En 2004, vous avez créé Protip, une société qui visait la création d’un larynx artificiel. Qu’est-ce qui vous animait à l’époque et quel regard portez- vous sur cette aventure ?
Je dirais que le moteur est une motivation sans faille dans le cadre des autorisations permises par la loi. Énergie et passion permettent de surmonter les nombreux obstacles de la recherche appliquée : l’acquisition permanente de connaissances nouvelles, l’appréhension du milieu de l’ingénierie et de l’industrie, et les inévitables réflexions sur les questions éthiques. J’ai initié l’aventure seul dans un bureau avec un téléphone ! Et il a fallu progressivement motiver l’entourage, les équipes et les financeurs, et répondre aux appels d’offre pour saisir les opportunités de développement dans un contexte où la recherche devenait de plus en plus couteuse, pour finalement aboutir à une première mondiale avec l’implantation en 2012 d’un larynx artificiel sur les premiers patients. La société a cessé ses activités en 2018 mais la majorité de ceux qui ont contribué à cette aventure ont à leur tour créé leur propre structure ou intégré d’autres start-ups, un essaimage qui constitue pour moi une fierté.
Les fonctions d’entrepreneur sontelles facilement conciliables avec des responsabilités à l’hôpital ?
Je le crois. Ce sont des métiers qui s’imbriquent logiquement. La clinique et la recherche fondamentale – à laquelle je participe par le biais de l’unité Inserm 1121 Biomatériaux et Bioingénierie – nourrissent les mêmes exigences pour des traitements toujours plus efficaces. Exercer parallèlement dans ces deux univers – l’entreprise et l’hôpital – est le gage de contribuer au mieux au champ de l’otorhinolaryngologie et au bénéfice des patients.
Après Protip, vous avez créé Dianosic qui développe un stent intranasal pour adresser les rhinites allergiques et vous êtes aujourd’hui partie prenante de Sounduct. De quoi s’agit-il ?
Je suis conseiller scientifique en otologie pour la société Sounduct qui développe des prothèses auditives disruptives et non implantables. Ces fonctions sont très différentes de la création d’entreprise, mais tout aussi passionnantes. Elles consistent à accompagner depuis le début la maturation du projet et déterminer si la voie choisie améliore le confort des malentendants, en particulier dans le bruit, un objectif qui demeure encore un vrai défi.
Depuis 20 ans, qu’est-ce qui a le plus évolué dans la gestion d’une start-up développant des dispositifs médicaux ?
Il y a eu une complexification tout à fait légitime sur les plans administratifs et éthiques avec notamment les Comités de protection des personnes et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Ces contraintes réglementaires limitent parfois l’inventivité mais garantissent en premier lieu la protection des patients ainsi que celle des professionnels de santé.


