Avec son projet d’arrêté – finalement retiré – visant à interdire la publicité, le ministère de la Santé a donné un coup de pied dans la fourmilière. Ce sont désormais les organisations professionnelles qui vont devoir se mettre d’accord sur une proposition, et l’affaire s’annonce délicate tant les intérêts et les avis divergent sur la question.
Tout d’abord, il y a une divergence inter-secteurs. Du côté de l’optique, la levée de bouclier a été immédiate et particulièrement démonstrative suite à l'annonce du projet du ministère : communiqués de presse, posts sur les réseaux sociaux et, on imagine, intense activité de lobbying. Seules les voix du Fnof et du Synom dissonaient.
Du côté de l’audio, la réponse a été bien plus mesurée. On s’est inquiété des conséquences éventuelles d’une telle mesure, tout en s’accordant sur la nécessité de faire évoluer les choses et de rompre avec certaines pratiques. Mais si l’on regarde plus en détail, obtenir un consensus ne sera pas une mince affaire. Du reste, les trois syndicats (SDA, Synea, Synam) ont communiqué chacun séparément, alors qu’une seule voix aurait eu plus de poids. Du côté du SDA, l’interdiction de la publicité est demandée de longue date, il était donc compliqué de s’opposer catégoriquement au projet d’arrêté. La position du Synam, syndicat rattaché à certaines mutuelles, est ambivalente, car la suppression de la publicité donnerait un avantage aux réseaux de soins, comme l’ont souligné le SDA et le Synea. Enfin, les dirigeants d’enseignes réunis au sein du Synea ne partagent pas tous la même position sur la publicité...
Mais les deux filières n’ont pas vraiment le choix que de se mettre d’accord, faute de quoi, le projet suspendu pourrait bien reparaitre. La voie de l’autodiscipline publicitaire semble l’option envisagée. L’audioprothèse peut s’appuyer sur l’article 15 de la convention pour le contenu et se rapprocher d’une instance comme l’ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) pour le cadre. En revanche, sans accord sur des principes ambitieux, ni mécanismes de contrôle réellement dissuasifs, le risque est grand que cette autorégulation ne débouche sur des engagements de façade plutôt que sur un véritable encadrement des pratiques.
