Un guide pour valoriser les mesures audiologiques

À l’heure où la qualité des pratiques en audioprothèse fait l'objet d'une vigilance accrue, le Snitem s’apprête à publier un guide consacré à la vérification périodique des audiomètres. L’objectif de ce document : améliorer la fiabilité des mesures audiologiques et valoriser le sérieux des professionnels, dans un secteur confronté à certaines dérives. Entretien avec Alain Frénéat, directeur de Diatec France, et Nicolas Wallaert, p.-d.g. de iAudiogram.

Propos recueillis par Ludivine Aubin-Karpinski
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Qu’est-ce qui a motivé la création de cette fiche pratique intitulée « Vérification périodique de vos audiomètres, intérêts et recommandations » ?

AF : L’initiative s’inscrit dans une dynamique engagée il y a environ deux ans et demi, lors de la création du groupe Audiométrie du Snitem (voir encadré). Initialement pensé pour servir d'observatoire des ventes d’équipements, nous avons rapidement souhaité élargir ses missions. Avec l’essor du 100 % Santé, la multiplication des centres – dont quelques coquilles vides – et la vigilance accrue des financeurs, la question du sérieux des pratiques est devenue centrale. Parallèlement, nous partagions tous un même constat : le suivi du matériel audiométrique reste insuffisamment connu ou appliqué, aussi bien chez les audioprothésistes que chez certains ORL. L’idée a ainsi émergé d'élaborer un outil pour améliorer les pratiques et valoriser les professionnels engagés dans une démarche qualité.

Le guide entend ainsi servir de support pédagogique, sans contraindre. Le Snitem n’a pas vocation à édicter des obligations, mais à outiller la profession, à valoriser les bonnes pratiques et à offrir un argument supplémentaire de crédibilité auprès des autorités, des financeurs et des patients.

Combien d’audiomètres sont en circulation en France aujourd’hui ?

AF : Il n’y a pas de données officielles. Nous connaissons nos volumes de ventes mais nous ignorons combien d’appareils sortent d’utilisation chaque année. En pratique, on estime qu’il existe au minimum un audiomètre par cabine, certains centres en comptant parfois plusieurs.

NW : Côté ORL, la situation est plus hétérogène : tous les praticiens ne sont pas équipés, tandis que certains services hospitaliers disposent de plus d’audiomètres que de médecins.

La vérification du matériel doit s’inscrire dans la routine des audioprothésistes. Aucun instrument de mesure ne reste parfaitement stable dans le temps.

Nicolas Wallaert, vice président du groupe Audiométrie du Snitem

Quelle est la réalité des pratiques sur le terrain ?

NW : Certaines pratiques sont préoccupantes. Or un audiomètre mal étalonné expose à un risque assez élevé d’erreur de mesure.

AF : Néanmoins, la pratique s’installe de plus en plus, notamment sous l’impulsion des grandes enseignes, souvent adhérentes de réseaux de soins et engagées dans des démarches de certification.

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Qui peut étalonner un audiomètre ?

AF : En l’absence d’obligation réglementaire stricte, n’importe qui peut proposer un étalonnage. Le guide recommande de choisir des prestataires disposant d’équipements normés, raccordés à un étalon primaire. Les fournisseurs de matériel ou les prestataires certifiés Cofrac fournissent ce type de prestations.

NW : Une culture métrologique minimale est indispensable. Ces notions sont encore insuffisamment développées au cours de la formation initiale. Il est important de comprendre ce qu’est un étalonnage, une incertitude de mesure et de savoir reconnaitre une procédure conforme, car on voit encore trop de pratiques folkloriques par des sociétés qui réalisent 300 à 400 étalonnages par an !

Le suivi du matériel audiométrique reste insuffisamment connu ou appliqué, aussi bien chez les audioprothésistes que chez certains ORL. 

Alain Frénéat, président du groupe Audiométrie du Snitem

Quelles sont les principales recommandations du guide ?

NW : L'un des messages clés, c’est que l’étalonnage ne se limite pas à une intervention annuelle. La vérification du matériel doit s’inscrire dans la routine des audioprothésistes. Aucun instrument de mesure ne reste parfaitement stable dans le temps. Entre deux contrôles, il peut se passer beaucoup de choses – un câble endommagé, des casques intervertis, des chutes… – qui peuvent altérer la précision des mesures. Il est nécessaire de vérifier régulièrement le bon fonctionnement des transducteurs et de réaliser des autotests en cas de doute.

AF : Le maintien de la fiabilité dans le temps repose sur une responsabilité partagée entre fabricants et utilisateurs. Avant d’incriminer les fabricants, il faut tester son équipement et pour cela, il faut bien le connaitre. Souvent les questions que l’on nous pose sont liées à des incompréhensions à l’égard du matériel. Et ce n'est pas parce qu'il y a un son qui sort que ça marche... Par exemple, un faux contact dans un câble de casque, ce n'est pas toujours tout ou rien : il peut entrainer une atténuation de 20 à 30 décibels.

Un autre aspect important, c’est que l’on n’étalonne pas un audiomètre seul, mais un système complet : l’audiomètre avec le casque, le vibrateur osseux, l’ampli, les haut-parleurs... Chaque élément est identifié par un numéro de série, mentionné sur le certificat. D'un écouteur à un autre, les impédances et les courbes de réponse ne sont pas les mêmes et il peut y avoir de vrais écarts. De ce fait, toute modification du matériel rend complètement caduc l’étalonnage.

Sur quels autres aspects insistez- vous dans le guide ?

NW : Le guide rappelle également les différentes normes à connaitre. Parmi les recommandations, on peut insister sur le fait de s’assurer de se procurer un matériel de diagnostic adéquat. Tout dispositif utilisé à des fins de dépistage ou à visée thérapeutique doit être certifié classe 2A. Or, certains appareils sur le marché ne le sont pas, et les audioprothésistes les achètent... Il faut savoir que cela les expose à des risques juridiques et assurantiels.

AF : Nicolas l'a bien souligné, suivre l'étalonnage et le suivi dans le temps de son équipement n'est valable que si l’on a choisi le bon appareil.

Pourquoi faut-il procéder à la vérification régulière de son matériel ?

AF : Il faut comprendre que l’étalonnage n'est pas un simple détail technique, mais un maillon essentiel de la chaine de soins. Il garantit des résultats fiables, reproductibles et comparables d’un centre à un autre. Surtout, ne pas suivre son matériel expose à des erreurs de diagnostic, des prescriptions inadaptées, de mauvais réglages d’aides auditives et, in fine, à l’insatisfaction des patients voire à des traumatismes sonores.

NW : Si la mesure de départ est fausse, tout ce qui suit le sera aussi. L’objectif est de réduire l’incertitude afin d’assurer le meilleur choix prothétique et des réglages adaptés aux patients. Cela commence par la maîtrise de son équipement.

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