23 juillet 2020

Masques : des solutions accessibles

Le port du masque a compliqué la vie des malentendants : voix moins audible, lecture labiale impossible… Heureusement, des solutions émergent.

Par Bruno Scala
masque conversation difficulte2

Depuis le 20 juillet, le port du masque est devenu obligatoire dans la plupart des lieux publics. Une disposition qui complique encore un peu la tâche des personnes sourdes ou malentendantes (mais pas que), comme nous l’expliquions dans notre article Masque : un manque de transparence. Pour communiquer, les malentendants s’appuient en effet beaucoup sur la lecture labiale, qui n’est plus possible avec des masques classiques.

C’est pour cette raison que plusieurs initiatives, en France et à l’étranger, ont émergé, afin de fabriquer des masques transparents, qu’il s’agisse de visières ou de masques en tissu avec fenêtre, sur le modèle inventé par la médecin américaine, Anne McIntosh, sourde, et qui a commercialisé le Communicator en 2017. Ces masques ne sont pas encore considérés comme des « masque à usage non sanitaire » au regard de la note interministérielle du 29 mars 2020, mais une nouvelle version de cette note, en cours de signature et étendant cette définition aux masques à fenêtre, devrait être publiée dans les prochains jours. « Nos efforts depuis le mois de mars, avec beaucoup d'acteurs dans le domaine notamment la Fondation pour l'audition, le Comité interministériel du handicap... ont permis de mettre en route cette nouvelle mise à jour, se réjouit Nathalie Birault, fondatrice d’Odiora, société qui fabrique le Masque Sourire. Avoir réussi cela est pour nous un grand pas vers l'inclusion dans notre société. »

Initiatives de malentendants

Aujourd’hui, plusieurs masques à fenêtre ont passé avec succès les tests de la Direction générale de l’armement (DGA). Outre le fait que cette validation est indispensable pour qu’ils puissent être qualifiés de masques UNS (usage non sanitaire) ou « grand public », elle prouve les capacités de filtration et de respirabilité du produit. Le Masque Sourire d’Odiora a obtenu cette validation mi-juillet (UNS 2, soit une filtration minimum de 70 % des particules de 3 µm de diamètre). Une « belle satisfaction » pour Nathalie Birault, qui travaille sur le projet depuis le début du confinement, en mars : « Avoir la certification rassure nos clients et nous ouvre aussi certains marchés ». L’entreprise revendique « une démarche responsable et inclusive, en circuit court et un masque 100 % fabriqué à Lyon ».

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Le Masque Sourire (et les bijoux) d'Odiora.

Le concept est similaire du côté du Masque Inclusif et, là aussi, à l'initiative d’une malentendante, Anissa Mekrabech. La Toulousaine s’est associée à deux entrepreneuses, sa sœur et une amie, et a lancé la production du masque avec APF Entreprises, un réseau d’entreprises adaptées et d’établissements et services d’aide par le travail (Esat). La masque inclusif a également passé les tests de la DGA.

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Le Masque Inclusif, imaginé par Anissa Merkabech et produit par APF Entreprises.

Quant à l’association LSF PI Tous, elle s’est rapprochée de l’entreprise adaptée LUXE&ELLES pour produire un masque à fenêtre, également validé par la DGA.

Un masque durable

Mais les masques à fenêtre ne sont pas la seule option pour profiter de la lecture labiale. Si les visières simples ne protègent que des projections et sont donc moins recommandées, une entreprise haut-savoyarde, Precise France (une filiale du groupe Pracartis), a développé un masque entièrement transparent et durable. Spécialisée dans l’industrie automobile et aéronautique, l’entreprise a adapté le concept de filtre à particules de voiture à la confection de masque. « Une idée qu’a eue Alain Auffret, directeur technique de l’entreprise, pendant le confinement, afin de venir en aide aux soignants », raconte Juliette Chambet, directrice de la communication de Pracartis. Le Precimask est en effet utilisable à l’infini : la filtration est assurée par de la céramique. « Il faut voir cela comme un labyrinthe, ou une pierre ponce, explique Juliette Chambet : le flux d’air passe dans ce labyrinthe où les particules contenant le virus restent coincées. » Ainsi, il est uniquement nécessaire de nettoyer ces filtres céramique régulièrement ; aucun achat de consommable n’est nécessaire. En fonction du besoin, il est possible d’opter pour un filtre plus ou moins performant. Les masques avec des filtres équivalents à un masque chirurgical (particule de 3 µm) seront prêts et commercialisés en octobre. Un produit novateur qui intéresse en particulier les médecins, les dentistes, mais aussi les orthophonistes.

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Le Precimask développé par Pracartis

Autre produit novateur : HelloMask, développé par la start-up suisse HMCARE. L’entreprise a conçu un polymère transparent, mais également poreux, facilitant ainsi la respiration. Le tissu ainsi fabriqué laisse des interstices d’une centaine de nanomètres, offrant ainsi une qualité de filtration bien supérieure aux recommandations, équivalente aux masques chirurgicaux. La commercialisation est prévue début 2021. Il s’agit toutefois d’un masque à usage unique.

HelloMask
Le masque en polymère transparent HelloMask, de HMCARE.

Visage et voix masquées

La mise sur le marché de ces masques transparents est une bonne nouvelle mais ils ne supplanteront pas tout de suite les masques classiques. Or, ces derniers, outre de cacher totalement le bas de visage, provoquent non seulement une variation du volume de la voix du porteur, mais aussi une diminution de ses capacités d’articulation. Constatant ce problème, le fabricant GN Hearing a décidé de réagir en proposant une approche à ce problème : l’entreprise a développé un réglage d’aide auditive spécifique pour améliorer la compréhension de la parole des personnes masquées. « Il ne s’agit pas simplement d’augmenter l'amplification, explique Jean-Baptiste Lemasson, responsable Audiologie chez GN Hearing France, qui a conçu ce programme. On note en effet une diminution de l’intensité de 3 à 4 dB dans les fréquences aiguës – et il faut donc augmenter l’amplification pour ces plages – mais la voix d’une personne masquée est étouffée et peut être reconnue comme un bruit par certains algorithmes de traitement du signal. »

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Le spectrogamme enregistré lors de la prononciation de la phrase "Bonjour, que puis-je pour vous aujourd'hui ?" montre une perte d'intensité dans les fréquences aiguës.

Ainsi, l’audioprothésiste propose, dans le cadre d’un nouveau programme (basé sur le programme « universel »), non seulement d’augmenter le gain des sons faibles (G50) de 3 ou 4 dB sur la plage 1 500-8 000 Hz, mais aussi de jouer sur la directivité, en élevant le point de flexion fréquentiel à 1 500 Hz. Enfin, afin que la voix ne soit pas considérée comme un bruit, il conseille de régler l’expansion sur « léger » (voir encadré pour le détail). Le patient pourra ainsi passer du programme « universel » au programme « masque » via son smartphone ou les boutons de ses aides auditives. En outre, Jean-Baptiste Lemasson conseille aux professionnels de santé masqués de bien accentuer leur articulation et de forcer un peu leur voix.

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