Sous-titrage : tous les mots ne sont pas bleus

Afin de permettre aux personnes sourdes ou malentendantes d’avoir accès à l’audiovisuel, le sous-titrage s’est développé ces dernières années. Émissions télévisées, cinéma, direct… autant de supports que de techniques différentes. découvrez ce métier de l’ombre, pourtant indispensable à l’inclusion des sourds et malentendants dans la société.

Par Laura Huynh Quang
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Vous ne les voyez pas forcément, pourtant ils existent ! Depuis la loi Handicap de 2005 et les lois relatives à l’accessibilité numérique, les sous-titres pour sourds et malentendants sont accessibles sur toutes les chaînes de télévision françaises dont l’audience moyenne annuelle est supérieure à 2,5 % de l’audience totale. L’ensemble de leurs programmes est disponible en version sous-titrée, hormis les publicités.

Le cinéma est aussi concerné. Les salles obscures doivent être équipées de dispositifs ou de matériels permettant « la transmission des sons notamment par boucle d’induction magnétique et la diffusion du sous-titrage des oeuvres cinématographiques ».

Le sous-titrage : une question de choix

Aafin de rendre les sous-titrages compréhensibles par tous les sourds ou malentendants, plusieurs normes ont été établies. La première est le code couleur, qui apporte une information supplémentaire pour le téléspectateur. Le blanc indique que la personne qui s’exprime est visible à l’écran, le jaune qu’elle ne l’est pas. On utilise le rouge pour les indications de bruit, le magenta pour la musique, le cyan pour les réflexions intérieures des personnages ou les voix off et le vert pour indiquer la pratique d’une langue étrangère. Cette technique est indispensable au soustitrage car la principale contrainte du sous-titreur reste le manque de temps. Pour que les sous-titres demeurent lisibles, le sous-titreur peut intégrer à l’image seulement entre 10 et 15 caractères environ, et leur temps de visibilité ne doit pas dépasser cinq secondes.

La place des sous-titres sur l’écran a également son importance. ils sont normalement placés sous le personnage en train de parler, mais certaines chaînes préférent un placement au centre, d’autres sous la bouche du personnage. même problématique lorsque le personnage qui parle est hors-champ ou pour une indication de bruit, le sous-titre peut être placé soit en direction du son, soit au centre.

Pour Louison Guicheteau, sous-titreur indépendant pour des boîtes de productions télévisuelles (il travaille notamment pour France Télévisions, le groupe Tf1 et le groupe RMC), le sous-titrage est une question de choix. Par exemple, lorsqu’un film présente à la fois un dialogue avec plusieurs personnages et un bruit ambiant tel qu’une musique ou un bruit ponctuel, le sous-titreur doit choisir ce qu’il veut retranscrire. « Nous privilégions toujours le dialogue, la parole, par rapport aux bruits ambiants. si plusieurs personnages parlent en même temps, nous devons choisir les mots. Nous prenons alors les phrases les plus sensées, celles qui sont indispensables à la compréhension du dialogue et du fil conducteur. »

La retranscription d’une ambiance ou d’une musique peut s’avérer également compliquée. encore une fois, c’est au sous-titreur de trancher. Louison Guicheteau poursuit : « Nous allons éviter d’indiquer “bruit de pas” par exemple, tout simplement parce que cela n’est pas évocateur pour une personne sourde. On va préférer “quelqu’un marche”.»

Contrairement aux bruits ambiants, les intonations ne sont pas retranscrites à l’écrit, mais passent par le visuel. « Pour la musique, cela dépend si la chanson est très connue et si elle apporte une information utile à la compréhension du film, si c’est le cas on va indiquer le titre, et même parfois les paroles. si c’est une musique de fond, on va ajouter des adjectifs pour la qualifier au mieux : musique ornementée, enfantine. C’est avec ces mots que l’on va essayer de retranscrire une ambiance et recréer l’atmosphère désirée. »

Les difficultés du direct

Les programmes en direct sont également disponibles en version sous-titrée, mais d’autres outils sont utilisés. Les sous-titreurs travaillent alors en binôme avec un vocaliste. Celui-ci visionne les images quelques secondes avant leur diffusion et répète les paroles dans un micro. Un logiciel de reconnaissance vocale les retranscrit à l’écrit et le sous-titreur corrige les éventuelles erreurs. Les sous-titres sont ensuite diffusés à l’écran, avec quelques secondes de retard seulement. Louison Guicheteau témoigne : « C’est un véritable travail de préparation au niveau du vocabulaire. il faut pouvoir être très réactif et anticiper ce qui peut se passer en direct, afin de limiter le plus possible le décalage entre l’image et les sous-titres. »

Pour Louison, il manque à son travail un retour des principaux intéressés. « afin que les techniques puissent progresser, nous aurions besoin de comprendre les besoins des concernés et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer lors de la lecture des soustitres. » Peut-être pouvons-nous espérer prochainement une inclusion participative des personnes sourdes ou malentendantes, puisque leur avis est, finalement, le seul qui compte...

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