27 Avril 2026

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« Nous achevons actuellement le suivi d’ACHIEVE sur six ans »

En 2023, les premiers résultats de l’essai clinique ACHIEVE, lancé en 2015, sont publiés. Son premier objectif consistait à déterminer si l’appareillage permet de freiner le déclin cognitif lié à l’âge. Autant dire que les résultats étaient attendus. Retour sur la mise en oeuvre de cet essai clinique initié par le Pr Frank Lin, avec la chercheuse Jennifer Deal, qui a participé à son lancement et le dirige aujourd’hui.

Propos recueillis par Bruno Scala
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Depuis quand Frank Lin réfléchissait- il à la mise en place de cet essai clinique ?

Frank a très tôt compris qu’il était nécessaire de mener un essai et il réfléchissait à la façon dont nous pourrions lancer cela en parallèle des études observationnelles que nous menions et sur lesquelles nous avons beaucoup publié. C’est à peu près au moment où j’ai commencé à collaborer avec Frank Lin, il y a environ 10 ans, qu’il a obtenu un financement du NIA, le National Institute on Aging, pour planifier un projet pilote pour l’essai ACHIEVE.

Cet essai nécessitait la constitution d’un groupe de malentendants non équipés d'aides auditives, et ce, pour plusieurs années. Cela posait- il un problème éthique ?

Non, pas vraiment. Nous avons conçu l’étude à dessein pour qu’elle ne soit pas axée sur l’audition, mais plutôt sur la santé cognitive. C’est comme ça que nous l’avons présentée aux volontaires. Par ailleurs, à l’époque, il n’existait pas d’appareils auditifs en vente libre (OTC). Ainsi, pour des raisons financières, peu de personnes cherchaient des soins auditifs par elles-mêmes. Éthiquement, il était donc acceptable de proposer une éducation à la santé comme contrôle. Nous offrions toujours quelque chose – le fait qu'il ne s'agisse donc pas d'un groupe contrôle négatif ne recevant rien nous a d'ailleurs été reproché. Nous avons aussi précisé aux volontaires qu’ils pourraient changer d’intervention à la fin des trois ans de l’étude.

L’étude porte sur deux sous populations. L’une issue de la cohorte ARIC, constituée de patients a priori plus fragiles, et l’autre composée de nouveaux patients. Pourquoi avoir choisi de procéder ainsi ?

Une partie du succès repose sur l’exploitation de la cohorte ARIC, constituée des patients que nous suivions depuis longtemps dans le cadre d’études observationnelles. Si nous étions partis de zéro, nous n’aurions pas obtenu de tels résultats. En outre, cela nous a permis de recruter plus facilement. Par ailleurs, je pense qu’il est important de prendre soin des volontaires. Les inclure dans cette étude interventionnelle était aussi une façon de leur témoigner notre gratitude.

Pour l’analyse principale, les résultats se sont avérés différents pour les deux sous-populations. Est-ce que vous vous y attendiez ?

Nous avions des raisons de le soupçonner, c'est pourquoi nous avons inclus cette analyse de sous-groupes.

Le fait que nous avons observé un effet de l’appareillage sur un seul groupe a suscité beaucoup d’intérêt, que ce soit des critiques ou simplement une envie de comprendre et expliquer cet effet unique.

Certains chercheurs ont exprimé des inquiétudes quant à la validité globale des résultats de l'essai car le fait d'avoir observé un effet positif dans un seul groupe d'individus rendait l'interprétation des résultats difficile.

Des acteurs ont pu interpréter les résultats de façon un peu abusive...

Il y a sans doute des gens qui ont communiqué une lecture biaisée des résultats, mais je pense que la majorité des audiologistes ne raisonnent pas ainsi et veulent agir pour le mieux dans l’intérêt de leurs patients. Cela dit, il est très difficile de traduire ces résultats aux patients. Quand on entend parler d'un risque de 50 % de pluie un jour donné, on a l'impression de bien comprendre. Ce que ce bulletin météo signifie concrètement, c'est que, sur les 100 derniers jours, lorsque les conditions barométriques étaient similaires à celles d'aujourd'hui, il a plu 50 jours. C'est pareil pour nos résultats. En moyenne, dans l'étude ARIC, nous avons pu démontrer une réduction de 48 % du risque de déclin cognitif sur 3 ans. Mais cela ne s'applique pas à chaque individu, c'est une moyenne générale.

Collaborer avec tous les acteurs concernés afin de garantir aux patients une information pertinente et une interprétation correcte de l'étude est un point essentiel pour moi. Je pense que c'est l'un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés actuellement concernant l'étude principale.

Toutefois, 3 ans, pour observer un déclin cognitif, c’est court.

Absolument, surtout chez des personnes en bonne santé. Mais le système de financement américain fonctionne de telle sorte que nous recevons généralement des subventions pour cinq ans. Évidemment, pour obtenir les subsides suivants, nous devons publier nos travaux. Le calendrier est donc en quelque sorte imposé par le financement. Ainsi, nous continuons de suivre nos patients et nous achevons actuellement le suivi sur 6 ans.

Est-ce que l’étude ACHIEVE a contribué à comprendre la nature des liens entre audition et cognition, d’un point de vue physiologique ?

Les essais randomisés fournissent des preuves solides de l'efficacité d'un traitement ou d'une intervention, mais ils ne sont pas conçus pour expliquer précisément le mécanisme d'action. Toutefois, nous avons pu recueillir des informations sur des mécanismes potentiels. J'espère que nous pourrons, à terme, contribuer à répondre à cette question.

Audiologie Demain
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