« Vous êtes une des rares professions de santé dotées de syndicats et d’un collège, mais sans société savante. Vous ne pourrez pas faire l’économie d’une réflexion sur la création d’une telle instance. » Cette prescription du Pr Lionel Collet, président de la Haute autorité de santé, lors de l’édition 2024 de l’EPU en audioprothèse, n’est pas restée sans écho. Un an plus tard, la Société scientifique d’audioprothèse (SSA), fondée à la fin des années 1960 et longtemps en sommeil, reprend officiellement vie.
Un héritage fort
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Pendant plusieurs décennies, la belle endormie est restée juridiquement active mais sans réelle activité. Elle comptait toutefois encore deux gardiens du temple : Éric Bizaguet et François Le Her, aujourd’hui présidents d’honneur de la structure réactivée. « Ils ont eu la volonté de la ranimer, à plusieurs reprises, comme au moment du rapport Igas sur la filière auditive [2022] », commente Christian Renard.
Il manquait une entité transpartisane, ni syndicale ni académique (...).
Christian Renard, président de la SSA
Un contexte favorable
Plusieurs signaux ont accéléré son réveil à l’automne 2025 et notamment les appels du pied de personnalités du secteur, comme Lionel Collet lors du dernier EPU ou encore de la Pr Cécile Parietti-Winkler, présidente du Collège d’ORL et de CCF et codirectrice de l’école de Nancy : « La discipline est à un virage. À quand une société française d’audioprothèse ?! Vous avez tous les ingrédients », avait-elle affirmé, au cours du même évènement (lire l'encadré). La demande émanait d’autres instances – la HAS, la SFORL – souhaitant disposer d’un interlocuteur scientifique pour la profession, à même de répondre à des missions ne relevant pas du Collège ou des syndicats, comme la rédaction de recommandations... « Il manquait une entité transpartisane, ni syndicale ni académique, capable de participer à la préparation des programmes scientifiques des évènements du secteur et de répondre aux sollicitations sur les sujets de recherche notamment », explique Christian Renard.
La réaction de la Pr Cécile Parietti-Winkler
« C'est une étape logique dans une profession en pleine structuration, commente la présidente du Collège d’ORL et de CCF et codirectrice l’école de Nancy. En particulier, dans la perspective d’une création éventuelle d’un ordre. Il est important que l’audioprothèse, comme toute discipline de santé, se dote d’une instance dédiée à la veille scientifique, à l’éthique et à la réflexion concernant les bonnes pratiques.
À ce titre, l’une de ses missions serait justement l’élaboration de recommandations de bonnes pratiques. Compte tenu de l’évolution récente du secteur, c’est une démarche nécessaire pour répondre à l’exigence d’appareiller mieux, plutôt que d’appareiller plus. »
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Un exercice qui trouvera matière à réflexion chez les ORL qui disposent d’une société savante – la SFORL – et d’un Collège –, aux côtés d’un syndicat – le Snorl. « Leurs missions sont complémentaires ; ces instances professionnelles sont amies et unies, mais pour autant bien distinctes, chacune respectant les prérogatives des autres, ce qui assure un fonctionnement fluide et bienveillant du CNP ORL qui les chapeaute, explique-t-elle. Pour que ce soit un succès, et c'est tout ce que je souhaite à la discipline audioprothèse, il faut que la SSA trouve sa juste place au milieu des autres organes professionnels déjà existants (CNA, CCFUA, syndicats professionnels). Elle saura relever ce défi ! Bienvenue à la SSA ! »
Le contexte dans lequel baigne le secteur ces dernières années et les profondes mutations en cours ont achevé d’emporter la décision. Plutôt que de créer une nouvelle structure, le choix a été fait de ranimer la SSA, forte de sa légitimité historique et de ses statuts d’origine. Les nouveaux ont été déposés, un nouveau bureau et un conseil d’administration créés (lire l’encadré à la fin de l'article) ; sa présentation officielle a eu lieu lors de l’EPU 2025.
Une société indépendante et transpartisane
Bien qu’elle soit officiellement lancée lors de l’évènement organisé par le CNA et relancée sur l’impulsion de Matthieu Del Rio, son président, et d’autres collégiens, la SSA 2.0 « n'est pas destinée à être un collège bis », assure Christian Renard. « On ne va pas faire la révolution, poursuit-il. C’est une instance totalement indépendante, au service de la profession dans toutes ses composantes. Elle travaillera main dans la main avec le CNA et les syndicats, sans empiéter sur leurs prérogatives. » Elle les complétera.
Sa composition, fruit d’une réflexion menée « sans aucune pression », se veut représentative de tout l'écosystème et « équilibrée » à plus d’un titre : générationnel, de genre, de sensibilité syndicale et de mode d’exercice. Christian Renard insiste : « Je ne suis pas le plus scientifique de la bande, mais je porte une vision transpartisane de notre profession et je veux fédérer, motivé par l’intérêt commun. Ma mission est de proposer à tous les audioprothésistes français, quels que soient leurs lieux et modalités d’exercice, et même aux étudiants, de participer aux travaux de la SSA, au travers de groupes de travail, de commissions... »
Une étape forte pour la profession
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