09 Mars 2026

Article réservé aux abonnés

Étalonnage : regards croisés sur l’évolution des pratiques

Dans les centres d’audioprothèse, qu’ils soient organisés en réseaux ou indépendants, l’étalonnage fait aujourd’hui l’objet de démarches plus structurées, portées par l’évolution des pratiques et des choix organisationnels assumés.

Par Sonia Belli
Dossier art 4

Tout est parti d’un constat de terrain. « Notre forte croissance, avec des ouvertures en propre et des acquisitions, a, de fait, rendu notre parc d’audiomètres très hétérogène, compliquant l’uniformisation des pratiques, ainsi que la maintenance et le SAV », se souvient Adeline Chazal-Col, audioprothésiste chez Audika, et responsable de l’équipement des cabines. Pour remédier à cette situation, le réseau engage, en 2023, un vaste programme de renouvellement des 650 audiomètres de son parc. « Nous avons fait le choix de les remplacer par des audiomètres haut de gamme et avons accompagné ce changement avec des formations spécifiques pour que nos audioprothésistes puissent utiliser au mieux ce matériel, toujours au bénéfice du patient », précise l’audioprothésiste, qui a coordonné le projet.

Du côté de Xavier Delerce, audioprothésiste indépendant, c’est la norme Afnor « Service – audioprothésistes » qui a redistribué les cartes. « Son entrée en vigueur, avec l’obligation d’un étalonnage annuel par cabine, a fait évoluer les pratiques, reconnait-il. Avant cela, l’étalonnage n’était pas systématisé chez les indépendants. » Plutôt que de subir cette évolution règlementaire, il décide, avec cinq autres centres, de créer un groupement d’intérêt économique (GIE) pour y répondre collectivement. Une décision pragmatique pour sécuriser la conformité règlementaire mais aussi répartir la charge financière : « Avec un cout d’environ 750 euros par cabine, nous avons calculé qu’investir dans notre propre matériel d’étalonnage – une oreille et une mastoïde artificielles – serait rentabilisé en deux ans. »

L’étalonnage du matériel d’audiométrie est devenu incontournable dans l’exercice de notre métier.

Xavier Delerce, audioprothésiste indépendant

Structurer l’étalonnage

Une fois le cadré posé, reste ensuite à structurer l’étalonnage dans la durée, sans alourdir le fonctionnement des centres d’audioprothèse.

« Chez Audika, nous nous appuyons sur Diatec, une filiale du groupe Demant, qui réalise les étalonnages initiaux et les certifications tous les deux ans. Ils disposent du matériel spécifique et du savoir-faire », détaille Adeline Chazal-Col. En parallèle, le réseau a mis en place un dispositif interne : six techniciens assurent l’installation et la maintenance hardware, tandis qu’un support dédié gère le suivi logiciel et les mises à jour. Les certificats d’étalonnage sont suivis par la direction des systèmes d’information et les bons de commande générés automatiquement avant la date anniversaire des deux ans.

Au sein du GIE, la structuration repose sur la mutualisation des compétences et du matériel. « Nous faisons tourner l’équipement entre les cabinets au cours de l’année. Cinq d’entre nous, formés chez le fabricant, sont habilités à réaliser les étalonnages. Si la calibration doit être réalisée chez un confrère qui ne la pratique pas lui-même, nous nous déplaçons. Cela nous a permis d’intégrer des étalonnages généralement peu effectués, sur la conduction osseuse et les vibrateurs », explique Xavier Delerce. L’audioprothésiste souligne toutefois les limites du modèle : « Un tel équipement reste couteux, autour de 25 000 euros, et nécessite un suivi technique régulier. Cela a du sens pour notre GIE, car nous avons plus de dix cabines, mais pour un audioprothésiste seul, je ne vois pas l’intérêt. »

Un professionnel qui a confiance en son matériel a plus d'énergie disponible pour mieux prendre en charge son patient. 

Adeline Chazal-Col, audioprothésiste chez Audika, responsable de l’équipement des cabines

Du protocole à l’usage

Mais une organisation bien rodée ne suffit pas : la qualité des mesures se joue aussi au quotidien, au plus près du matériel. Chez Audika, cela a conduit à intégrer des dispositifs complémentaires. « Nous avons mis en place des autocontrôles trimestriels de la chaine de mesure. Ce n’est pas un étalonnage à proprement parler, mais une vérification qui permet de détecter d’éventuelles décalages et d’accompagner ensuite au mieux nos audioprothésistes dans l’usage de cet outil », précise Adeline Chazal-Col. Cette démarche s’inscrit dans une logique de sécurisation des pratiques, appuyée notamment par la formation : « Nos audioprothésistes sont formés et sensibilisés au fait que certaines pratiques peuvent modifier rapidement un étalonnage ». Une vigilance qui dépasse la seule dimension technique. « Un professionnel qui a confiance en son matériel a plus d'énergie disponible pour mieux prendre en charge son patient », souligne l’audioprothésiste.

De son côté, Xavier Delerce rappelle que tous les équipements n’ont pas le même comportement dans le temps. « Le matériel audiométrique aérien, comme les casques ou les inserts, reste globalement très stable. En revanche, certains équipements sont plus sensibles, notamment les vibrateurs osseux : une simple manipulation peut entrainer des écarts de 5 dB d’une calibration à l’autre », souligne-t-il. L’audioprothésiste insiste sur l’attention à porter aux chaines de mesure, qu’il considère comme le « nerf de la guerre » : « Les micros de référence sont sollicités quotidiennement et peuvent présenter des décalages parfois importants. Si la chaine de mesure n’est pas correctement calibrée, il y aura un impact direct sur le réglage. »

Intégrer l’étalonnage à la pratique métier

Les démarches engagées par Audika et par le groupement de Xavier Delerce traduisent un renforcement des standards qui encadrent aujourd’hui l’exercice. L’étalonnage ne relève plus seulement d’une contrainte réglementaire ou d’un contrôle ponctuel, mais s’inscrit progressivement dans le fonctionnement courant des centres d’audioprothèse, au même titre que la maintenance du matériel ou le suivi qualité. Autrement dit, il devient un marqueur de conformité et de crédibilité dans un environnement de plus en plus normé.

À lire aussi | â–¶  Question du mois : ORL et audios plutôt bons élèves

« Aujourd’hui, ne pas étalonner régulièrement son audiomètre me semble de plus en plus compliqué : il faudrait ne pas être engagé dans une démarche de certification ou ne pas pratiquer le tiers payant, confirme Xavier Delerce. Ces situations existent probablement encore, mais concernent de moins en moins d’audioprothésistes. L’étalonnage du matériel d’audiométrie est devenu incontournable dans l’exercice de notre métier ».

Audiologie Demain
La suite de cet article est réservée aux abonnés à Audiologie Demain.

Il n’y a pas mieux informé·e qu’un·e abonné·e !

Nos formules d'abonnement

Offres d'emploien partenariat avec audixion.fr

Voir plus d'offres

Newsletter

Newsletter

La newsletter Audiologie Demain,

le plus sûr moyen de ne jamais rater les infos essentielles de votre secteur...

Je m'inscris