disciplines de l’audiologie : médecins ORL, orthophonistes, audioprothésistes, scientifiques, industriels, neurologues, acousticiens… afin que chacun apporte son expertise pour l’amélioration de la prise en charge des personnes souffrant de troubles de l’audition. Il y a tout intérêt à travailler ensemble, à faire converger les savoirs, que ce soit en matière de diagnostic, d’étiologie, de réhabilitation. On est plus efficients ensemble que tout seul dans son cabinet. Je suis persuadé que l’amélioration de la prise en charge des troubles de l’audition ne peut passer que par le partage des connaissances et les échanges réguliers sur nos pratiques respectives. Les prises de positions collégiales sont préférables aux discours corporatistes car elles sont réalistes et au service des malentendants.
Très tôt, je me suis consacré à l’appareillage pédiatrique. J’ai ainsi appris à travailler en équipe car la prise en charge de l’enfant déficient auditif est un domaine où la pluridisciplinarité est essentielle. Cela est vrai également pour de nombreuses pathologies complexes.
C’est cette pluralité qui fait la richesse de la SFA, avec des personnes très impliquées et d’horizons divers comme, notamment, le Dr Didier Bouccara, qui incarne à mes yeux l’âme de la Société.

Audiologie Demain : Quelle est votre feuille de route pour les deux années à venir ?

François Dejean : À l’instar de mon prédécesseur, j’entame ma présidence dans un contexte fort en termes d’actualité, au moment du plein déploiement du 100 % Santé. Si l’arrêté détaille bien cette réforme, un certain nombre de points doivent être traités pour garantir sa pleine réussite. Je souhaite orienter mon action vers la pratique, dans le sens d’un accompagnement des professionnels. Si la réforme porte en elle l’espoir d’un accès aux soins auditifs pour davantage de personnes malentendantes, nous avons la responsabilité de nous assurer de l’efficience de la prise en charge. Comme le rappelait le Pr Christophe Vincent, lors de la table ronde « Reste à charge zéro en audioprothèse : les indispensables à connaître » qui s’est tenue à l’occasion du e-congrès de la SFORL, « il ne faudra pas mesurer le succès de la réforme en termes quantitatifs. Même si nous espérons tous que de plus en plus de personnes puissent être équipées, ce n’est pas le nombre d’appareils vendus qui est important, mais bien la qualité de ce qui va être fait à toutes les étapes. » Optimiser la mesure des troubles auditifs, des troubles associés, des besoins et attentes du patient permettra une prise en charge adaptée efficiente. Cette voie nécessite une véritable collaboration entre les professionnels de l’audiologie. Chez l’adulte il y a une grande variété de profils allant du jeune sénior actif au sujet âgé en situation de dépendance. Les déficits auditifs rencontrés y sont très divers. La presbyacousie ou surdité liée à l’âge n’est pas un profil clinique fixe puisque d’une part plusieurs dysfonctionnements sont possibles et d’autre part les effets du vieillissement s’étendent aujourd’hui sur plus de 40 ans. Le vieillissement de la population doit être intégré dans nos réflexions. Je pense notamment au besoin en matière d’entraînement auditif et cognitif pour certains cas complexes ou encore au choix de l’appareillage chez un sujet présentant une maladie d’Alzheimer à un stade avancé.

Des aides auditives, gratuites certes, mais « dans le tiroir » parce que non adaptées aux besoins réels des patients, ce serait un échec.

Un autre élément qui me semble déterminant dans la réussite de la réforme est d’apporter un éclairage sur les deux classes d’aides auditives. Il est essentiel de bien distinguer les intérêts – et les limites – de chacune et ne pas tomber dans l’écueil d’un distinguo trop simpliste. Les enquêtes Eurotrak de l’Ehima montrent bien la corrélation entre l’évolution positive ces dernières années du temps d’utilisation des aides auditives et du taux de satisfaction des malentendants appareillés avec la mise sur le marché de produits dotés de fonctionnalités innovantes. Or, si le « panier 100 % Santé » couvre un certain nombre de besoins, il ne permet pas de répondre à toutes les situations. La classe II offre un éventail plus large de produits, dans différents niveaux de technologie, qui permettent d’apporter des solutions à des besoins plus complexes, que ce soit en termes de niveaux de troubles auditifs ou de besoins sociaux spécifiques. Nous avons mis en place un groupe de travail au sein de la SFA dont l’objectif est de déterminer l’intérêt des technologies avancées. Des aides auditives, gratuites certes, mais « dans le tiroir » parce que non adaptées aux besoins réels des patients, ce serait un échec.

Audiologie Demain : L’appareillage pédiatrique est un sujet qui vous tient particulièrement à cœur. Est-ce un thème que vous allez aborder pendant votre présidence ?

François Dejean : Forcément ! Et, un point m’a grandement interpellé dans la réforme du 100 % Santé. C’est son découpage. D’un côté les enfants de moins de 6 ans, pour lesquels le protocole de prise en charge est bien borné, avec notamment les recommandations de la HAS, la mise en place du dépistage néonatal, le travail en réseau, effectif depuis plusieurs années… De l’autre, les enfants de plus de 6 ans et l’adulte, dans le même « panier ». Quid de la prise en charge, très spécifique, de l’enfant de plus de 6 ans ? On ne prend pas en charge un enfant de 7 ans de la même manière qu’un adulte. En pratique, il demande des soins spécifiques, une approche différente, un travail en équipe, des tests adaptés à l’âge, un suivi particulier. Parmi les enfants qui ont échappé au dépistage néonatal ou dont la surdité est apparue tardivement, on rencontre régulièrement des surdités modérées, unilatérales, ou « cachées » qui ont un impact important sur leur développement et leur scolarité et qui nécessitent une prise en charge adaptée. Aussi, je souhaite que nous nous attelions à la rédaction de guidelines concernant la surdité de l’enfant pour améliorer encore la prise en charge de cette population très spécifique.

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