09 Mars 2026

Article réservé aux abonnés

Toutes les raisons sont bonnes pour étalonner ses appareils

L’étalonnage n’est pas une notion qui doit être prise à la légère. Que ce soit pour des raisons règlementaires ou parce que vous souhaitez offrir un service de qualité à vos patients (ou les deux), les audiomètres doivent être étalonner régulièrement.

Par Bruno Scala
Dossier article 1

Personne ne s'aventurerait à fabriquer une étagère avec un niveau tordu. Dans ce cas, le pire qu’il puisse arriver est de voir vos livres choir mais votre santé n’est pas en jeu. Pourtant, certains professionnels de santé exercent quotidiennement avec des appareils dont la précision n’a pas été vérifiée depuis plusieurs années. Comme notre récent sondage l’indique, environ 16 % des ORL et 8 % des audioprothésiste interrogés ne font étalonner leurs audiomètres que tous les 3 ans ou moins fréquemment.

À lire aussi | â–¶  Question du mois : ORL et audios plutôt bons élèves

Il faut dire qu’en France, aucun texte n’impose l’étalonnage régulier des audiomètres. Une situation d’autant plus surprenante que la règlementation concernant l’exercice de l’audioprothèse s’est renforcée récemment, avec l’entrée en vigueur du 100 % Santé – arrêté du 14 novembre 2018 –, ou encore la mise à jour de la convention qui lie les audioprothésistes à l’Assurance maladie. Dans ces deux textes récents, le mot étalonnage n’apparait pas.

Au Québec, province souvent prise en exemple par les instances de la profession, l’étalonnage est inscrit dans la loi. L’article 13 de la loi qui encadre l’exercice des audioprothésistes stipule : « L’étalonnage de l’audiomètre, de l’analyseur électroacoustique, du champ libre, s’il y a lieu, et des appareils d’analyse post-prothétique doit être fait au moins une fois l’an. Un audioprothésiste doit avoir en sa possession le résultat de chaque test d’étalonnage effectué et doit en faire parvenir une copie au secrétaire de l’Ordre. »

Respect des normes

En France, ce sont les articles D4361-19 et D4361-20 du code de la Santé publique qui régissent le matériel dont l’audioprothésiste doit disposer dans son local. Mais il n’y figure aucune obligation de faire vérifier la précision de mesure de ses appareils à intervalles réguliers. Il est simplement écrit que le professionnel doit disposer d’un « audiomètre tonal et vocal classe A normalisé », donc conforme à la norme. Toutefois, aucune norme n’est précisée, et on ne sait pas trop si elle s’applique aux fabricants ou aux utilisateurs.

Plusieurs normes concernent l’étalonnage des appareils utilisés par les audioprothésistes. En particulier, la norme 8253-1 (Acoustique – Méthodes d'essais audiométriques) précise que les contrôles objectifs périodiques (à savoir les étalonnages qui suivent l’étalonnage de base) doivent être réalisés tous les 12 mois, maximum.

Si la mesure de départ est fausse, tout ce qui suit le sera aussi.

Nicolas Wallaert, fondateur d’iAudiogram et vice-président du groupe Audiométrie du Snitem

Cette recommandation a été reprise par la Société française d’audiologie, dans son Guide des bonnes pratiques en audiométrie de l’adulte. Dans ce document, la société savante précise : « Il s’agit d’un étalonnage qui concerne l’audiomètre, son casque audiométrique et son ossivibrateur. Il doit être réalisé par un technicien compétent à l’aide d’un matériel normalisé. »

Absence de contrôle

De la même manière, la SFORL, dans son Consensus formalisé d’experts concernant l’audiométrie de l’adulte et de l’enfant de 2016, rappelle qu’il faut « choisir un matériel audiométrique adapté à ses besoins et l’entretenir régulièrement », renvoyant le lecteur vers la norme 8253-1.

Bien sûr, les audioprothésistes et les ORL sont censés suivre ces normes. Pour rafraichir les mémoires si besoin, « ces sujets sont aussi abordés régulièrement en formation avec ORL-DPC et lors des congrès », rappelle Nils Morel, président du SNORL. Toutefois, « en France, contrairement aux autres pays d’Europe, il n’existe pas d’organisme neutre et externe qui procède à des contrôles de l’étalonnage », constate Rabah Guidoume, directeur général de Natus France. Et de citer en exemple l’Institut fédéral de métrologie suisse METAS, ou son homologue britannique, le UKAS (United Kingdom accreditation service).

La situation semble néanmoins évoluer doucement. « La Cnam procède à de plus en plus de contrôles », rapporte Rabah Guidoume. Un constat que partage Nicolas Wallaert, fondateur d’iAudiogram. L’article 43 du LFSS 2025 adopté récemment va d’ailleurs dans ce sens. Il stipule que ces contrôles doivent être réalisés à l’installation et tous les cinq ans, mais la vérification de l’étalonnage n’est a priori pas prévue au programme.

Des réseaux de soins exigeants

Certains réseaux de soins sont plus stricts, ce qui incite plus d’un quart des audioprothésistes interrogés à faire étalonner leurs appareils.

À voir, les graphiques : | â–¶  Question du mois : ORL et audios plutôt bons élèves

Chez Kalixia, par exemple, « le centre d’audioprothèses Partenaire s’engage à vérifier et à étalonner ses instruments de mesure in situ tous les deux ans », est-il écrit dans la charte qualité. Idem chez Carte Blanche Partenaires : « Lors de leur adhésion au réseau, les professionnels doivent justifier de la calibration (sic, voir notre encadré) récente de leur équipement en transmettant le certificat correspondant », nous écrit Arnaud Teissier, responsable expertise et partenariats santé. Le certificat est ensuite réclamé tous les deux ans. Chez Itelis, pas d’obligation systématique à l’adhésion, mais un certificat peut être réclamé lors de contrôles ponctuels. Chez Santéclair, « nous n'imposons pas d'obligation complémentaire [à celle de l’Assurance maladie, NDLR] sur ce point, aucune alerte ni aucun signal ne nous étant remontés quant à un risque particulier en raison d'une mise en œuvre défaillante de ces recommandations », nous informe Marc Paris, secrétaire général du réseau.

Enfin, certains audioprothésistes adhèrent à une norme Afnor – la norme NF 518 Service audioprothésistes, attestant de leur engagement dans une démarche qualité. Mais celle-ci n’est pas opposable. Créée en 2010 à l’initiative de l’Unsaf sous la présidence de Benoit Roy, sur la base d’un travail réalisé pour Audilab, elle inclut dans son cahier des charges l’obligation de réaliser des contrôles objectifs (c’est-à-dire un étalonnage) tous les ans, s’inscrivant dans les pas de la norme 8253-1. Aujourd’hui, les centres de plusieurs enseignes sont certifiés par cette norme Afnor : Audilab, Dyapason, GrandAudition et Ideal Audition.

Un enjeu de taille

L’enjeu est colossal. L’étalonnage régulier des audiomètres permet en effet des mesures précises, standardisées et reproductibles. Il consiste à faire concorder la courbe des dB SPL avec celle des dB HL. Ainsi, comme le résume Nicolas Wallaert, fondateur d’iAudiogram, « si la mesure de départ est fausse, tout ce qui suit le sera aussi ».

L’objectif est ainsi de réduire l'incertitude des mesures pour garantir qu'elles soient reproductibles, dans le même cabinet ou entre différents professionnels. C’est pour cette raison que les oreilles et mastoïdes artificielles utilisées par les entreprises qui réalisent cette prestation – on les appelle étalons secondaires – sont elles-mêmes étalonnées sur une seule et même référence, l’étalon primaire.

La non-reproductibilité d’une mesure n’est toutefois pas le risque le plus important. Bien qu’aucune étude, à notre connaissance, ne l’ait objectivé, il apparait évident qu’un mauvais étalonnage peut en effet entrainer un réglage inadapté des appareils auditifs par l’audioprothésiste, un traumatisme sonore voire un mauvais diagnostic du côté de l’ORL, pouvant dans certains cas extrêmes mener à une chirurgie non justifiée.

Pour éviter d’en arriver là, une solution consiste à sensibiliser les futurs audioprothésistes et ORL à ces notions de métrologie lors de leurs études, insiste Rabah Guidoume, qui intervient dans plusieurs écoles. La métrologie est au programme de l’enseignement du DE d’audioprothèse – elle est en effet mentionnée dans le décret de 2001 décrivant le contenu de la formation – et plusieurs écoles, conscientes de l'enjeu, y attachent une importance grandissante.

Audiologie Demain
La suite de cet article est réservée aux abonnés à Audiologie Demain.

Plébiscitez une information aux petits oignons !

Nos formules d'abonnement

Offres d'emploien partenariat avec audixion.fr

Voir plus d'offres

Newsletter

Newsletter

La newsletter Audiologie Demain,

le plus sûr moyen de ne jamais rater les infos essentielles de votre secteur...

Je m'inscris