Une charte éthique pour encadrer les missions humanitaires

Créée en 2014 par la SFORL, l’Action d’entraide globale ORL française a récemment rédigé et publié une charte. Celle-ci vise à encadrer les missions médicales à l’étranger pour garantir que celles-ci se fassent dans le respect de l’éthique et dans un esprit d’entraide et de partage confraternel.

Par le Pr Thierry Mom et l’action d’entraide globale ORL française (AEGOF*)
Chirurgie a 4 mains
Chirurgie à quatre mains lors d’une mission au Cambodge.

Dans le cadre de son action d’entraide globale, appelée par habitude humanitaire, la SFORL a créé en 2014 une association, l’AEGOF (Action d’entraide globale ORL française), sous l’impulsion du Pr Bernard Fraysse. Cette association a initié le recensement des différentes initiatives humanitaires françaises puis a fourni un important travail de rédaction et de mise en forme d’une charte éthique humanitaire. Les grandes lignes de cette charte ont ensuite été reprises au sein de l’Ifos (International federation of otorhinolaryngological societies) et une charte internationale a été récemment publiée1. Elle est accessible sur le site humanitaire de l’Ifos (humanitarian.ifosworld.org) et de la Société française d’ORL (orlfrancehumanitaire.org).

Entraide plutôt qu’humanitaire

L’ambition de cette charte est de sensibiliser la communauté ORL au respect des rapports humains dans ces relations internationales qui se veulent davantage portées par un esprit d’entraide, plus que de secours humanitaire. Évidemment, en temps de guerre ou de catastrophe naturelle, le terme humanitaire est pleinement justifié. Mais le plus souvent, il s’agit d’aller aider des collègues, peut-être moins aguerris dans certains pans de notre discipline, ou manquant de moyens, matériels ou humains, mais de façon certaine, dans un environnement totalement différent de celui où nous avons l’habitude d’exercer.

Il est important de souligner qu’il y a certes un apport de connaissance de la part des ORL « donneurs » de leur temps, mais il y a aussi un retour des collègues « receveurs » sur le terrain, habitués à travailler avec peu de ressources et dans le respect des coutumes et règles sociales locales. Cet échange est enrichissant pour les deux parties et il apparaît plus approprié de parler d’entraide globale plutôt que d’aide humanitaire. Mais quel que soit son champ d’application, humanitaire ou entraide globale, la charte éthique devait être formalisée. Globalement elle se décline en neuf articles.

Pour des missions éthiques

La plupart d’entre eux formalisent l’importance du respect de l’éthique au cours des missions d’entraide. Le but est d’aider sur le plan médical et de former nos collègues à des techniques de soins qu’ils ne maîtrisent pas, ou encore de leur transmettre des informations médicales dont ils n’auraient pas connaissance.

Les intervenants doivent agir libres de toute pression, financière, politique ou confessionnelle. Ils doivent intervenir dans le respect des coutumes et traditions du pays d’accueil, de la dignité des individus et sans discrimination d’aucune sorte.

L’action menée est une réponse à la demande du pays d’accueil et ne doit en aucun cas émaner d’une volonté unilatérale ne répondant pas à un besoin local réel. Ces actions ou missions doivent être menées par des praticiens expérimentés car les conditions d’exercice et ressources disponibles souvent plus limitées rendent l’exercice plus difficile.

Cette charte insiste notamment sur l’action pédiatrique, qui doit toujours respecter l’avis des parents et être scrupuleusement adaptée aux moyens disponibles, notamment lors de gestes à prévoir sur les voies respiratoires, afin de ne pas se mettre dans des situations à risque vital par manque de moyens. Elle rappelle aussi, dans le cadre des missions otologiques, l’importance d’une évaluation audiologique aussi précise que possible avant d’envisager des interventions chirurgicales.

Ces actions d’entraide globale doivent bien entendu s’inscrire dans la durée et permettre une amélioration pérenne de la prise en charge. Les derniers articles de la charte rappellent l’importance d’évaluer la dangerosité des missions pour les équipes engagées et le besoin de protection non seulement médicolégale, notamment de la couverture officielle du pays d’accueil, mais aussi physique, lorsque le terrain d’action n’est pas sécurisé (risque d’attentats ou d’enlèvement).

Les intervenants doivent agir libres de toute pression, financière, politique ou confessionnelle.

Entraide au temps de la Covid-19

Certes, de nos jours, dans cette période inattendue de crise sanitaire Covid-19, les missions se sont faites très rares, mais il est toujours possible d’apporter de l’aide à distance. Un programme d’enseignement par télémédecine a débuté dans ce cadre, avec, en décembre 2020, un premier cours avec le Paraguay sur la réhabilitation faciale par anastomose hypoglosso- faciale latéro-terminale transmastoïdienne2. Cette action a été menée à la demande d’un service hospitalo-universitaire du Paraguay, dans le respect fondamental de la charte humanitaire de l’Ifos. Le matériel d’enseignement, le support de la présentation et les films chirurgicaux ont ensuite été mis à disposition en ligne sur le site humanitaire de l’Ifos. D’autres sont prévues, pour certains collègues africains sur le cholestéatome, ainsi que pour certains collègues cambodgiens sur l’audiométrie.

Il est important de se rappeler que l’on peut certes exposer les différentes techniques chirurgicales ou diagnostiques, avec les moyens les plus sophistiqués, mais il est essentiel de donner la clé de la réalisation de ces techniques avec les moyens disponibles sur place.

En conclusion, il est primordial dans le cadre de cet engagement dit humanitaire, de garder en tête cette notion d’entraide, devant s’inscrire dans la durée, c’est-à-dire de formation permettant de donner une autonomie réelle à nos collègues demandant des conseils. Ces actions doivent être respectueuses sur le plan éthique pour une collaboration fructueuse et profitable pour les deux parties. Il est toujours bienvenu pour les missions qui s’engagent dans des actions d’entraide médicale, d’obtenir une caution officielle. L’Ifos apporte cette caution aux missions qui s’inscrivent dans la conduite éthique de la charte humanitaire. Toutes les initiatives sont les bienvenues pour solliciter le soutien officiel de l’Ifos. Ces missions sont ensuite encouragées à partager en ligne sur le site de l’Ifos leur retour d’expérience.

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