Ne plus porter ses appareils suffit à couper brutalement la personne âgée du monde extérieur. Faute de pouvoir communiquer facilement, les proches s'épuisent lors des visites et se détachent parfois, entrainant un isolement qui fait le lit de la dépression. Pire encore, l'incompréhension qui en découle augmente le risque de conflits et de maltraitance. L'enjeu est médicalement vital : la surdité non compensée expose à un risque accru de chutes et constitue le premier facteur de risque modifiable de démence.
L'Ehpad, l'angle mort du parcours auditif
Grâce à la réforme du 100 % Santé qui a levé les freins financiers, les Français bénéficient d'un meilleur accès à l'appareillage auditif. Mais, lorsque la perte d'autonomie survient aux alentours de 85 ans, l'entrée en Ehpad compromet la continuité de la prise en charge auditive et expose les résidents malentendants à une rupture de soins. Une situation d'autant plus préoccupante que le défi démographique est immense. Aujourd'hui, sur les 1,3 million de bénéficiaires de l'Allocation Personnalisée d'Autonomie (APA), environ 600 000 vivent en Ehpad. D'ici 2040, ce chiffre global devrait doubler pour atteindre 2,6 millions de personnes. Si nous n'agissons pas dès maintenant, le nombre de patients isolés par leur surdité en institution explosera mécaniquement.
Une rupture de soins : soignants et familles démunis
Si de nombreux résidents arrivent en Ehpad avec leurs appareils, pourquoi arrêtent-ils de les porter dans les mois qui suivent ? La rupture de soin s'explique avant tout par un manque de formation et d'information, qui touche autant le personnel soignant que l'entourage. Les équipes médicales sont souvent démunies face à ces technologies. Mais les familles le sont tout autant : lors d'une visite dominicale, face à un appareil encrassé, dont le son semble coupé par manque de pile, ou qui tombe en panne, le personnel comme le visiteur ne savent pas toujours comment réagir.
La formation, ça marche !
Aujourd'hui, plus de 8 soignants sur 10 expriment le besoin d'être formés sur les technologies auditives (86,2 %), l’entretien et le nettoyage des aides (84 %) ou encore les tactiques d’écoute et de communication (80 %). Les résultats d'un tel accompagnement sont spectaculaires ! Une étude pilote, menée dans 41 Ehpad des Hauts-de-France par l’équipe de Christian Renard, a révélé qu'initialement seuls 18 % des patients portaient correctement leurs appareils. Après une action structurée de formation et d'intégration de l'audition dans les plans de soins, la même étude répétée cinq ans et demi plus tard affiche un bilan remarquable : 86 % de port des aides auditives, y compris chez des patients en unité protégée Alzheimer.
Le Plan National « Audition & Grand Âge » en action
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- Communiquer avec les personnes malentendantes (se placer de face, articuler).
- Repérer les personnes qui souffrent de surdité.
- Manipuler et mettre en place une aide auditive correctement.
- Entretenir l'appareillage (changer les piles, nettoyer l'embout).
- Dépister la présence de bouchons de cérumen dans l'oreille.
Appel à la mobilisation générale
Parrainé par le ministère des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, et soutenu par les syndicats professionnels, les sociétés savantes ainsi que les réseaux d’audioprothésistes, ce plan mobilise déjà plus de 120 professionnels à travers toute la France. Sur le terrain, ces experts seront bientôt épaulés par les 300 étudiants en audioprothèse français qui doivent réaliser leur stage de gérontologie. Cette dynamique de prévention sera également renforcée par l'implication des étudiants en santé, issus des filières médicales (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie) et paramédicales (soins infirmiers, masso-kinésithérapie...) dans le cadre de leur service sanitaire. L’audition de nos ainés est l’affaire de tous.
