Il est admis que la capacité à comprendre la parole dépend de trois facteurs : l'audibilité de l’énergie acoustique, la qualité de l'encodage des composantes du signal de la parole et l’aptitude cognitive à donner un sens aux informations vocales reçues.
L’impact de l’audibilité sur l’intelligibilité dans le bruit a d’ores et déjà été écartée par la littérature pour les pertes auditives les plus courantes. « Lorsque l’audibilité du signal est assurée – par exemple lorsque l’intensité sonore compense une surdité légère ou moyenne –, la performance dans le bruit n’est pas corrélée au niveau d’audition du patient », rappelle l’audioprothésiste François Dejean, ancien président de la SFA et son actuel secrétaire.
Le deuxième facteur s’exprime en cas de déficience neurosensorielle, car le déficit de l’encodage lors de la transformation de l’énergie mécanique en énergie électrique provoque une distorsion du message. Ainsi, les informations transmises au cortex sont plus ou moins déformées par des processus périphériques endommagés. En présence de plusieurs sources sonores et notamment dans le bruit, le niveau de ce « brouillage » aura un impact d’autant plus important sur la capacité du patient à extraire le signal de parole. « Jusqu’à récemment, nous n’étions pas à même de mesurer objectivement dans notre pratique clinique ce déficit qui se manifeste par des difficultés de discriminations temporelles et spectrales pour des sons proches en termes de fréquences », explique François Dejean.
La donne a changé en janvier 2024, avec le lancement par Interacoustics du test ACT. Ajusté pour tenir compte de la perte auditive du patient, le test détecte grâce à des bruits modulés (des sons non-vocaux imitant les fluctuations de la parole) le niveau de contraste nécessaire pour différencier deux sons. Cette mesure psycho-acoustique, auparavant impraticable au quotidien dans les centres d’audioprothèse, est désormais réalisable en quelques minutes. « Le seuil déterminé est une mesure de la performance de modulation spectro-temporelle du sujet, c’est-à-dire un indicateur d’un éventuel déficit de l’encodage de l’information du sujet », indique l’audioprothésiste.
Préréglage des réducteurs de Bruit
Attention, prévient François Dejean. Le test ACT ne se substitue pas aux outils d’audiométrie vocale dans le bruit (AVB) (Framatrix, VRB ou Hint) – mais renseigne sur la capacité d’encodage du patient, une des trois composantes dont dépend la performance dans le bruit. Cette information permet de guider plus précisément les stratégies de réduction de bruit lors de l’appareillage. « Jusqu’à présent, ces algorithmes étaient paramétrés en fonction du ressenti des patients, c’est-à-dire intuitivement et donc approximativement ; dès lors, nous disposons de scores qui nous indiquent quand et comment les activer », se félicite l’audioprothésiste. L’outil permet un préréglage optimal des réducteurs de bruit par paliers afin que le signal sonore fourni soit en adéquation avec les aptitudes d’encodage de l’utilisateur des aides. « Plus ces capacités sont dégradées et plus la compréhension dans le bruit requiert une diminution de la quantité d’information et donc une activation forte des réducteurs de bruit », précise encore François Dejean.
Les résultats du test sont automatiquement intégrés dans le logiciel d’adaptation de certaines aides auditives du groupe Demant auquel appartient Interacoustics. Mais ces ajustements peuvent être réalisés manuellement pour les autres marques.