21 Juin 2022

Un Français sur quatre souffre de perte auditive

L’Inserm vient de publier une étude d’une ampleur inédite sur l’épidémiologie de la perte auditive. Elle repose en outre sur des données objectives et non déclaratives. Les chiffres montrent que 25 % de la population française est atteinte d’une perte auditive, invalidante chez 4 %. L’adoption de l’appareillage est également évaluée.

Par Bruno Scala
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C’est l’une des plus importantes études épidémiologiques réalisées dans le domaine de l’audition, avec des données objectives [1]. L'équipe de recherche Inserm du Centre de recherche cardiovasculaire dirigée par Jean-Philippe Empana s’est fondée sur une très importante cohorte française (la cohorte Constances, voir encadré) pour établir la prévalence de la perte d’audition en France ainsi que le taux d’adoption d’aides auditives.

La cohorte Constances

Lancée en 2009, la cohorte épidémiologique Constances est constituée de 200 870 individus, âgés de 18 à 69 ans au moment de l’inclusion. Elle est pilotée par l’Inserm et la Cnam. Elle vise à étudier le vieillissement et les maladies chroniques.

Parmi les quelque 200 000 membres, 186 400 ont été inclus dans l'étude épidémiologie sur la perte d’audition, parce qu’ils étaient appareillés ou parce qu’ils avaient réalisé un audiogramme tonal lors de l’inclusion dans la cohorte.

Données objectives

« Les données épidémiologiques sur la prévalence de la presbyacousie sont franchement parcellaires en France et aussi dans le monde, rapporte le Dr Quentin Lisan, ORL à l’hôpital Foch de Suresnes, qui a mené l’étude. En France, le dernier état des lieux est l’étude Handicap-Santé [2] qui date de plus de 10 ans [les données datent de 2008, NDLR] et qui est fondée sur des données auto-déclaratives. D’ailleurs, les projections mondiales pour le déficit auditif de l’étude Global Burden of Disease du Lancet [3] se base sur un nombre de sources assez limité, dont peu avec des cohortes représentatives. » A contrario, cette nouvelle étude a inclus plus de 180 000 personnes et, ce qui est intéressant par rapport à d’autres travaux réalisés par le passé – notamment ceux de la Pr Hélène Amieva, ou encore la très récente étude Eurotrak*, pour ne citer que les plus connus –, c’est que l’analyse repose sur des données objectives, ce qui lui confère une plus grande solidité scientifique. Les personnes incluses ont réalisé une audiométrie tonale à conduction aérienne – à l’exception de celles qui portaient des aides auditives au moment de l’inclusion dans la cohorte et qui ont été considérées d’emblée comme atteinte d’une perte auditive invalidante. Le test a été réalisé sur une plage allant de –10 dB à 85 dB, avec des pas de 5 dB, à cinq fréquences : 0,5, 1, 2, 4 et 8 kHz.

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1 Français sur 4

Ainsi, l’étude montre qu’environ 25 % de la population est touchée par une forme de perte d’audition, définie pas les auteurs comme une perte moyenne de 25 dB minimum sur la meilleure oreille. « C’est une personne sur quatre ; c’est un chiffre impressionnant, s’étonne le Dr Quentin Lisan, avant de tempérer : Néanmoins, seuls 4 % de la population sont atteints pas une perte auditive invalidante », définie comme une perte moyenne de 35 dB au moins sur la meilleure oreille.

« Seulement un tiers des quelque 4 % de personnes atteintes d’une perte auditive de plus de 35 dB sont appareillés. »

Dr Quentin Lisan

Les auteurs sont bien sûr allés plus loin qu’une simple mesure de prévalence. Ils l’ont aussi évaluée selon différentes variables – âge, sexe, niveau socio-économique, éducation, comorbidités, profession... – afin d'identifier certains facteurs de risques. Ainsi, selon leurs analyses, la variable associée affichant le lien le plus fort avec une perte auditive est – sans surprise – l’âge. Chaque année supplémentaire augmente de 10 % le risque d’être atteint d’une perte auditive. Vient ensuite le fait d’avoir travaillé dans des conditions bruyantes, qui augmente le risque de 24 %. Suit ensuite le fait de fumer, d’avoir une maladie cardio-vasculaire, du diabète, d’être un homme (voir graphes). À l’inverse, on trouve moins de malentendants chez les personnes ayant un bac +5, des revenus importants, en activité...

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Efficacité du 100 % Santé

Les auteurs se sont aussi intéressés au taux d’adoption des aides auditives. « Seulement un tiers des quelque 4 % de personnes atteintes d’une perte auditive de plus de 35 dB sont appareillés, rapporte Quentin Lisan. C’est le deuxième chiffre clé de l’étude. » Néanmoins, les données ont été recueillies entre 2012 et 2019, avant l’entrée en vigueur du 100 % Santé, réforme qui a provoqué une augmentation significative du taux d’adoption. « C’est une faiblesse car les chiffres sont sous-estimés, concède l’ORL francilien, mais c’est aussi un avantage car nous allons pouvoir observer l’impact de cette réforme, en répétant les questionnaires sur les audioprothèses. »

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L’étude montre qu’avant la réforme, sur les 8 050 membres de la cohorte atteints d'une perte auditive invalidante, 36,5 % disent porter des d’aide auditives (l’étude EuroTrak 2018 évaluait ce taux à 41 %). Ce taux augmente fortement avec l’âge (voir graphe). Typiquement, les personnes qui s’appareillent moins sont les hommes et les fumeurs. À noter que les malentendants ayant le plus haut niveau d'études ou des revenus importants (sachant qu’il existe un lien entre les deux) sont plus équipés que les autres. Un résultat logique, puisque les aides auditives n’étaient pas entièrement prises en charge au moment de l’étude. Il faudra donc être attentif à l’évolution de cette donnée lors de la prochaine évaluation, afin d’objectiver l’impact du 100 % Santé.

* Selon EuroTrak 2022 pour la France, la prévalence de la perte auditive s’élève à 9,7 %, mais ce chiffre se fonde sur des données déclaratives sans aucune notion de seuil de perte...

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