22 Mai 2026

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« Sur notre marché, la différenciation passe par la qualité du parcours patient »

Un peu plus d'un an après sa prise de fonction, Jacopo Scandella revient sur une année 2025 marquée par une croissance inférieure aux niveaux historiques pour le secteur de l’audition. Pour s’imposer dans un marché de plus en plus exigeant, le patron d’Amplifon France mise sur la qualité de l’expérience patient, la montée en compétences des équipes et une approche scientifique renforcée.

Propos recueillis par Ludivine Aubin-Karpinski
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Jacopo Scandella, directeur général d’Amplifon France

Comment qualifieriez-vous l’année 2025 pour l'audioprothèse ?

À l’échelle mondiale, le marché reste en croissance, mais à un rythme plus modéré par rapport aux niveaux historiques du secteur. En France, la dynamique a été soutenue, portée par la vague de renouvellement des premiers patients ayant bénéficié du dispositif 100 % Santé, tendance qui devrait se poursuivre en 2026.

Le marché français se distingue à plusieurs égards : le taux d'appareillage y figure parmi les plus élevés en Europe, mais la concurrence est particulièrement forte, avec une multiplication des centres et une grande diversité d’acteurs. Toutes les typologies d'enseignes y sont représentées. Dans ce contexte, les patients se montrent de plus en plus attentifs au service rendu. Sur notre marché, la différenciation passe par la qualité du parcours patient. C’est dans cette logique que nous avons investi temps et ressources dans la recherche l’année passée.

Vous évoquez un marché très concurrentiel. Après des années marquées par de nombreuses acquisitions, les enjeux se déplacent-ils aujourd’hui vers la fidélisation des audioprothésistes ?

Absolument. Les audioprothésistes sont au cœur de l’expérience patient, donc de notre stratégie. Notre priorité est qu’ils se sentent engagés et épanouis au sein du réseau. Cela repose sur trois piliers : un environnement de travail positif, porté par un véritable esprit d’appartenance, des outils concrets pour les accompagner efficacement au quotidien et un investissement massif dans la formation. Plus de 45 000 heures d’enseignements ont été dispensées l’an dernier, et nous irons encore plus loin en 2026. C’est essentiel pour développer les compétences et maintenir un haut niveau d’expertise.

Quelle est votre feuille de route en termes de développement du réseau ?

Avec plus de 750 centres, nous bénéficions d’un maillage territorial solide. Nous restons évidemment à l’écoute des opportunités de développement, mais notre priorité est d’augmenter la performance de nos centres et de renforcer la qualité de l’expérience patient. Il peut exister des zones où le recrutement est plus complexe, mais globalement ce n’est pas un enjeu majeur pour nous aujourd’hui.

En 2025, vous avez noué un partenariat avec l’Institut reConnect. Il poursuit la démarche engagée par Amplifon France d’exploitation de ses données. Quels enseignements en tirez-vous ?

C’est un parcours qui a commencé par l’analyse big data des données audiologiques de plusieurs dizaines de milliers de patients. Notre objectif est de mieux comprendre les liens entre nos pratiques dans nos centres et les résultats obtenus par les patients, en termes d’amélioration de leur compréhension, afin d’optimiser notre approche audioprothétique. Une première étude publiée en 2025 a permis de mettre en évidence les principaux facteurs prédictifs de l’efficacité du résultat prothétique, notamment le choix de l’équipement, l’observance du port et la qualité du stéréo-équilibrage. Ces travaux ont constitué un socle scientifique essentiel pour faire évoluer nos pratiques.

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Sur cette base, afin de formuler des recommandations cliniques concrètes aux audioprothésistes Amplifon, nous avons développé une approche différenciée par profil de patients. Nous avons ainsi identifié huit typologies et construit, pour chacune, un parcours entièrement personnalisé, du bilan initial jusqu’au suivi dans la durée. C’est ce cadre structuré et fondé sur les données que nous avons appelé la méthode Amplifon. Une deuxième étude, publiée récemment dans la revue Audiology & Neurotology, montre que 93 % de nos patients constatent une amélioration significative de la compréhension, dans le bruit et/ou le silence, ce qui valide notre méthode.

Cette approche spécifique à Amplifon a été déployée dans l’ensemble de notre réseau, accompagnée d’une formation complète des équipes et associée à des outils dédiés. Nous l’avons également largement relayée via une campagne de communication nationale, y compris en télévision. La méthode est très bien perçue en interne car elle valorise le travail des audioprothésistes et démontre qu’ils évoluent dans une enseigne qui place réellement la qualité et les besoins du patient au cœur de son modèle. Non seulement elle produit des résultats mesurables en termes de satisfaction des utilisateurs, y compris dans les cas complexes, mais elle contribue également à améliorer les performances de nos centres. La deuxième étude vient d’ailleurs consolider ces enseignements.

Notre objectif est clair : demeurer la marque préférée des patients, des audioprothésistes et des ORL.

Cette proximité avec la communauté scientifique est-elle propre à la France ?

Elle fait partie intégrante de l'ADN du groupe. Partout où nous sommes présents, nous cherchons à construire des relations solides avec la communauté médicale et scientifique. En France, ces liens sont particulièrement développés, notamment à travers des travaux communs et des actions de formation qui apportent de la valeur à l’ensemble de la filière. Cela nous confère une responsabilité particulière, celle d’inspirer le reste du groupe. Les initiatives que nous lançons ici, notamment en matière de recherche et d’études, ont vocation à être déployées dans d’autres pays. La collaboration que nous avons mise en place avec l’institut reConnect en est un bon exemple.

Vous avez également engagé un processus de labellisation de l’utilisation de la méthode Amplifon...

En effet, il nous semblait essentiel d’obtenir la validation par un organisme indépendant de la bonne application de la méthode Amplifon au sein du réseau. Aujourd’hui, plus de 750 centres sont ainsi labellisés par Bureau Veritas. Cela a nécessité un important investissement de nos équipes mais cette certification permet à la fois de mettre en valeur la qualité de leur travail et de renforcer la confiance des patients, en leur garantissant une prise en charge personnalisée et efficace sur l’ensemble du territoire. C’est un élément fort de différenciation.

Quelles sont vos ambitions pour les années à venir ?

La France est un marché clé pour le groupe. Notre réseau est déjà l’un des plus importants en termes de chiffre d’affaires, et nous avons l’ambition de renforcer encore notre leadership à moyen terme. Pour cela, notre objectif est clair : demeurer la marque préférée des patients, des audioprothésistes et des ORL. Cela passe par une exigence élevée, aussi bien au sein de notre réseau que dans l’accompagnement de nos patients, qu'au niveau des fonctions support au siège. Nous devons rester agiles, continuer à attirer les talents et accélérer notre transformation.

Dans ce contexte, la différenciation par la pratique et une approche scientifiquement validée constituent des leviers essentiels de notre développement. Et cela oblige à prendre des décisions au quotidien. Dans un marché qui évolue rapidement, il faut tester, avancer, ajuster en permanence. C’est cette dynamique d’innovation et d’exigence que je souhaite continuer à insuffler.

Le secteur ne manque pas de sujets réglementaires. Quel est celui qui vous semble prioritaire ?

Le 100 % santé a permis d’augmenter significativement le taux d’équipement, ce qui démontre son efficacité. La priorité est de préserver cet acquis. Pour cela, il est crucial de mieux valoriser le rôle de la filière auprès des pouvoirs publics, en mettant en avant les bénéfices apportés aux patients aujourd’hui, mais également demain dans un contexte de vieillissement de la population. Dans cette optique, nous devons adopter une approche plus collective et renforcer la pédagogie.

Mais le véritable enjeu, selon moi, est d’avancer en matière de prévention. Le 100 % Santé n’a pas eu d’incidence sur l’âge du premier appareillage, encore trop tardif. Nous devons collectivement promouvoir le dépistage précoce et sensibiliser à l’importance de la santé auditive dans le bien vieillir. Le lien entre audition et cognition est désormais bien documenté, mais reste trop peu intégré dans les pratiques. Les audioprothésistes, en tant que professionnels de santé de proximité, bien ancrés dans leurs territoires, ont un rôle essentiel à jouer dans la prévention.

Le groupe Amplifon a annoncé récemment l’acquisition de GN Hearing. Qu'est-ce que cela va changer pour le marché français ?

Lors de l'annonce de l'accord, notre direction s'est largement exprimée sur les avantages de cette opération pour l'ensemble des parties prenantes. Nous sommes dans la phase d'obtention des autorisations réglementaires, et je ne suis pas en mesure d'en dire davantage.

Cependant, je peux affirmer que nos équipes en France restent pleinement mobilisées sur leur mission : accompagner les patients en leur proposant les meilleures solutions auditives dans un marché porté par l’innovation et l’amélioration continue de l’accès aux soins. 

Audiologie Demain
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