24 Mars 2026

L’audioprothèse, un marché « sous tension », mais « porteur »

Au 46e Congrès des Audioprothésistes, Stéphane Bardet, président d’Audition Conseil s’est une nouvelle fois prêté à l’exercice de la prospective, lors de la session « Évolutions et prévisions du marché à l’horizon 2030 ». Entre atouts structurels et nouveaux enjeux, l’audioprothèse semble entrer dans un nouveau cycle.

Par Ludivine Aubin-Karpinski
Bardet

Le constat est clair : le marché de l’audition reste porteur, avec une croissance attendue de 4 à 6 % par an d’ici à 2030. Vieillissement de la population, prévention et amélioration du repérage, dynamique des renouvellements constituent autant de moteurs solides. Mais au-delà des chiffres, Stéphane Bardet, président d’Audition Conseil, insiste : « Notre avenir dépend des perspectives marché, mais surtout des stratégies que nous allons retenir », a-t-il estimé, lors de son analyse désormais annuelle, présentée au Congrès des audioprothésistes, le 19 mars 2026, devant une salle comble. Autrement dit, la croissance seule ne suffira pas à garantir la performance des acteurs du secteur.

2025 : la fin d’un cycle ?

L’année 2025 illustre cette transition en marche. Avec 407 millions d’euros de remboursements et une augmentation des dépenses de + 7,9 % sur 12 mois, le secteur confirme son dynamisme. Mais replacée dans l’ensemble des dépenses de santé, l’audiologie reste un « petit marché », loin derrière le dentaire ou l’optique. Et, « nous avons la chance, a souligné Stéphane Bardet, d’avoir un secteur de santé qui présente un très bon retour sur investissement » – de 37 dollars pour 1 dollar investi dans les pays industrialisés –, l’appareillage permettant notamment de retarder le déclin cognitif et la perte d’autonomie. Ce que n’ont pas manqué de rappeler les audioprothésistes lors du congrès, à l’heure où les organismes payeurs envisagent l’audioprothèse comme une « dépense ».

Saturation et rentabilité

Surtout, 2025 marque la fin du cycle post 100 % Santé. Après le choc de 2021, suivi d’une phase de récession entre 2023 et 2024, le marché se stabilise. Les volumes repartent à la hausse (+8,8 %), mais la rentabilité se dégrade. La multiplication des points de ventes a en effet rebattu les cartes. En l’espace de quatre ans, plus de 2 000 centres supplémentaires ont vu le jour, portant le parc à plus de 8 000 centres aujourd’hui. Résultat, l’activité moyenne par centre a chuté, passant de 249 appareils vendus en 2021 à 187 en 2025.

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Pour la plupart des acteurs, le seuil critique est atteint. Même si certains envisagent une augmentation jusqu’à 10 000 points de vente, poussée par les enseignes d’optique en quête de relais de croissance, les experts interrogés estiment que le marché ne peut en absorber davantage. Les fermetures amorcées en 2024 pourraient ainsi se poursuivre, et en premier lieu les « ouvertures opportunistes », « souvent positionnées sur la classe I », « qui fourniront peut-être pour les acteurs historiques l’occasion de récupérer des centres à moitié cout », présume le président d’Audition Conseil.

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La soutenabilité du 100 % Santé en question

Dans le même temps, la filière a absorbé une inflation importante sans pouvoir en répercuter les couts, phénomène auquel se sont ajoutées la pression des réseaux de soins sur les prix et la forte progression de la classe I (+18 % contre +5 % pour la classe II). « Le 100 % Santé a amélioré l’accès aux soins grâce à la baisse du reste à charge et la hausse des remboursements par les Ocam – de 300 millions d’euros à 1 milliard, a commenté l'analyste. Les grands gagnants sont les patients, en particulier les plus de 75 ans. Mais cet équilibre soulève des interrogations, notamment sur la soutenabilité pour les complémentaires santé. »

Emploi : vers un inversement de la tendance

Autre indicateur de ce changement de cycle : après des années de tension, le marché de l’emploi en audioprothèse s’inverse. L’augmentation du nombre de diplômés, notamment issus des formations espagnoles, pourrait même conduire à un déséquilibre à partir de 2027, « avec un écart de plus de 1 000 diplômés que nécessaire », entrainant une baisse d’attractivité du métier. Stéphane Bardet prévoit ainsi l’essoufflement de la « filière espagnole » face à un « secteur qui n'est plus un eldorado, avec du chômage et des baisses de salaires », voire à une nouvelle pénurie d’audioprothésistes.

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Perspectives 2030

Mais, malgré quelques « risques » bien identifiés – la pression des complémentaires, la dissociation et les tentations de régulation des prix, l’érosion des marges ou encore la méconnaissance du grand public –, les perspectives restent bonnes pour le secteur. Le marché devrait continuer de croître entre 4 et 6 % par an. Selon les scénarios, les ventes en sell in pourraient ainsi atteindre entre 2,1 et 2,3 millions d’unités en 2030 (contre 1,7 million en 2025). Un « avenir porteur » pour les audioprothésistes, mais qui impose un pilotage fin. Stéphane Bardet livre ainsi « trois prérequis » aux indépendants : « que la profession réponde collectivement aux enjeux sociétaux de santé publique et socio-économiques, que les centres restructurent leur chaine de valeur pour garantir la résilience de leur profitabilité, et que les projets entrepreneuriaux indépendants s’inscrivent dans des collectifs structurés, performants, influents, humains ».

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