02 Octobre 2026

Appareillage auditif et cognition : des liens décidément complexes

Les résultats de l'essai clinique chinois CHOICE viennent d'être publiés. Cet essai échoue à montrer que l’appareillage auditif prévient la démence, mais suggère qu’il peut améliorer la cognition.

Par Bruno Scala
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Décidément, les liens entre audition et cognition sont complexes. Et les bienfaits de l'appareillage sur le déclin cognitif sont difficiles à mettre en évidence. Un nouvel essai clinique (baptisé CHOICE) vient entretenir ces incertitudes. 

Une équipe de recherche chinoise a voulu évaluer si l'appareillage auditif permet d’empêcher l’apparition de la démence chez des patients déjà atteints de trouble cognitif léger (CDR = 0,5). Après deux années, ils ont constaté que le nombre de personnes ayant évolué au stade de démence (CDR ≥ 1) n’était pas statistiquement différent entre les patients ayant été appareillés et ceux ayant bénéficié d’une éducation à la santé auditive (groupe contrôle). « En fait, cette analyse a montré une incidence plus faible dans le groupe appareillage (3,09 % contre 4,74 %), mais la différence n’est pas statistiquement significative », tempère le Pr Hao Wu, qui a mené ces essais. Pour lui, avec un temps d’observation plus long et un échantillon plus grand, « ce résultat pourrait devenir positif ». En outre, comme l’indiquent les auteurs des travaux dans la publication, la durée de port des aides auditives était de 5,9 heures quotidiennes en moyenne au cours de cet essai (contre 7,2 à 8,1 heures observées lors de l’essai ACHIEVE), ce qui est peu, et bien en deçà des recommandations. 

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Surtout, une seconde analyse suggère une interprétation paradoxale. En effet, les scientifiques ont aussi étudié les patients dont la cognition était revenue à la normale (CDR = 0) après ces deux années. Et ces personnes sont plus nombreuses dans le groupe appareillé (15,34 % versus 2,36 % dans le groupe contrôle). 

« En d’autres termes, on ne peut pas dire que l’appareillage auditif a réduit l’incidence de la démence chez les personnes atteintes de trouble cognitif léger, mais il a tout de même augmenté le taux de retour cognitif à la normale », résume le chercheur chinois. Notons par ailleurs que pour une grande majorité de patients (82 % dans le groupe appareillé, 93 % dans l’autre), il n’y a eu aucun changement, ni dans un sens, ni dans l’autre. 

Ces résultats sont cohérents avec ceux observés dans le cadre de l'essai clinique ACHIEVE, à l'issue duquel les chercheurs n'avaient pas pu mettre en évidence un bénéfice de l'appareillage sur le déclin cognitif dans la population générale, après trois ans d'observation, mais avaient noté une amélioration chez des personnes à risque. 

Quoi qu'il en soit, l'argument n°1 de l'appareillage demeure son bénéfice sur la communication, rappellent les auteurs. C’est également l'avis de l'audiologiste et chercheur Nicholas Reed, qui a participé à l'essai ACHIEVE : « Les résultats sur la communication et l’isolement sont en réalité les plus robustes car ils sont directement liés à la prise en charge auditive et s’observent chez pratiquement tous les participants », rapportait-il dans notre dossier consacré à l’essai clinique. 

▶ Y. Chen et al. JAMA Neurology, 2026, doi: 10.1001/jamaneurol.2026.3395

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