26 Mai 2026

Thérapie génique, pseudo-hypoacousie : deux champs en quête d’avancées

Les e-posters 2025 primés par la SFA dans les catégories « ORL » et « chercheur » traitent de deux thèmes d’investigation pour lesquels les connaissances sont encore limitées. La pseudo-hypoacousie, tout d’abord, souvent considérée comme une simulation, demeure largement méconnue. La thérapie génique pour le syndrome d’Usher ensuite, même si elle fait l’objet d’efforts de recherche sur des modèles animaux, bute encore sur une restauration durable de l’audition.

Par Stéphane Davoine
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Première cause de surdi-cécité et parfois synonyme de troubles de l’équilibre, le syndrome d’Usher est une maladie génétique récessive qui se caractérise par différentes formes cliniques selon l’âge d’apparition des symptômes et leur gravité. Jusqu’à présent, une dizaine de gènes ont été identifiés, chacun pouvant être le siège de plusieurs mutations et ainsi nécessiter le design d’autant de thérapies géniques. Récompensée pour son poster dans la catégorie « recherche », Wendy Nguyen a travaillé sur une stratégie visant à corriger la mutation c.C91T/p. R31X présente sur l’exon 2 du gène USH1C qui code l’harmonine. « Cette protéine participe au complexe constituant le tip-link, une structure qui permet de communiquer le mouvement de déflexion entre les stéréocils des cellules ciliées », indique Wendy Nguyen.

Les premiers essais de thérapies ont été menés sur un modèle de souris transgénique humanisée, porteuse du gène USH1C muté, et dont les troubles de l’audition et de l’équilibre avaient préalablement été caractérisés. La supplémentation de gène a permis la restauration de l’équilibre mais pas de l’audition. « L’audition se développe dès le stade embryonnaire alors que les fonctions d’équilibre apparaissent après la naissance ce qui pourrait expliquer pourquoi elles s’avèrent plus sensibles à la thérapie génique postnatale », suggère la chercheuse.

Afin d’obtenir de meilleurs résultats sur l’audition, l’une des pistes est la modulation de l’expression du transgène. « On peut agir sur le vecteur de plusieurs façons. En altérant son sérotype afin d'obtenir une meilleure affinité avec les cellules ciliées. En modifiant les promoteurs qui déterminent le type de tissu où s'exprime le vecteur. Ou encore en changeant les séquences régulatrices responsables de l'intensité d'expression. », détaille Wendy Nguyen.

Le dernier poster distingué par la SFA* est consacré à la pseudo-hypoacousie (PHA). Cette manifestation est définie comme une perte audiométrique non induite par une anomalie du système auditif périphérique ou qui s’avère plus importante subjectivement que ne le montrent les relevés d’électrophysiologie.

La PHA donne fréquemment lieu à des incompréhensions. « Les sujets qui la présentent sont souvent considérés comme des simulateurs alors que le problème est en lien avec un trouble neurologique fonctionnel et ils sont quelquefois soumis à des traitements inutiles comme des examens d’imagerie ou des injections de corticoïdes transtympaniques puisque la perte auditive peut se manifester sous forme de surdité brusque », regrette Pierre Petolat, primé dans la catégorie ORL pour son étude monocentrique rétrospective sur cette condition.

Parmi les 25 patients considérés et âgés en moyenne de 11,9 ans, dix avait normalisé leur audition dans un délai moyen de 7,2 mois. Il est donc important de confirmer la perte auditive plutôt que de passer à l’appareillage trop rapidement. À l’inverse, neuf patients ont vu leur situation s’aggraver. « L’évolution est propre à chacun, et lorsque le trouble est trop ancré, il n’y aura pas nécessairement de rémission. Ces patients ne seront pas forcément appareillés mais nécessiteront une prise en charge spécifique par des équipes formées aux troubles neurologiques fonctionnels », précise Pierre Petolat.

Sans étiologie précisément établie, la PHA est une réponse du corps à un stress qu’il est nécessaire d’investiguer. « Il peut être causé par la naissance d’un frère ou d’une soeur, une séparation parentale ou des violences conjugales. Il peut aussi provenir de problèmes scolaires que le corps exprime sous forme de difficultés à entendre. Enfin, je note que deux de nos patients présentaient des troubles du traitement auditif – un chiffre probablement plus élevé dans la réalité – ce qui suggère que la PHA pourrait être une manifestation d’un trouble du traitement auditif sous-jacent », explique l’ORL. Objet de peu d’investigations, cette condition représente au même titre que la thérapie génique un thème d’étude fécond pour les années à venir.

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