Dès 2021, les professionnels de l'audiologie soulignaient déjà la nécessité de ne pas réduire la réussite du 100 % Santé au seul nombre d’aides auditives délivrées. L’observance et le taux d'appareils dans le tiroir s’imposaient ainsi comme des indicateurs à suivre pour s’assurer de la qualité de la prise en charge. Cinq ans plus tard, cet enjeu reste entier, même si les premiers résultats sont encourageants.
Lors de la session consacrée à la santé auditive du 132e congrès de la SFORL, organisée sous l’égide des instances de l’audioprothèse, les acteurs de la filière ont en effet dressé un bilan globalement positif de la réforme, chiffres à l’appui. Selon l’étude EuroTrak France 2025, menée par l’Association européenne des fabricants d’aides auditives (Ehima), la France affiche un taux d’adoption de 55,5 %, le plus élevé d’Europe et 97 % des utilisateurs estiment que leurs appareils améliorent leur qualité de vie. Autre signal positif : la part des prothèses dans le tiroir est passée de 5 % en 2022 à 4 % en 2025. Benoît Roy, président du Synea, y voit la confirmation d’un système « performant » et appelle à en préserver les acquis. Mais pour les professionnels réunis au congrès de la SFORL, l'enjeu est désormais d'en améliorer l'exhaustivité et, surtout, la qualité. « Plutôt que de vouloir appareiller plus, il faut appareiller mieux », résume la Pr Cécile Parietti-Winkler, du CNP ORL.
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Repérer plus précocement
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La prévention passe aussi par une meilleure information du grand public sur les conséquences de la perte auditive, adaptée aux réalités sociales et territoriales. « On constate 15 ans de différence dans l'accès aux soins auditifs » entre les populations défavorisées et le reste de la population, rappelle le Pr Fraysse.
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De l’accessibilité à la pertinence

Celle-ci suppose aussi une meilleure coordination entre ORL et audioprothésistes. Le compte rendu audioprothétique, « idéalement standardisé », doit permettre au prescripteur d’évaluer les résultats et d’adapter la prise en charge si nécessaire. « Recevoir un compte rendu dans lequel figurent les résultats de la vocale avant/après est un élément majeur de lutte contre les pratiques non qualitatives », souligne le Pr Vincent. L’enjeu est d’instaurer un véritable retour d’information entre professionnels. « Pourquoi la collectivité paierait si le suivi n'est pas fait ?, interroge-t-il. Le moyen de se distinguer des mauvais praticiens, c'est d'envoyer un compte rendu de suivi systématique aux prescripteurs. »
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Reste à mieux mesurer les bénéfices de l’appareillage. La satisfaction déclarée ne suffit pas à évaluer l’efficacité de la prise en charge, estime le Pr Vincent. Les PROMs (mesures des résultats rapportés par les patients) pourraient compléter les tests audiométriques et aider à repérer les situations dans lesquelles le bénéfice attendu n’est pas au rendez-vous.
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Réduire les inégalités d’accès aux soins
Enfin, le deuxième acte du 100 % Santé doit mieux prendre en compte les publics restés à l’écart de la réforme. Parmi les « trous dans la raquette », les patients résidant dans les zones sous-denses, où l'accès aux prescripteurs reste parfois difficile. Le Pr Christophe Vincent appelle ses confrères à « mieux s’organiser pour donner aux troubles auditifs toute la place qu’ils méritent » et souligne la nécessité d'adapter les réponses aux réalités locales.
Pour réduire ces inégalités territoriales, la Pr Cécile Parietti-Winkler et Stéphane Gallego, président du SDA, ont présenté une piste d'expérimentation article 51 associant médecins traitants, ORL et audioprothésistes. Le dispositif ciblerait les personnes de plus de 70 ans, suspectes de presbyacousie, dans les zones où le délai de consultation dépasse six mois et où le prescripteur se trouve à plus de 45 minutes de leur domicile. Objectif : faciliter la primo-prescription sans compromettre la sécurité le parcours. Ce dispositif dérogatoire, encore en construction, devra préciser les garanties de qualité et de sécurité.
Autre angle mort : l'accès aux soins auditifs des malentendants en perte d’autonomie. Pour Stéphane Gallego, leur prise en charge sur leur lieu de vie reste « irréaliste », tandis que « l’aller vers » les résidents d’Ehpad « a un avenir réel ». C’est l’ambition d’une expérimentation menée dans le cadre de l’article 51 par le gérontopôle des Pays de la Loire, avec le concours du CNP ORL et des organisations professionnelles de l’audioprothèse. « Tout n’est pas fixé, mais le cadre global est posé », a indiqué la Pr Cécile Parietti-Winkler. Le projet prévoit un parcours coordonné, du repérage des troubles au suivi, avec une orientation médicale en cas de situation complexe. Plusieurs dérogations sont envisagées : interventions des audioprothésistes en Ehpad dans un cadre conventionné, audiométrie en amont du diagnostic médical et téléconsultation pour la primo-prescription, sur la base d’une audiométrie et d’une otoscopie réalisées par l’audioprothésiste. « On sera très vigilants sur les indications », insiste Stéphane Gallego.

