Une question d'entraînement

À l’heure où la profession d’audioprothésiste plaide pour une pratique basée sur les preuves, il est légitime de se demander si l’entraînement, auditif ou cognitif, est efficace. Cela semble être le cas, mais le niveau de preuve est faible.

Par Bruno Scala
cerveau

La naissance d'un virtuose se fait au prix de longues heures de répétitions, d’exercices, bref, d’entraînement. Un long sacerdoce, mais qui porte généralement ses fruits. Toutefois, en ce qui concerne l’audition, les choses ne sont visiblement pas si simples. Les scientifiques peinent en effet à montrer de façon certaine les bienfaits de l’entraînement auditif ou cognitif.

Transfert d’apprentissage

Une chose est toutefois bien documentée : l’entraînement améliore les performances pour la tâche entraînée (on-task). Ainsi, un malentendant qui effectue régulièrement des séances de discrimination de phonèmes va obtenir des scores meilleurs au fur et à mesure des séances. Mais si cette amélioration peut être source de satisfaction – et peut contribuer à une meilleure observance, indispensable au succès de l’entraînement, voire celui de l’appareillage – ce n’est pas le but recherché. En effet, le graal pour un malentendant qui pratique des exercices de discrimination de phonèmes ou tout autre forme d’entraînement auditif est l’amélioration de sa compréhension de la parole.

Or, précisément, ce résultat n’est pas garanti : « Les preuves actuelles de l'efficacité de l'entraînement auditif pour améliorer la perception de la parole, la cognition ou l'audition autodéclarée chez les adultes malentendants sont variables », résume Helen Henshaw, chercheuse au Centre de recherche biomédicale de Nottingham. En d’autres termes, il n’est pas clairement montré que l’entraînement pour une tâche va permettre de s’améliorer sur d’autres, et notamment celles que l’on rencontre en situation réelle. Si les résultats sont équivoques, c’est entre autres que les protocoles mis en place pour évaluer ces programmes manquent souvent de rigueur (absence de randomisation, de groupe contrôle…). Une méta-analyse de 20131, réalisée par Helen Henshaw et Melanie Ferguson, pointait du doigt ce problème. Cette analyse est en cours d’actualisation et les résultats devraient être dévoilés prochainement. Et les chercheuses ont d’ores et déjà constaté une amélioration de la qualité des études. « Le principal problème que nous rencontrons dans la recherche sur cette thématique est le manque de compréhension des avantages liés à l'entraînement, justifie la chercheuse. Nous pensons que de nombreuses études ne parviennent pas à démontrer le transfert et la conservation dans le temps de l’apprentissage parce que les exercices choisis ne sont pas en adéquation avec les fonctions ou capacités testées à l’issue du programme. » Autrement dit, ce n’est pas parce que l’efficacité de l’entraînement n’est pas démontrée qu’elle est inexistante. C‘est peut-être simplement qu’on ne sait pas la révéler.

Auditivo-cognitif, le ticket gagnant

Les résultats sont également mitigés concernant l’entraînement cognitif et il est difficile d’en tirer des conclusions. En fait, c’est l'entraînement auditivo-cognitif qui semble tirer le mieux son épingle du jeu. Ainsi, l’équipe de Nina Kraus, à l’université Northwestern, a montré qu’un programme d'entraînement mêlant des approches auditive et cognitive apportait des résultats très positifs. Dans une étude randomisée avec groupe contrôle, les chercheuses ont fait suivre un entraînement comportant des exercices de discrimination : un travail sur les transitions de formant (passage d’un phonème à un autre), qui représente l’une des principales difficultés dans la compréhension des mots2. Ces exercices étaient adaptatifs (les transitions étaient ralenties ou accélérées en fonction des performances) et couplés à des tâches cognitives. Le programme s’étalait sur huit semaines, à raison d’une heure par jour, cinq jours par semaine. Le groupe contrôle suivait, sur le même rythme, un programme de stimulation sensorielle. À l'issue des huit semaines, les deux groupes ont été testés sur leur capacité à traiter les transitions de formant : les potentiels évoqués auditifs étaient mesurés lors de la présentation du stimulus sonore /da/ dans le silence et dans le bruit. Chez les sujets ayant suivi l'entraînement, les chercheuses ont noté une amélioration du temps de réponse correspondant à la transition de formant, par rapport aux tests réalisés avant l’entraînement, en particulier dans le bruit. Enfin, les membres du groupe entraînement ont amélioré leurs performances aux tests de compréhension de la parole dans le bruit, de mémoire à court terme et vitesse de traitement. Selon les auteurs, « ces résultats démontrent que l'entraînement cognitif basé sur des stimuli auditifs peut partiellement restaurer les déficits liés à l'âge dans le traitement temporel ; cette plasticité favorise à son tour de meilleures compétences cognitives et perceptives. » Des résultats positifs, donc, mais qui ont été mesurés directement à la suite du programme. Or pour juger pleinement de l’efficacité de l’entraînement, il est nécessaire de vérifier que cette amélioration perdure. Là encore, peu d’études se sont penchées sur cette question, et celles qui montrent un effet à long terme se veulent prudentes quant à l’interprétation.

Un programme d’entraînement ne peut être efficace que s’il est suivi assidûment.

Helen Henshaw, chercheuse au Centre de recherche biomédicale de Nottingham.

L’importance de l’observance

Ces résultats concluants ont toutefois été réalisés au prix d’un entraînement exigeant. De nombreuses interrogations persistent d’ailleurs quant à la meilleure méthode, au-delà des contenus des exercices, pour que ces entraînements soient efficaces : fréquence, durée… « Il existe un débat dans la littérature scientifique, rapporte Helen Henshaw. Nos recherches suggèrent que des séances de 15 minutes par jour pendant une à quatre semaines constituent un programme réalisable et amplement suffisant pour fournir des avantages généralisés aux adultes souffrant de perte auditive. Quoi qu’il en soit, un programme ne peut être efficace que s’il est suivi assidûment. De manière générale, dans le cadre de travaux de recherche, les études rapportent que l’assiduité est élevée. Néanmoins, en clinique, l'observance est beaucoup plus faible. »

Comment faire alors pour fidéliser le patient ? Il est possible de jouer sur la composition de la séance : « Nos travaux indiquent que les malentendants sont davantage motivés pour suivre un programme fondé sur des stimuli auditifs, plutôt que sur des tâches purement cognitives. En effet, ils jugent ce type de protocole plus en adéquation avec leurs difficultés auditives. » D'autres études indiquent aussi que l’aspect compétitif (l'envie d'améliorer ses scores) est source de motivation.

Une chose est sûre, l’entraînement n’affecte pas les capacités auditives ou cognitives des patients (à condition évidemment qu’il ne se substitue pas à une rééducation orthophonique, si elle est nécessaire – lire l’article Objectif : intelligibilité). Au contraire, il arrive que les patients retiennent une bonne impression de ces expériences d’entraînement et déclarent mieux entendre, mieux comprendre, alors que des données objectives ou des tests ne sont pas en mesure de l’attester. Mais n’est-ce pas, au final, l’avis du patient, sa qualité de vie et sa satisfaction qui priment ? En outre, s’engager dans un programme d’entraînement peut participer à une meilleure adhésion du patient à son plan de traitement auditif et donc, à une meilleure appropriation de ses aides auditives.

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