Vers une extension d'indication de l'implant cochléaire ?

De nouvelles études pour amener à une extension d'indication de l'implant cochléaire pour les patients souffrant de surdité unilatérale avec acouphènes invalidants.

Par le Pr Mathieu Marx1
mathieuMarx

Il y a maintenant plus de 10 ans, le Pr Paul Van de Heyning (hôpital universitaire d’Anvers) rapportait les résultats de la première série de patients implantés cochléaires pour un acouphène invalidant associé à une surdité profonde unilatérale2. Cette publication faisait état de l’amélioration moyenne très significative, sinon spectaculaire, d’un symptôme dont on sait combien il détériore la qualité de vie et le fonctionnement quotidien.

De nombreux travaux ont suivi cette expérience pionnière, et tous ont pour singularité d’évaluer l’intérêt d’une innovation de transfert. Il n’y a en effet d’innovation ni dans le dispositif médical, déjà connu, ni dans sa mise en place, globalement standardisée, mais bien dans l’extension de ses indications à une nouvelle population de patients. L’objectif de l’implantation n’est plus de restaurer les capacités de discrimination de la parole mais de masquer l’acouphène séquellaire de la surdité. Et cet objectif se retrouve atteint pour 70 à 90 % des patients inclus dans la plupart des séries considérées.

Cette innovation de transfert s’est rapidement vu assigner l’objectif complémentaire de restaurer l’audition binaurale des patients sourds unilatéraux, gênés au quotidien pour la localisation spatiale du son et la discrimination de la parole dans le bruit. Les résultats dans ce domaine apparaissent plus controversés, l’implant se comportant comme un soutien aux compétences de la bonne oreille, sans que les performances moyennes atteignent pour autant le niveau de référence des normo-entendants. La principale limite des travaux en question réside dans l’absence de groupe ou de condition contrôle permettant de s’assurer que l’effet, s’il est observé, est bien attribuable à l’implantation.

C’est à ces failles méthodologiques que se sont attaquées plusieurs équipes françaises depuis le début des années 2010 en proposant deux études multicentriques ayant permis à plus de 75 patients atteints de surdité profonde unilatérale de bénéficier d’une implantation cochléaire. L’équipe menée par la Dr Poncet-Wallet démontre ainsi que l’effet sur l’acouphène est bien lié à une stimulation auditive effective réalisée par l’implant cochléaire (lire notre cas clinique Acouphènes et orthophonie). L’amélioration du symptôme est observée chez 90 % des patients et se révèle très significative pour plus de la moitié d’entre eux3. La recherche médico-économique conduite dans la deuxième étude confirme que cet effet conduit à une amélioration globale de la qualité de vie, qui peut être jugée coût-efficace4. D’un point de vue médico-économique, l’amélioration de la qualité de vie mesurée justifie donc le coût total engagé par l’implantation cochléaire. La recherche française en audiologie aura apporté sa pierre à l’édifice, en démontrant de manière robuste l’efficacité globale de l’implant cochléaire sur cette pathologie si invalidante.

À présent, il revient aux industriels de finaliser la demande d’examen de cette extension d’indication par la Haute autorité de santé. Les patients attendent…

Les propos tenus dans les tribunes sont sous la responsabilité de leurs auteurs et ne reflètent pas forcément l’opinion d’Audiologie Demain.

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