C’est peut-être la première preuve physiologique du lien causal entre audition et cognition. Des chercheurs chinois ont montré sur des souris que la perte d’audition altère la neurogénèse au niveau de l’hippocampe ainsi que les fonctions cognitives. Ils vont même plus loin : leurs expériences fournissent une explication à l’échelle des circuits neuronaux sur la manière dont l'activité auditive soutient les fonctions cognitives.
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Ils ont pour cela utilisé un modèle de souris chez lesquelles une perte des cellules ciliées externes a été induite via une toxine. Puis ils ont observé chez ces animaux sourds une synthèse des neurones (neurogénèse) diminuée dans l’hippocampe. Grâce à une technique de traçage neuronal, qui permet de localiser les projections des neurones, les chercheurs ont pu comprendre ce qui liait l’audition à cette neurogénèse amoindrie. Ce traçage met en évidence un circuit neuronal partant d'une zone appelé le noyau réticulaire pontique, jusqu’au gyrus denté, situé dans l’hippocampe. C’est là que des neurones délivrent de la noradrénaline – un neurotransmetteur – qui stimule les cellules souches, afin qu’elles se différencient en neurones. Or, une perte d’audition entraine une diminution de l’activité des neurones du noyau réticulaire pontique, au début du circuit.
Afin de valider l’hypothèse de ce circuit, ils ont alimenté artificiellement ce dernier, en injectant de la noradrénaline dans le gyrus denté, ce qui a eu pour effet de réactiver la neurogénèse.
Pour les auteurs, ces travaux soutiennent l’hypothèse de dégradation de l’information, qui suggère que les lésions au niveau périphérique altèrent l’entrée auditive, augmentant ainsi la demande sur des ressources de traitement limitées. En plus de cette hypothèse, trois autres sont en effet à l’étude pour expliquer les liens entre audition et cognition. Une première concerne une origine commune et neurodégénérative pour les deux pathologies. Une deuxième propose que la privation sensorielle prolongée liée à la perte auditive entraine une réallocation chronique des ressources cognitives vers la perception auditive, provoquant un déclin cognitif. Une troisième est liée à la maladie d’Alzheimer.
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Encore faut-il que ces travaux soient transférables à l’humain. Quoi qu’il en soit, ils montrent que la perte d’audition affecte le cerveau bien au-delà du simple cortex auditif.
