« J’entends, mais je ne comprends pas. » Une plainte familière aux audioprothésistes, particulièrement lorsque leurs patients se retrouvent dans des environnements sonores complexes. Mais pourquoi certaines situations restent-elles difficiles malgré l’accès aux sons ? C’est à cette question qu’était consacré le webinaire organisé par Audiogym, le 27 octobre 2026. Trois professionnels ont croisé leurs regards sur l’apport de l’entraînement auditivo-cognitif : Jérôme André, orthophoniste et concepteur de la plateforme, Jehan Gutleben et Grégory Gerbaud, audioprothésistes et utilisateurs d'Audiogym. Au programme : les fondements scientifiques de l’entraînement auditivo-cognitif, les résultats observés et les modalités de son intégration dans la pratique quotidienne.
L’entraînement auditivo-cognitif au service de la compréhension
Développée depuis 2021, Audiogym repose sur un principe : la plasticité cérébrale permet de renforcer certaines capacités de traitement auditif grâce à un entraînement régulier, et ce à tout âge. Accessible sur ordinateur, tablette et smartphone, la plateforme propose 13 environnements sonores couvrant près de 85 % des situations de conversation quotidienne. Les exercices s’appuient sur plus de 24 000 phrases, enregistrées par des locuteurs aux voix et accents variés. Leur difficulté s’adapte aux performances de l’utilisateur, notamment par l’ajustement du rapport signal sur bruit (RSB). Audiogym propose trois catégories d’exercices complémentaires, trois piliers : la compréhension, avec des phrases à écouter dans le silence ou dans le bruit, l’attention auditive, qui mobilise la capacité à repérer des informations sonores, et la mémoire, sollicitée à travers des tâches de mémorisation immédiate ou en double tâche. « L’audition indissociable de la cognition et cette cognition implique des mécanismes qui ne sont pas spécifiquement auditifs, comme les capacités de contrôle attentionnel et de mémoire, a expliqué Jehan Gutleben. Cette neuroplasticité est évolutive et peut être améliorée si on la stimule. C'est la répétition va ancrer la capacité à conserver ces fonctions dans le temps. »
Une étude portant sur 509 patients, à paraître prochainement, montre les bénéfices de l’entraînement. Selon les résultats présentés lors du webinaire, 82 % des patients implantés cochléaires et 83 % des patients appareillés utilisateurs d'Audiogym ont progressé d’au moins un niveau, soit un gain de 2 dB du rapport signal sur bruit. L’âge ne semble pas limiter cette progression ; le nombre de séances réalisées apparaît comme le facteur déterminant. Quant au niveau de départ – bon ou faible –, il n’est pas primordial.
Audiogym ne se substitue pas à la rééducation orthophonique : elle s’inscrit dans une démarche complémentaire de stimulation auditive et cognitive, comme l’a rappelé Jérôme André. La plateforme peut également servir de point de référence pour suivre l’évolution des performances auditives au fil du temps. Selon les audioprothésistes, son utilisation pourrait aussi accompagner certains patients encore hésitants face à l’appareillage, en les sensibilisant aux difficultés de compréhension et aux possibilités d’entraînement. Sur le terrain, Grégory Gerbaud souligne la souplesse du dispositif : « C’est un outil intéressant et complémentaire, dont les patients peuvent disposer quand ils veulent et dans les conditions qui leur conviennent. » L’enjeu est aussi d’inscrire l’entraînement dans la durée, car l’assiduité joue un rôle important dans les progrès observés.
Audiogym poursuit par ailleurs son évolution. Un quatrième module est annoncé pour la fin de l’année. Il sera davantage consacré au traitement bottom-up, c’est-à-dire à l’analyse des caractéristiques élémentaires du signal sonore, précise Jérôme André, son concepteur.
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