Lorsque vous avez été élu à la tête du SDA, en septembre 2022, vous nous aviez accordé une interview, que nous avions titrée « Notre priorité au SDA, c’est le décret de compétences ». Quatre ans plus tard, où en est-on ?
En 2025, on a vu deux propositions de loi – celles du sénateur Philippe Mouiller et du député François Gernigon – qui contiennent un article visant à créer un décret de compétences. L’idée qu’on a défendue a donc été reprise par les parlementaires. Malheureusement, on n’est pas encore allé jusqu’à l’adoption, pour des contraintes d’agenda, mais on a avancé.
Toujours à l’époque, le SDA avait publié un communiqué de presse dans lequel il ne se prononçait pas clairement en faveur d’un ordre, mais invitait plutôt à la réflexion autour de sa création. Vous êtes aujourd’hui plus tranché...
Oui, nous sommes favorables à l'ordre mais nous estimons que ça n’est pas une fin en soi. Simplement, on ne voit pas d’autres solutions. Aujourd’hui, la situation n’est pas satisfaisante : on constate une dispersion des organes de contrôle (ANSM, ARS, DGCCRF, CPAM, complémentaires...), un manque de connaissance de ces derniers concernant le métier, son exercice, certains termes techniques, les subtilités juridiques... Un ordre, grâce auquel les pairs sont jugés par les pairs, serait une bonne solution. Il permettrait de nous doter d’un code de déontologie et du décret de compétences.
Ce décret de compétences est aussi un moyen de lutter contre l’exercice illégal, une autre de votre priorité depuis 4 ans...
Le décret de compétences s’inscrivait en effet dans la lutte contre la fraude. Et sur ce point, les objectifs ont en grande partie été atteints pendant mon mandat. Nous avons été la première profession de santé à balayer devant sa porte. Parmi les trois professions du 100 % Santé, le SDA est le seul syndicat à avoir prévu les risques de fraude et à l’avoir dénoncée dès que nous en avons eu connaissance. Nous n’avons pas du tout tenté de la dissimuler, au contraire, nous l’avons fortement médiatisée. Nous avons même alimenté l’Assurance maladie et les ARS, nous leur avons montré où mettre la focale. Et avoir participé à la lutte contre la fraude est vraiment quelque chose dont je suis fier.
L’autre axe que j’ai suivi pendant ces 4 ans, c'est l'information et la pédagogie auprès de nos adhérents et au-delà. Nous avons donné le la, en l’absence d’ordre, des bonnes et mauvaises pratiques au regard de la règlementation. Beaucoup d’audios ont ainsi modifié leur façon d'exercer dans le bon sens. C’est aussi une fierté.
Nous avons été la première profession de santé à balayer devant sa porte.
Pendant ce mandat, et alors que l’entente intersyndicale semblait bonne suite à la mise en place du 100 % Santé en audiologie, ces relations se sont crispées...
Soyons précis. Pour le 100 % Santé, il y a eu un travail collaboratif. On a avancé tous ensemble dans l’intérêt du public et de la profession, mais dans les coulisses, il y a eu une divergence de points de vue, notamment sur les prix.
On a aussi su travailler ensemble face aux ORL sur la délégation de tâches dans les zones sous dotées. Le Synam et le SDA sont d’ailleurs, depuis le début, impliqués dans le projet d’article 51 élaboré par le gérontopôle des Pays de la Loire.
Concernant la crispation des relations, je ne sais pas si c’est une histoire syndicale mais je constate que d’année en année, les unes après les autres, des enseignes font le choix de ne plus venir au congrès organisé par le SDA, et on peut se poser la question de cette décision.
Il y a quatre ans, vous questionniez la délégation de tâches. Est-ce que cela a avancé ?
Dans le débat public, oui. La question s’est posée avec les ORL. Dans le cadre de l’article 51 élaboré par le gérontopôle des Pays de la Loire aussi. Il y a également eu une question au gouvernement sur ce sujet récemment – sans réponse à ce jour. Tout prend du temps ! La mise en place et les négociations du 100 % Santé ont pris quelques années, la négociation de la convention aussi...
Cette convention est aussi à inscrire au bilan de votre mandat.
Oui, la précédente datait de 1992. La nouvelle convention s’est faite un peu dans la foulée du 100 % Santé. Et là non plus, il n’y a pas eu d’union sacrée entre les syndicats. On a eu des positions divergentes, notamment sur les articles 15 (concernant la publicité) et 14 (sur le nombre de centres dans lesquels un audio peut exercer).
Sur le fonctionnement du syndicat, est-ce que des changements ont été opérés au cours du mandat ?
En interne, nous avons un peu modifié nos statuts et créé notre règlement intérieur. Ça nous a permis de travailler en groupes de réflexion et donc de faire davantage participer nos membres, de façon plus collégiale.
Vous laissez la main à Stéphane Gallégo, membre du syndicat depuis 2019.
Stéphane est très légitime auprès des audios car il est en activité, il a été directeur d’enseignement, il connait le versant recherche, celui des fabricants aussi. Et depuis 3-4 ans, aux côtés de Luis Godinho et moi, il s’est formé aux aspects règlementaires. C’était le candidat naturel.
De mon côté, je vais continuer de travailler sur les textes règlementaires, le juridique, et sur les données. Des chiffres et des lettres !

