Dans les récents congrès internationaux auxquels vous avez participé, quels sont les thèmes qui vous semblent particulièrement mis en avant aujourd'hui dans le champ de l'audiologie ?
L’analyse des bases de données patients prend une place importante, avec l’objectif d’en tirer des enseignements pour des prises en charge plus personnalisées. Sur l'appareillage, les mesures in vivo me semblent également gagner du terrain : elles permettent d’apprécier le bénéfice d’une aide auditive et de vérifier, dans le cas des acouphènes, si une thérapie sonore agit bien dans la zone recherchée.
J’ai également le sentiment que l’orthophonie prend davantage de place en audiologie adulte. Les thérapies géniques, les causes génétiques des neuropathies auditives, les liens entre troubles centraux de l’audition et troubles du neurodéveloppement, ainsi que les atteintes vestibulaires chez l’enfant et l’adulte, étaient aussi présents dans les échanges et les travaux exposés.
Quelle est la place de l'audiologie dans les congrès ORL ?
Depuis cinq à huit ans, l’audiologie est devenue une discipline visible dans les congrès mondiaux d’ORL. Ce n’était pas le cas au début de ma carrière. C’est un signe important et une très bonne nouvelle. On constate que les ORL se saisissent davantage de ces questions. Lors de la préparation du congrès d’Istanbul, les organisateurs ont d’ailleurs souhaité travailler avec l’ISA (Société internationale d'audiologie) sur le programme d’audiologie.
L'ISA dont vous êtes désormais le président élu. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette fonction et sur votre rôle ?
La Société internationale d'audiologie a été créée au début des années 1950, par quatre médecins, Pierre Trenque (France), Terence Cawthorne (Royaume-Uni), Hendrik Adrianus Ewout van Dishoeck (Pays-Bas) et André Aubin (France), à une époque où les audiologistes n'existaient pas encore.
C’est un immense honneur de rejoindre son comité exécutif. Je vais d’abord exercer comme président élu, avant une période de présidence en exercice – poste aujourd'hui occupée par Thais Morata. L’ISA réunit des représentants du monde entier, issus de pays aux pratiques et situations socio-économiques très différentes. En plus de trois représentants régionaux (Amériques ; Europe, Moyen-Orient, Afrique ; Asie, Australie), le comité exécutif comprend un représentant des pays émergents.
Les actions de l'ISA sont réalisées au travers de plusieurs groupes de travail, auxquels les membres du bureau participent. L’ISA travaille aussi avec l’OMS sur des actions comme Make Listening Safe.
Quels sont les chantiers prioritaires de l'ISA ?
Il faut faire avancer une feuille de route scientifique solide, travailler sur l'homogénéisation des pratiques et accompagner le développement de l’audiologie dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Ce dernier objectif est une priorité, et il est entre les mains du groupe de travail GEAR (Global Equity in Audiology Re-Imagined). Le Maroc est un très bon exemple de ce que l'ISA peut insuffler. L'audiologie s'y est structurée très rapidement, avec notamment la mise en place du dépistage auditif néonatal, le développement de l'implantation cochléaire ou encore la naissance d'une société savante il y a environ deux ans, sous l'impulsion du Pr Lahcen Aderdour et ses collègues. De même, en Grèce ou en Tunisie où des sociétés savantes ont été créées.
Nous avons également une mission de communication, d'une part pour diffuser les avancées et connaissances concernant les procédures diagnostiques, et d'autre part pour faire partager les expériences entre les différents pays.
La France est davantage écoutée, notamment parce qu’elle a porté une approche originale dans le cadre de la réforme du 100 % Santé.
Une société internationale d'audiologie dirigée par un ORL issu d'un pays où les audiologistes n'existent pas, n'est-ce pas paradoxal ?
Le choix du modèle français a été fait par les représentants des professions ORL et audioprothésistes dans les années 1990... Il y a eu des réflexions et des tentatives depuis... Aujourd'hui, il faut composer avec l'écosystème que l'on a. En l'occurrence, les avancées en audiologie sont réalisées, le travail existe. Il mobilise des ORL, en particulier ceux qui ont une appétence et qui se sont spécialisés en médecine audio-vestibulaire, des orthophonistes, des audioprothésistes et des chercheurs. Mais aussi des psychologues et des kinésithérapeutes. Je ne sais pas si cette situation peut perdurer, mais aujourd'hui, on s'adapte. Et cette absence d'audiologistes à proprement parler n'empêche pas le rayonnement de l'audiologie française à l'international.
Comment mesurez-vous ce rayonnement ?
Quand on regarde la représentativité des pays, la France figure dans le top 5 au WCA de Séoul en 2026 hors pays hôte, avec plus de quinze communications et lectures sélectionnées. Une forte délégation française était également présente et des prix ont été attribués à de jeunes professionnels français.
Bien sûr, l'organisation du WCA à Paris en 2024, puis la dynamique entretenue depuis, ont contribué à installer l’audiologie française dans le paysage international. Mais cette visibilité ne s’est pas construite en un congrès. Elle reflète une quinzaine d’années de travail collectif mené par les sociétés savantes, notamment la SFA, et par ses bureaux successifs. À titre d'exemple, les webinaires organisés plusieurs fois par an par la SFA réunissent régulièrement plus de 200 personnes et attirent au-delà des frontières françaises. Aujourd'hui, nos collègues étrangers s'intéressent à nos pratiques.
Qu'est-ce qui les intéresse en particulier ?
La France est désormais davantage écoutée, notamment parce qu’elle a porté une approche originale dans le cadre de la réforme du 100 % Santé en audiologie. Ce dispositif inclut la prise en charge de l'appareillage pour des pathologies comme les troubles centraux ou les neuropathies auditives, ce qui fait des envieux à l’étranger.
Un autre point d’intérêt est l’intégration de l’audiométrie vocale dans le bruit dans les indications de prescription. Cette approche, initialement inspirée de pratiques belges, a été élargie aux presbyacousies précoces et aux pathologies émergentes de l’audition.
Des interlocuteurs britanniques, grecs ou portugais nous demandent régulièrement comment fonctionne cette approche. L’enjeu n’est pas de présenter la France comme détentrice d’un modèle universel, mais de partager une expérience qui fait évoluer les diagnostics et l’évaluation de la réhabilitation auditive.
Pourtant, en France, cette audiométrie vocale dans le bruit n'est pas systématiquement réalisée. Tous les professionnels de santé ne sont pas équipés pour...
Pourtant, plusieurs tests validés en français sont disponibles, parmi lesquels Framatrix, Hint, SoNoise, VRB...
L’équipement représente un investissement, mais il peut être intégré au renouvellement progressif d’un plateau technique, au même titre que les outils d’exploration vestibulaire tels que le VHIT, la vidéonystagmoscopie ou les potentiels évoqués vestibulaires.
Récemment, le Bureau international d’audiophonologie (Biap) a publié une nouvelle classification audiométrique (lire nos Actualités). C’est un travail auquel vous avez contribué. Pouvez- vous nous expliquer les tenants et aboutissants ?
Il y a environ deux ans, des représentants de l'OMS m'ont contacté, pour que les pays européens membres du Biap se mettent au diapason de leur classification, notamment afin de disposer de critères comparables pour les études épidémiologiques. Le Biap France a donc retravaillé sa propre grille. Mais notre objectif n'était pas de simplement traduire celle de l'OMS. Nous avons donc élaboré une classification progressive, de 0 à 6, qui prend en compte le retentissement réel de la perte auditive. En effet, à perte tonale identique, le retentissement sur la qualité de vie, l'effort d’écoute, ou encore la gêne sociale peuvent varier énormément. L’enjeu était double : d’une part, établir une dichotomie entre degré de perte audiométrique et retentissement fonctionnel, et d’autre part pouvoir mieux rendre compte du degré de perte par oreille dans les pertes asymétriques ou unilatérales.
Cette nouvelle classification, tout comme l'intégration de la vocale dans le bruit dans le bilan d'appareillage, contribue à sortir du paradigme du « tout audiogramme tonal ».
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