09 Octobre 2026

« Mieux réguler plutôt que se lancer dans des expérimentations hasardeuses »

Face à la proposition d’un financement unique de l’audioprothèse par les complémentaires, le SDA a publié le 6 octobre une analyse qui souligne les risques d’un tel changement et propose des pistes d’amélioration pour le secteur. Retour sur ce document avec Luis Godinho, vice-président en charge des affaires publiques du SDA. 

Propos recueillis par Stéphane Davoine
Luis Godinho president du Syndicat des audioprothesistes

Qu’est-ce qui motive votre opposition à un possible transfert de l’audioprothèse aux complémentaires tel que le préconise la mission sur l’articulation entre assurance maladie obligatoire et complémentaires santé ? 

L’appareillage auditif est une intervention de prévention dont le retour sur investissement est très élevé, comparable à celui de la vaccination : selon une étude de chercheurs de l’OMS, dans les pays à revenus élevés, chaque dollar investi produit en dix ans jusqu’à 37 dollars de bénéfices. Ce rendement exceptionnel s’explique parce que la compensation du déficit auditif – lorsqu’elle est bien faite – limite l’isolement et la dépression. Elle permet ainsi de freiner le déclin cognitif et contribue à réduire le risque de démence. Cet impact positif de l’appareillage est totalement cohérent avec les recommandations des pouvoirs publics et des instances internationales telles que le FMI de concentrer les moyens sur la prévention de la perte d’autonomie. Et dans un contexte où les générations du baby-boom arrivent progressivement à l’âge de la perte d’autonomie et de l’appareillage, les expérimentations hasardeuses sont à proscrire. Ainsi nous estimons que l’amélioration des rendements économiques et sanitaires passe non pas par un changement du mode de financement mais par une meilleure régulation. Celle-ci repose sur l’Assurance maladie et les pouvoirs publics, qui fixent notamment les tarifs et les prix limites de vente par l’intermédiaire du Comité économique des produits de santé. 

Quelle est l’approche du SDA pour améliorer la régulation du secteur ? 

À moyen terme, il s’agit de faire évoluer le cadre conventionnel avec l’Assurance maladie afin de favoriser les bonnes pratiques. Parmi elles, il y a la mise en place des enquêtes de satisfaction prévues dès 2018 avec le 100 % Santé et jamais mises en œuvre, ou encor l’obligation, opposable, d’inviter chaque patient à un suivi au moins biannuel : ce suivi est recommandé, mais rien ne permet aujourd’hui de vérifier qu’il est systématiquement proposé. Nous préconisons également de réguler l’installation pour rééquilibrer la présence d’audioprothésistes au profit de zones sous-dotées. La coordination antifraude en liaison avec les complémentaires est bien sûr également soutenue par le syndicat. Nous poussons ces actions et règles de bonnes pratiques depuis longtemps. Elles nécessitent maintenant la création d’un cadre déontologique porté par un Ordre des audioprothésistes ou, à défaut, par une autorité administrative. Voilà en résumé ce qui nous parait justifié plutôt qu'un éventuel changement de financeur qui induirait des risques de perte de chance pour les patients. 

À plus court terme, vous ciblez également la publicité. Pour quelles raisons ? 

Cette semaine, on a encore vu des spots publicitaires qui mettent en avant des remises de 50 % sur le prix des aides auditives. Cette communication est délétère pour diverses raisons. D’abord, elle fait passer pour un bien de consommation ce qui est un service de santé. Ensuite, elle peut inciter les patients à croire que seule compte l’aide auditive et que celle-ci ne requiert pas l’intervention d’un professionnel. Alors que l’appareillage implique au contraire que l’aide auditive soit sélectionnée selon des critères précis, qu’elle soit correctement réglée et que le patient bénéficie d’un suivi. Donc à court terme, il faut reprendre la question de l’encadrement de la communication publicitaire afin de combattre ces dérives commerciales. 

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