C'est sur le réseau social LinkedIn qu’il l’avait annoncé. À l'été, 2025, le Pr Frédéric Venail, alors PU-PH au CHU de Montpellier, décide de quitter le monde hospitalo-universitaire où il a réalisé toute sa carrière. Direction le privé et l’entrepreneuriat. Si ce changement a paru brutal, il était plutôt « l’aboutissement d’une longue réflexion », explique l’ORL.
Car la voie de l’entrepreneuriat, Frédéric Venail s’y était engagé dès 2019, en cofondant la société Sonup, avec plusieurs professionnels de santé dont l’audioprothésiste Maxime Balcon qui la dirige aujourd’hui. « Ce qui me motive, c’est d’essayer d’améliorer le parcours de soin des patients », explique le médecin montpelliérain, convaincu par la force du numérique, et sa sous-utilisation dans le public aujourd’hui.
Seulement voilà, aux yeux de certains de ses collègues au moins, cette carrière d’entrepreneur n’est pas compatible avec son poste de PU-PH. Et même s’il s’est mis un peu en retrait de la gestion de Sonup en 2022, en étant désigné directeur médical, cela n'a pas semblé suffire. Pour faire taire les critiques, il décide alors de quitter le service public. « Je me suis aussi rendu compte, après des discussions avec différents acteurs, que le monde académique n’intéresse pas les politiques, et que pour changer les choses, pour innover, il faut se lancer dans l’entreprise. J’ai décidé de prendre ce virage et d’aller là où il est possible d’avoir un impact. »
Il a donc créé une nouvelle structure, Otoinnov, installée dans la MedVallée – où Sonup devrait la rejoindre prochainement –, une pépinière située en périphérie de Montpellier. Elle s’étend sur 170 m² pour accueillir de multiples activités. Médicales, d’abord, puisque le Pr Venail y consulte – en plus de ses activités chirurgicales à la clinique Causse. De recherche, ensuite, en offrant « une plateforme de bêta-testing pour des innovations, en particulier dans le domaine du numérique », explique l’ORL. Et de formation, enfin, en partenariat avec le SNORL, à destination des assistants médicaux voulant exercer dans le champ de l’ORL.
Une voie peu encouragée
Par ailleurs, afin de valoriser ses travaux de recherche à l’Inserm, Frédéric Venail a créé, en novembre 2025, une start-up spinoff, Aegis Bio, avec une collègue de l’Inserm et un autre de l’université Stanford (États- Unis). L’objectif est de développer des médicaments otoprotecteurs, notamment contre le cisplatine, utilisé en chimiothérapie.
Bref, les projets fourmillent. « Cette voie entrepreneuriale n’est pas suffisamment encouragée par le système français, déplore l’ORL. Aux États-Unis, on estime qu’un professeur qui n’a pas de start-up a raté sa carrière... En France, celui qui en crée suscite la suspicion, on lui reproche de vouloir faire de l’argent. » Plus globalement, Frédéric Venail juge que le système hospitalo-universitaire n’est pas adapté à l’innovation. « Il faut être réactif avec le numérique et les innovations organisationnelles, or je n’ai cessé de me heurter à la lenteur et à l’incompréhension administrative. »
Bien sûr, il regrette le travail en équipe, l’enseignement, la transmission des connaissances aux internes... Mais choisir, c’est renoncer.


