17 Novembre 2022

Un 128e congrès de la SFORL sous le soleil marseillais

La « capitale de la Provence » a été, l’espace de quelques jours, la capitale de l’ORL. Marseille a accueilli le 128e congrès de la SFORL du 14 au 17 octobre. Retour en images.

Par Ludivine Aubin-Karpinski et Bruno Scala

Une première en 140 ans

Pharo
C’est la première fois depuis 1882 que le congrès annuel de la SFORL se tenait en dehors de Paris. L’édition 2022 a ainsi été marquée par sa délocalisation dans la ville phocéenne, sur les terres du président de la société savante, le Pr Jean-Michel Triglia. Ce 128e congrès national s’est tenu du 14 au 17 octobre, sous le soleil marseillais, dans le prestigieux cadre du Palais du Pharo, surplombant la Méditerranée et le Vieux Port, changeant la polarité de l’ORL française l’espace de quelques jours. Quelque 2 000 congressistes ont fait le déplacement et la 2e Journée de l’audition, qui ouvrait la manifestation le vendredi, a, à elle seule, attiré près de 1 000 participants.

Pari réussi pour la 2e journée de l’audition

Fraysse Triglia
La veille du congrès de la SFORL se tenait la 2e Journée pluridisciplinaire de l’audition. Initiée en 2021 par le Pr Bernard Fraysse, président de l’Ifos, la première édition avait rassemblé 400 personnes. Cette année, l’événement a réuni plus du double de participants, venus de tous horizons. « Un “melting pot”, comme nous aimons à Marseille, composé d’ORL, d’audioprothésistes, d’orthophonistes, de généralistes, d’industriels », a commenté le Pr Jean-Michel Triglia, en introduction de cette journée. L’objectif, rappelé par ce dernier : « Proposer un lieu d’échanges, du “faire ensemble”, qui est sans doute le plus important ».

Une table ronde sur la pertinence du parcours de soins

C. Vincent
De gauche à droite : Fabien Auberger (directeur stratégie santé Amplifon), Paul-Édouard Waterlot (audioprothésiste indépendant, membre du CNA), Vincent Krause (directeur de formation des audioprothésistes Audika et directeur pédagogique de l'école d'audioprothèse de Lille), Cécile Parietti-Winkler (PU-PH, co-directrice de l'école d'audioprothèse de Nancy et présidente du Collège français d'ORL), Benoît Godey (PU-PH, directeur de l'école d'audioprothèse de Fougères), Louis-Charles Viossat (inspecteur de l'Igas), Amaury Fléges (inspecteur de l'IGÉSR) et Sébastien Gény (audioprothésiste Entendre, membre du SDA).

La Journée de l’audition a concentré sur un seul jour la quasi intégralité du programme d’audiologie du congrès et fut particulièrement suivie. Les participants se sont pressés dans les salles et livrés à un véritable chassé-croisé dans les couloirs et l’escalier du Palais du Pharo pour assister aux différentes sessions d’un programme dense, élaboré avec le concours des Pr Hung Thai-Van, Vincent Couloigner et Christophe Vincent. La table ronde animée par ce dernier et consacrée à la réforme du 100 % Santé, a fait salle comble. Comme l’année passée, le Pr Vincent a incité les panélistes, parmi lesquels Louis-Charles Viossat et Amaury Fléges, respectivement inspecteurs de l’Igas et de l’IGÉSR et co-auteurs du rapport sur la filière auditive, à proposer des axes d’amélioration de la prise en charge des patients. « Nous sommes à la croisée des chemins, entre un parcours de soins pertinent, centré sur la qualité et le bénéfice patient et un parcours bis, dégradé, basé uniquement sur le quantitatif, a-t-il alerté. La France va devenir le pays européen présentant le plus grand taux d’équipement ; je crois que nos professions seraient avisées de s’orienter vers des pratiques qui tirent le parcours patient vers le haut. Car faut-il ne serait-ce que 14 mois d’études pour faire un réglage "clic-bouton" en 5 minutes ?... »

Multidisciplinarité et, surtout, transversalité

Archean

Une deuxième table ronde était consacrée à la recherche translationnelle, une thématique chère au Pr Bernard Fraysse. Lors de cette session, l’objectif était de trouver les moyens de « faire ensemble ». Pour cela, des industriels (Nawal Ouzren, directrice générale de Sensorion, et Xavier Aumont, PDG d’Archean Technologies, en photo ci-dessus) et des chercheurs cliniciens (Anne-Lise Giraud, directrice de l’Institut de l’audition, et le Pr Yann Nguyen, chirurgien ORL à la Pitié-Salpêtrière et chercheur à l’Institut de l’audition), ont échangé sur leurs parcours, les difficultés rencontrées et les pistes pour accélérer et promouvoir les innovations en audiologie. « Nous sommes dans une période propice à la réindustrialisation de la France et de nombreuses mesures dérogatoires existent pour permettre la mise sur le marché de nouveaux dispositifs médicaux », a rappelé le Pr Fraysse, incitant les chercheurs et cliniciens à devenir des entrepreneurs. Il s’est aussi fait l’écho du plaidoyer du Pr Nguyen en faveur d’une meilleure valorisation des partenariats clinique-industrie.

Prix SFORL Innovation Médicale Audition

Prix

Pour la deuxième année, la SFORL organisait, en partenariat avec la Fondation pour l’audition, un concours visant à « soutenir et promouvoir les entreprises françaises innovantes dans le domaine médical de l'audition » : le prix SFORL Innovation Médicale Audition. Cette année, onze candidats étaient en lice, signe d’un intérêt grandissant pour ce prix. Certains étaient encore inconnus du secteur ou presque, et d’autres déjà en place depuis quelques années, comme Shoebox France ou encore Human Matters.

Deux entreprises ont été récompensées cette année : iAudiogram et GeodAIsics. La première est une start-up créée par l’audioprothésiste et ingénieur Nicolas Wallaert (voir photo, à droite), qui consiste à réaliser des audiométries ne nécessitant pas l’intervention d’un ORL, grâce à l’intelligence artificielle (lire l’article que nous lui avons consacré Automatisation par IA : l’avenir de l’audiométrie ?). Quant à GeodAIsics, il s’agit d’une start-up fondée par le radiologue Arnaud Attyé (voir photo, à gauche). Elle intervient dans de nombreux secteurs, comme les troubles respiratoires, les maladies neurodégénératives, et aussi l’otologie. Grâce à l’intelligence artificielle, ce logiciel d’imagerie détecte les hydrops, fréquents dans la maladie de Menière.

« Le choix du jury s’est orienté cette année vers deux solutions faisant appel à l’intelligence artificielle, explique le Dr Laurent Schmoll, ORL à Strasbourg et juré du prix. Les deux solutions sont en phase de développement mais tant leur produit que leur stratégie de développement nous sont apparus comme porteurs d’avenir. L’IA entre progressivement dans tous les champs de notre vie quotidienne et la santé est bien entendu une voie d’avenir. L’IA n’est pas là pour remplacer le médecin mais pour l’assister dans ses diagnostics et ses choix thérapeutiques. »

Grâce à ce prix, les deux start-ups bénéficieront d’une belle visibilité : un stand au Congrès mondial d’audiologie qui se déroulera à Paris en 2024 et un relais dans les supports de communication de la SFORL et de la Fondation pour l’audition.

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