« Nous nous sommes fixé de nouveaux projets à la hauteur des défis à venir »

Le Synea a un nouveau visage. Fin janvier, Richard Darmon a succédé à Guillaume Flahault qui présidait le syndicat depuis 7 ans. Un changement qui coïncide avec le tournant majeur que représente le 100 % Santé pour la filière auditive. Homme de consensus, pragmatique, le nouveau président compte mettre toute son expérience au service de la profession et dévoile les nouvelles orientations de son syndicat.

Propos recueillis par Ludivine Aubin-Karpinski
Richard Darmon
Richard Darmon, nouveau président du Synea.

Audiologie Demain : Votre nomination coïncide avec la mise en place du 100 % Santé. Quelle part le Synea souhaite prendre à ce changement de paradigme ?

Richard Darmon : Notre filière vit une période historique, marquée à la fois par cette réforme réglementaire d’envergure et par une évolution technologique majeure qui s'accélère. La conjonction de ces différents phénomènes entraîne une transformation de notre secteur, qui, sans doute, sera accélérée par la crise sanitaire.

Cet environnement changeant nous impose de réactualiser la feuille de route du Synea, pour nous permettre de remplir les missions que nous nous fixons et accompagner la profession. Notre syndicat a aussi beaucoup grandi ces dernières années. Il regroupe des entreprises de toutes tailles et couvrant différents modèles. Y sont présentes les plus grandes enseignes de l'audition et aussi de plus petites structures, des succursalistes ou des franchises. Cette diversité des membres du Synea est un atout. Elle reflète la richesse d'un métier dynamisé par la juxtaposition de modèles très différents. C'est une chance de travailler avec des membres qui apportent des éclairages très divers, permettant une compréhension plus large des enjeux de notre secteur.

Nous voulons également représenter l’ensemble des équipes oeuvrant au quotidien dans les quelque 2 900 centres des entreprises du Synea. Cela correspond au total à plus de 5 000 personnes, principalement des audioprothésistes et des assistantes. Ces dernières sont d'ailleurs trop souvent oubliées et je souhaite leur rendre hommage car elles contribuent grandement, par leur travail, à la relation avec les patients. Il est regrettable par exemple que, durant cette crise sanitaire, elles aient été laissées pour compte dans la vaccination des professionnels de santé.

Aujourd’hui, nous nous sommes fixé ensemble de nouveaux projets à la hauteur des défis à venir. Parmi nos priorités, certaines sont bien sûr dictées par l’actualité, comme les négociations pour la nouvelle Convention ou le suivi du 100 % Santé, d’autres concernent des problématiques plus structurelles auxquelles nous sommes attachés et que nous allons pousser de façon volontariste.

L’une des priorités à laquelle nous attachons beaucoup d'importance est liée à la quantité importante de données que nos enseignes adhérentes sont amenées à traiter. Nous suivons des centaines de milliers de patients et recueillons des quantités d’informations médicales, administratives, etc. C'est une opportunité, en les consolidant de façon anonymisée, de mieux cerner les évolutions de notre secteur. Pour cela, nous devons nous doter d'outils qui nous permettront de mettre en place des observatoires dont les résultats seront partagés avec les autres acteurs de la filière, pouvoirs publics, assureurs, ORL... Nous sommes convaincus que nous pourrons aussi établir des partenariats scientifiques pour renforcer notre connaissance commune des troubles de l'audition et de leur traitement. Ce sera très efficace de mener ces démarches sur plusieurs enseignes pour augmenter la représentativité des informations.

AD : À peine investi de vos nouvelles responsabilités, vous avez participé à la réunion de suivi du 100 % Santé, le 16 février. Quels sont les premiers résultats ? Par ailleurs, les inquiétudes concernant un moins bon remboursement de la classe II par les Ocam se confirment-elles ?

RD : C'est un bon exemple de contribution que nous voulons apporter au travers de l'analyse des données. Nous avons décidé de mettre en place un observatoire des remboursements car nous sommes préoccupés par les risques liés à des remboursements différents en classe I et II par les complémentaires. Cette approche impacte en effet la liberté de choix du patient, l'équité de traitement et risque de conduire à une baisse d'observance. De plus, l'image de cette réforme sera altérée car des millions d'utilisateurs auront la perception qu'ils sont exclus du bénéfice du 100 % Santé en perdant une partie de leurs droits. Nous avons alerté depuis plusieurs mois mais nous ne pouvions pas encore mesurer et objectiver cette situation. Les premiers chiffres sur janvier, que nous avons présentés lors du comité de suivi, montrent que près de 60 % des contrats des complémentaires santé remboursent moins bien les produits de classe II que ceux de classe I. Bien sûr, c’est un premier constat qu’il conviendra de confirmer, mais ces chiffres confortent notre inquiétude sur le sujet, d'autant que l'écart est, dans la plupart des cas, supérieur à 100-150 euros et peut aller jusqu'à 550 euros par appareil.

Enfin, selon nos chiffres, la classe I représente 35 % des ventes sur le mois de janvier. C'est un niveau élevé, qui nous apparait largement influencé par cette pratique des complémentaires santé.

L'image de cette réforme sera altérée car des millions d'utilisateurs auront la perception qu'ils sont exclus du bénéfice du 100 % Santé.

AD : Quelles sont les autres orientations du Synea suscitées par la mise en place du 100 % Santé ?

RD : L’entrée en vigueur du 100 % Santé conduit à une diminution des prix moyens de vente ce qui nous impose de nous adapter dans un souci d’efficacité et de productivité. Le métier doit se moderniser en particulier en ce qui concerne l'échange informatisé de données entre les acteurs de la filière. C'est le cas en premier lieu, pour le tiers-payant avec les Ocam, dont nous souhaitons accélérer la mise en place. Cela réduira la charge administrative qui pèse souvent sur les assistantes et permettra des tâches à plus forte valeur ajoutée. C'est le cas aussi pour les échanges de données avec les fabricants, de la prise de commande au paiement. Nous allons constituer un groupe d'experts IT pour examiner les solutions possibles - certaines existent déjà - et préconiser des orientations.

D’autre part, la réforme du 100 % Santé Audiologie est une avancée majeure pour les malentendants et une nouvelle chance pour éviter le renoncement aux soins. Pour y parvenir, la réforme prévoit, depuis le 1er janvier dernier, un produit sans reste à charge. Je crois que cela doit nous conduire à revoir la charte que nous avions écrite il y a quelques années. Nous allons donc retravailler sur ce sujet pour rédiger une nouvelle charte éthique de bonnes pratiques, adaptée à ce nouvel environnement.

AD : Vous avez évoqué l’évolution technologique, pouvez-vous illustrer un de ses impacts ?

RD : La connectivité des aides auditives a beaucoup progressé et ouvre, depuis quelques années, de nouveaux champs d'application, comme le réglage à distance. Cette possibilité répond à la demande et aux besoins de certains patients. Tout particulièrement les personnes rencontrant des difficultés pour se déplacer, quelle qu’en soit la raison. Des outils existent aujourd’hui et ce service nous semble pouvoir s’inscrire de manière pertinente dans nos pratiques, en tant que complément aux moments clés du parcours des patients. Le Synea est favorable à son utilisation mais dans un cadre qu’il convient de définir. D'autant que la crise sanitaire a accéléré l'acceptation par les patients de la télémédecine. Le télésoins en audioprothèse va également apporter des avantages à certains patients, il serait dommage de les priver de ce progrès.

AD : Vous êtes également en cours de négociation pour l’établissement d’une nouvelle convention nationale avec la Cnam. Est-ce l’occasion de revoir les règles de bonnes pratiques en matière de publicité ?

RD : En effet. La Convention actuelle date de 1992. Il était temps de la réactualiser, a fortiori à l’aune des nouvelles exigences du 100 % Santé.

Concernant la publicité, nous y sommes clairement favorables. Elle a joué un rôle important dans l’acceptation des aides auditives et donc sur le taux d’équipement en France. C’est un outil d’information et d’augmentation de la concurrence, elle bénéficie donc au patient. L’interdire aujourd’hui serait hors la loi alors que six décrets, parus au Journal officiel en décembre 2020, ont assoupli les règles encadrant la publicité de professions médicales et paramédicales. Dans cette Convention, il sera important d'acter que la publicité ne puisse pas conduire à une consommation abusive de dispositifs médicaux remboursés.

AD : Quelle est la position du Synea concernant la polémique sur les étudiants issus des formations espagnoles ?

RD : Il y a des règles européennes de reconnaissance des diplômes étrangers et de libre circulation des diplômés. Nous devons les respecter. Les écoles espagnoles ont un cursus plus court, mais accepté par les règles européennes. Ceci soulève la question des mesures compensatoires et de la rigueur de leur application.

D'autre part, le développement de ces parcours alternatifs est symptomatique d’une difficulté : le retard pris dans l'actualisation du numerus clausus. La réforme du 100 % santé a vocation à améliorer le taux d'équipement et donc entraîner un afflux plus important de patients. Il faudrait donc réviser le numerus clausus pour ajuster l'offre de soins à l'évolution des besoins.

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